Thierry Malandain / La Belle et la Bête / A nouveau digne de tous les éloges

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Thierry Malandain :

A nouveau digne de tous les éloges

 

Mais comment diable fait-il pour toujours innover tant au niveau de la chorégraphie que de la mise en scène, à chaque nouveau spectacle ? Comment diable fait-il pour deviner, devancer même, les desiderata les plus ardents de son public ? Cela doit faire maintenant plus de trente ans qu'il m'a été donné d'assister aux premiers pas de Thierry en tant que chorégraphe néo-classique pour le suivre régulièrement depuis dans ses pérégrinations dans notre vaste monde, et cela fait plus de trente ans que je m'émerveille de son imagination débordante et débridée, de son inventivité, de son éclectisme, de son courage aussi car il en faut une bonne dose pour maintenir de nos jours contre vents et marées les spectacles de danse classique dans un paysage presque totalement conquis par la danse contemporaine ! Bref, le dernier né de Malandain, La Belle et la bête, est un nouveau chef d'œuvre et, réellement, le mot n'est pas trop fort. Il était logique qu'après le colossal succès de sa relecture de Cendrillon, d'aucuns lui susurrent à l'oreille de s'attaquer à un nouveau contes de fée... Or, La Belle et la bête est une œuvre qui n'avait jusqu'à présent, à ma connaissance tout au moins, été traitée par l'art de Terpsichore que par Ethéry Pagava en 2013, ce sur une musique de Ravel. Comme pour Cendrillon, ce conte dont l'une des versions les plus anciennes remonte au IIème siècle et qui a été immortalisé par Cocteau en 1946, est truffé de concepts et symboles moralisateurs qui nous donnent à réfléchir sur la dualité de l'être ainsi que sur des valeurs souvent perdues, en l'occurrence l'amour filial, le courage et l'abnégation, l'affrontement du danger, la pitié, voire même, le sens de la beauté.

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Photos O. Houeix

 

 

 

Thierry Malandain a choisi d'ancrer ce ballet d'action narratif et très théâtral sur différents extraits de partitions de Tchaikovski, les symphonies 5 et 6, ainsi qu'Eugène Onéguine et Hamlet. Si la chorégraphie, remarquablement adaptée à une musique qui lui sied comme un gant, regorge de variations d'une étonnante inventivité bien perceptibles par les balletomanes fervents de l'art du chorégraphe, c'est toutefois dans la scénographie que les trouvailles se révèlent les plus fascinantes, témoignant d'une maîtrise exceptionnelle de cet art. Raconter une histoire par la danse de façon à ce qu'elle soit compréhensible par tous, les petits comme les grands, n'est en effet pas l'apanage du premier chorégraphe venu ! Outre l'art du narrateur, il lui faut également faire voyager le spectateur dans l'espace et le temps aussi souvent que la trame de l'histoire l'exige. Or, Malandain eut l'idée géniale de séparer les différentes scènes et les "chasser" l'une par l'autre grâce au va-et-vient d'un vaste rideau tiré par les danseurs eux-mêmes, tantôt de cour à jardin, tantôt de jardin à cour, créant ainsi à chaque fois de nouveaux espaces avec une remarquable économie de moyens. Une autre de ses idées, et non des moindres, fut d'évoquer l'histoire par un "artiste-narrateur", faisant ainsi du théâtre dans le théâtre, et l'on pourrait d'ailleurs regretter qu'il n'ait lui-même investi ce rôle... Quant à l'entrée et la sortie de ses personnages, pourquoi - entre autres - ne pas les faire passer carrément à plat ventre sous le rideau ? Une manière comme une autre peu conventionnelle, il est vrai, mais aussi ludique qu'originale, de rompre avec les habitudes. L'œuvre est en effet émaillée d'une foultitude de petites trouvailles de cette sorte, plus divertissantes les unes que les autres, toujours sans prétention, lesquelles donnent une nouvelle dimension à ce ballet parsemé de piques d'humour qui, cependant, ne nuisent point à son extrême raffinement, confirmant un chorégraphe d'une extrême sensibilité, plein d'esprit et de talent.

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Je ne terminerai pas sans évoquer l'excellence des interprètes, tant les danseurs magnifiques dans leurs costumes chamarrés d'or que les musiciens car, lors de cette avant-première dans ce fabuleux écrin de l'Opéra Royal à Versailles, le Malandain Ballet Biarritz était accompagné par l'excellent orchestre Symphonique d'Euskadi dont les timbres éclataient, démultipliés par l'acoustique étonnante de l'Opéra Royal. Voilà un nouveau chef d'œuvre qui, tout comme Cendrillon, fera sans aucun doute date dans l'histoire de la danse.

J.M. Gourreau

La Belle et la bête  / Thierry Malandain, ballet donné en avant-première à l'Opéra Royal de Versailles du 11 au 13 décembre 2015 et qui sera officiellement créé en septembre 2016 à Lyon, dans le cadre de la Biennale de danse.

 

 

 

Thierry Malandain / La Belle et la Bête / Versailles / Décembre 2015

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