Tânia Carvalho / Oneironaut / De l’art de contrôler ses rêves

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Photos Rui Palma

 

 

Tânia Carvalho :

De l’art de contrôler ses rêves

 

Tania carvalhoIl est parfois bien difficile de partager ses rêves, surtout lorsqu’ils sont nombreux et protéiformes. Les rêves sont habituellement des moments flous, sur lesquels aucun contrôle n’est exercé au niveau de notre conscience. Or, depuis des temps immémoriaux, l’Homme en cherche la signification pour parvenir à les dominer, les vaincre. Et il réussit parfois à contrôler certains éléments au sein de ceux que l’on appelle les « rêves lucides ». Entre autres notamment ceux qui symbolisent ses peurs, et qui, en s’imprimant dans son inconscient, vont stimuler de nouveaux mécanismes qui lui donneront la possibilité de résoudre certains des problèmes liés aux phénomènes conscients et inconscients du comportement individuel. Tels l’anxiété, voire la peur de certaines choses, ou, au contraire, une confiance excessive en soi, laquelle pourrait parfois créer quelques désagréments dans sa vie réelle.

Peut-être ces phénomènes psychiques auxquels s’est trouvée confrontée la chorégraphe portugaise Tânia Carvalho sont-ils à l’origine de  la création d’Oneironaut, une pièce qu’elle présente actuellement dans le cadre de sa tournée en France. Ce terme, qui vient du grec oneiros, signifie, dans la langue de Shakespeare, « Marin de rêve ». Et, en effet, en tant qu’Oneironaut, nous pourrions prendre le contrôle de nos rêves et aurions la faculté de les façonner à notre envi, de créer et modifier ce monde étrange et mystérieux avec toutes ses composantes. Bien que nous restions pleinement conscients, tout au long de ce soi-disant « rêve lucide », que rien de ce que nous sommes en train de vivre ne se passe réellement (car nous savons que nous sommes en train de dormir), celui-ci nous semblera parfaitement réel. A ce moment là, seulement, nous parviendrons à le partager

Le rideau s’ouvre sur sept étranges personnages, sans doute tout droits sortis du monde des rêves, des hantises nocturnes de la chorégraphe. Les images burlesques qui naissent de son imagination, sont empreintes à la fois de folie et de dérision. Aussi insolites que saisissantes, confuses et floues, elles n’ont pas leur place dans notre monde, évoquant plutôt l’univers d’un Dali ou d’un Magritte, voire d’un Goya, et c’est leur caractère étrange autant que surréaliste qui retient l’attention. Les tableaux que les interprètes dessinent ou composent, extravagants, ne retiennent pas vraiment l’attention et s’évanouissent de notre esprit sitôt leur concrétisation, après nous avoir conduit dans un macrocosme entre lumière et ténèbres, un monde drolatique voire loufoque, un tantinet confus, souvent plaisant mais, parfois aussi, un peu angoissant, dans lequel on a tout de même du mal à pénétrer. Il faut cependant bien avouer que cette chorégraphe d'une fécondité inégalée* qui a pris ses fantasmes à bras le corps déborde d’imagination et que ses facultés artistiques sont sans limites : c’est elle en effet qui accompagne ses personnages avec son alter ego, sur une partition pour deux pianos empruntée en partie à Frédéric Chopin, en partie issue de sa propre imagination. C’est à elle aussi que l’on doit - au moins en partie - les costumes et maquillages blafards de ses interprètes, du plus bel effet, il faut le reconnaître. Oneironaut s’avère finalement une œuvre assez violente, plus abstraite que ses pièces précédentes mais qui, à bien y réfléchir, reste très personnelle et qui semble avoir été conçue comme un palliatif pour s’affranchir de rêves maléfiques, voire de cauchemars.

J.M. Gourreau

Oneironaut / Tânia Carvalho, Théâtre des Abbesses, du 7 au 12 mars 2022. Pièce créée le 8 juin 2020 à l'Espace du temps à Montemor-o-Novo (Portugal).

*Elle a en effet créé 37 pièces depuis 1999.

 

Tânia Carvalho / Oneironaut / Théâtre des Abbesses / Mars 2022

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