Tatiana Julien / Soulèvement / Un engagement autant physique que moral

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Photos Hervé Goluza

Tatiana Julien :

Un engagement autant physique que moral

 

Tatiana julienUn cri déchirant. Celui d’une femme qui ne peut plus se satisfaire de la vie d’aujourd’hui, accepter l’injustice sociale qu’elle avait dû endurer durant son enfance et sa jeunesse. Celle-ci avait eu un tel impact sur sa vie artistique qu’elle ne parvenait plus à réprimer le besoin de s’en révolter bec et ongles, toutes griffes dehors, de l’exprimer avec une rage peu commune de tout son corps, jusqu’à le mettre à nu...

Créé à l’Espace des arts de Chalon-sur-Saône en novembre 2018 dans le cadre du festival Instances, Soulèvement est un solo soutenu entre autres par des textes de Martin Luther King (Civil rights lead to racism and injustice), de Gilles Deleuze (L’abécédaire), de Jack Lang (Des artistes au pouvoir), d’André Malraux, et par la chanson Désenchantée de la compositrice-interprète Mylène Farmer sur une composition de Laurent Boutonnat pour lequel cette chanson était « un coup de projecteur sur une génération en mal de futur ». C’est l’histoire d’un être révolté dont la conception, curieusement, a coïncidé avec le début du soulèvement des "Gilets jaunes" en France et qui suit de peu le mouvement social "Nuit Debout" du printemps 2016. Or ce solo impressionne peut-être plus par sa théâtralité, que par la danse qui l’auréole ou qui l’habille. Mais, à l’inverse de Mylène Farmer qui, au travers de ses paroles hors du temps, hors de l’histoire, exprime seulement son désenchantement de la vie, Tatiana Julien, elle, se veut interventionniste ou, tout au moins, cherche à l’être. Son spectacle, très attachant, n’est pas le simple reflet d’un constat ; il se veut autant politique que social ; au travers de celui-ci, elle exhorte son public à partager ses convictions et, partant, à réagir contre son laisser-aller, sa passivité, et à passer à l’acte, à se soulever. D’où un engagement total, une chorégraphie violente, sauvage, provocatrice, saccadée, débridée mais contenue, qui emprunte ses figures à la gestuelle observée dans les manifestations, voire au "voguing" ou au "krump", mais qui est issue des tripes de son auteur. D’où aussi la nécessité, pour mieux faire passer le message, de se trouver au plus près possible des spectateurs. Jusqu’à aller à leur rencontre, à leur contact. Et ce, le plus étroitement possible. Un partage sans ambigüité aucune, qui peut d’ailleurs désorienter, voire mettre mal à l’aise. En se mettant à nu au propre comme au figuré, elle se libère de ses pulsions, de ses tabous, de l’amertume qui l’étreint toute entière. Difficile d’aller plus loin, de s’engager davantage, tant socialement que politiquement. A bien y réfléchir, il est vrai que ses gestes, ses mots - bien qu’empruntés - sonnent juste. On peut ne pas les apprécier mais on ne peut pas rester indifférent.

J.M. Gourreau

Soulèvement / Tatiana Julien, Théâtre National de la danse Chaillot, du 22 au 27 novembre 2019.

 

Tatiana Julien / Soulèvement / Théâtre de Chaillot / Novembre 2019

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