Thierry Malandain / Magifique / Que du bonheur

 

 

 

 

 

Photos O. Houeix

Thierry Malandain :

 

Que du bonheur !

 

 

« Magifique », c’est le mot qui venait à la bouche de Thierry Malandain lorsque, tout gosse, il laissait éclater sa joie après avoir goûté une œuvre qui l’avait particulièrement séduit ! Mais si ce mot était pour l’enfant une contraction déformée de magnifique, il contenait  aussi le mot « magique ». Or, dans cette nouvelle création construite sur les suites tirées de trois des plus célèbres ballets de Tchaïkovski, tout n’est que magie et émerveillement. Il faut dire que ce qui caractérise le style de ce chorégraphe, outre le fait que son langage soit exclusivement tourné vers le classique, – et c’est bien rare de nos jours – c’est son exceptionnelle musicalité doublée d’une inventivité et d’un humour (un tantinet anglais) étonnants. En outre, interviennent dans son œuvre deux autres éléments déterminants : l’esthétisme et la sobriété. Thierry en effet ne laisse rien au hasard et, s’il n’y a pas d’effet « choc » dans ses pièces, elles semblent couler naturellement comme un long fleuve tranquille jusqu’à leur dénouement en ayant transporté le spectateur sur un petit nuage, hors de la réalité de son temps. Et c’est en cela que réside sa magie. Pourtant, bien que s’étant inspiré des thèmes musicaux de La Belle au bois dormant, du Casse-Noisette et du Lac des cygnes, Thierry n’a pas cherché à raconter une histoire, si ce n’est peut-être son histoire. Le début de l’œuvre en effet se situe dans une salle de danse, avec ses barres et ses miroirs lesquels, soit dit en passant, provoquent un effet de dédoublement et de démultiplication graphiquement des plus heureux. On pourra y voir tout le travail et les difficultés inhérentes à l’apprentissage de cet art mais y transparaissent davantage l’insouciance de la jeunesse et la légèreté aérienne, apanage de cet art. L’œuvre est ainsi parsemée d’allusions à l’enfance et à la vie du chorégraphe mais aussi de clins d’œil pleins de gaieté, de verve et d’humour aux chorégraphies réalisées sur ces grandes œuvres du répertoire. Ainsi en est-il du célèbre pas de quatre des petits cygnes de la version de Petipa, morceau de bravoure et de précision transformé pour la circonstance en pas de quatre masculin dansé… la tête en bas et les pieds en l’air ! Comme nombre d’artistes, Thierry Malandain a gardé en lui quelques miettes de son âme d’enfant, bribes qui se maintiennent ou rejaillissent constamment à la surface et qui émaillent ses ballets, donnant parfois faussement l’impression d’insouciance et de jeu permanent. Bien au contraire, les vicissitudes de la vie, bien que sous-jacentes, sont toujours présentes, le chorégraphe ayant au fil du temps acquis une maturité lui permettant d’aborder avec sérénité les grands thèmes sociaux de notre histoire comme celui de l’enfermement ou de la révolte. A ce titre également un émouvant passage chargé d’une très grande symbolique à la fin de l’Adage à la rose, celui où deux des danseurs se rejoignent et tombent littéralement dans les bras l’un de l’autre, après avoir parcouru la distance qui les séparait, debouts en équilibre sur la barre. Bref une pièce débordante de vie et d’espérance, servie par des danseurs d’un engagement, d’un dynamisme et d’une technicité à vous couper le souffle. L’oeuvre une fois arrivée à son terme repartira en marche arrière, démontrant, si besoin l’était encore, que la vie n’est finalement qu’un éternel recommencement.

Il est regrettable que ce fort beau ballet n’ait pu être programmé en région parisienne que pour trois représentations, ce qui eut permis aux adeptes de la danse classique - et ils sont encore nombreux - d’assouvir leur souhait d’assister à des prix abordables à un art désormais élitiste auquel bien peu aujourd’hui ont accès.

J.M. Gourreau

 

Magifique / Thierry Malandain, Palais de Chaillot, Paris, Février 2011.

Prochaines représentations :

-         8 au 10 Mars 2011 : Bordeaux,

-         12 Mars 2011 : Perpignan,

-         24 Mars 2011 : Charleville (extraits),

-         29 Mars 2011 : Châtellerault (extraits).

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau