Thierry Malandain / Marie-Antoinette / Une fête somptueuse

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Thierry Malandain :

Une fête somptueuse

 

Tmalandain photo olivierhoueix 2Comme toujours, les grandes créations de Thierry Malandain résultent d’une préparation de longue haleine, d’une minutie extrême. Tout est profondément réfléchi, réalisé avec un soin et une attention intenses. Chaque détail a son importance et une signification précise, et n’est jamais le fruit du hasard. Marie-Antoinette est de celles-là. Suite à la nouvelle invitation* de Laurent Brunner, directeur de Château de Versailles Spectacles, Thierry Malandain s’est attaché à explorer et retracer, avec un faste inégalable, la vie et l’histoire de cette princesse archiduchesse d’Autriche, épouse de Louis XVI et, de ce fait, reine de France, en particulier les années versaillaises de la souveraine, depuis le banquet nuptial du 16 mai 1770, jusqu’à l’entrée de la foule des Parisiennes, en colère, dans le château le 5 octobre 1789.

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Maquette de costume de Jorge Gallardo

Outre sa coquetterie, sa frivolité, ses fastes et ses frasques, Marie-Antoinette avait un goût prononcé pour tous les arts et s’occupait elle-même des fêtes, feux d’artifice royaux, grands bals et spectacles de la Cour. Tout particulièrement de celui qui fut donné pour ses noces (à l’âge de 14 ans) avec le dauphin Louis-Auguste (qui, lui, avait tout juste 15 ans), lequel eut lieu au beau milieu du parterre de l’Opéra Royal du château de Versailles, le 16 mai 1770. Marie-Antoinette fut également la protectrice des musiciens - elle-même jouait d’ailleurs fort bien de la harpe - des écrivains, des hommes de théâtre et des peintres, en particulier de Madame Vigée Le Brun qui nous laissa d’elle une bonne trentaine de portraits. C’est cette facette de protectrice des arts, repliée dans un monde idéal et factice, qui a séduit le chorégraphe et qu’il a évoqué avec beaucoup de bonheur au travers de cette œuvre, laquelle s’avère, là encore, un petit bijou où l’on identifie Noverre, l’auteur des célèbres Lettres sur la danse, que Marie-Antoinette a d’ailleurs fait nommer, en 1775, à la suite de Vestris, maître des ballets de ce splendide lieu de spectacles qui, aujourd’hui, a conservé tout son caractère. Et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve, au travers de cette création, un style et une gestuelle baroques, apanage des scènes de bal de la fin du 18ème siècle, dans les prestigieux décors de Jorge Gallardo, au sein desquels l’or des éventails n’aura d’égal que le chatoiement du velours des costumes du même artiste. Plaisirs qui, certes, n’auront eu qu’un temps puisque Marie-Antoinette mourra sur l’échafaud le 6 octobre 1793, quelques mois après son époux, "avant qu’on emporte son corps sur une brouette, la tête entre les jambes", rappelle Malandain. La comédie du plaisir venait tragiquement de s’achever…

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Photos Olivier Houeix

Comme l’on pouvait s’y attendre - et cela coulait de source - le chorégraphe s’est appuyé sur divers extraits de symphonies de Haydn pour élaborer et illustrer son ballet, en particulier les 6ème, 7ème et 8ème, intitulées Matin, Midi et Soir, lesquelles lui ont permis d’évoquer chronologiquement la vie et la destinée de la reine en 14 séquences, ainsi que le faste qui régnait à l’époque à la Cour de France. Y ont été ajoutés un court extrait de l’Orphée et Eurydice de Gluck (dans une transcription pour harpe de Xavier de Maistre) auprès duquel Marie-Antoinette avait d’ailleurs pris quelques leçons de clavecin, ainsi qu’une grande partie de la symphonie La Chasse de Haydn, marquant ainsi les plaisirs auxquels s’adonnaient le roi et la Cour en ce temps là. Partitions magnifiquement interprétées avec brio par l’orchestre symphonique d’Euskadi de Donostiá-San Sébastián sous la baguette électrisante et endiablée de Mélanie Lévy-Thiébaut, aujourd’hui directrice musicale de l’Ensemble Instrumental de la Mayenne et qui se produit régulièrement aux Folles journées de Nantes.

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Quant à la chorégraphie, Thierry Malandain s’est bien évidemment fortement inspiré de la pantomime baroque des œuvres de l’époque, tout en y insérant son propre style et son univers personnel. "Une danse qui ne laisserait pas seulement la trace du plaisir, mais qui renouerait avec l’essence du sacré comme une réponse à la difficulté d’être", nous dit le chorégraphe. La gestuelle, magistralement exécutée par un corps de ballet de 22 danseurs, aguerri et au mieux de sa forme, tout particulièrement par Claire Lonchampt qui narre par le menu le caractère frivole de la reine mais aussi sa tendresse pour ses enfants. Celle-ci, avide de liberté, excellait dans l’art de se dérober, fuyant son époux (qui, lui-même, avait peur des femmes…) pour créer autour d’elle un noyau de jeunes aristocrates. Elle était en effet l'animatrice d'une coterie très réactionnaire où figuraient son beau-frère, le comte d’Artois, le comte de Mercy-Argenteau, ainsi que le comte suédois Axel von Fersen et, surtout, sa grande amie, la princesse de Polignac pour laquelle elle avait un penchant. Cette cour, qui se réunissait au Petit Trianon que lui avait offert Louis XVI, ou au "Hameau", village créé de toutes pièces pour et en partie par elle, distrayait la jeune reine de sa mélancolie. On lui reprochait bien sûr sa légèreté et sa frivolité, d’autant que la misère régnait à l’époque en maître sur le petit peuple de Paris. Et c’est ce qui préludera - avec les crises successives et la banqueroute du royaume - à sa chute, à l’âge de 38 ans, laquelle clôture prosaïquement - mais comment pouvait-il en être autrement ? - ce magnifique spectacle.

J.M. Gourreau

Marie-Antoinette / Thierry Malandain et le Ballet de Biarritz, Opéra Royal de Versailles, du 29 au 31 mars 2019.

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Le Versailles secret de Marie-Antoinette

Marie-Antoinette par Elisabeth Louise Vigée Le Brun

Avant-première présentée au théâtre Kursaal de San Sebastián (Espagne), le 15 février 2019.
Prochaines représentations : 19 & 20 avril 2019 au Grand Théâtre de Bordeaux ; 21 mai 2019 au Scharoun Theater Wolfsburg -Wolfsburg (Allemagne) ; 25 & 26 mai 2019 à l’Opéra de Reims, 1er au 3 juin & 7 au 9 août 2019 à la Gare du Midi à Biarritz ; 31 juillet au 03 août 2019 au Victoria Eugenia Antzokia - Donostia à San Sebastián (Espagne).

*la première était Cendrillon, créé le 7 juin 2013 sur cette même scène de l’Opéra Royal du Château de Versailles et la seconde, La Belle et la bête, le 11 décembre 2015.

 

Thierry Malandain / Marie-Antoinette / Versailles / Mars 2019

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