Thierry Malandain / Roméo et Juliette / Juste le temps d'aimer

 Ph. O. Houel

Thierry Malandain :

 

 

 

 

Juste le temps d’aimer

 

 

Jamais festival n’aura aussi bien porté son nom : en présentant une création sur le drame des célèbres amoureux shakespeariens de Vérone, Thierry Malandain ne pouvait mieux sublimer cette manifestation chorégraphique, la 20ème du nom qui, d’ailleurs, était née sous ses pas. Car, si Roméo et Juliette est avant tout un drame né de la jalousie et de la haine, c’est aussi une tragédie universelle encore trop présente de nos jours qui laisse à peine à nos héros le temps de s’aimer. Peut-être, d’ailleurs, est-ce pour bien nous y sensibiliser que le chorégraphe a mis en scène non un seul couple mais bien neuf, décuplant de ce fait les sentiments de culpabilité qui étreignent le spectateur lors du déroulement du spectacle. Peut-être aussi la raison pour laquelle les décors sont réduits à leur plus simple expression, de simples malles qui sont tout à la fois lits, tables, coffres de rangement, balcon, escaliers des maisons, murs de la ville, tombeaux, cercueils… éliminant de ce fait tout ce qui peut détourner l’attention de la danse, d’une expressivité et d’une force étonnantes… Peut-être, enfin, la raison pour laquelle il n’a gardé de l’argument original de la Renaissance que sa trame, plaçant ainsi l’histoire hors du temps, la rendant plus actuelle que jamais. Les danseurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : ils n’interprétaient pas le drame, ils le vivaient tout en le créant, dégageant une émotion considérable, spécialement les deux protagonistes de l’œuvre ainsi que Frère Laurent, alias respectivement Silvia Magalhaes, Giuseppe Chiavaro et Frederik Deberdt.

Et, si Malandain a choisi non la partition de Prokofiev, optée par la majorité des chorégraphes séduits par ce thème mais celle de Berlioz, en fait une symphonie dramatique avec chœurs d’ailleurs beaucoup plus riche sur le plan musical, c’est peut-être en écho à Béjart qui le premier l’avait utilisée pour clamer cette maxime désormais célèbre : « Faites l’amour, pas la guerre ! » Car ce drame met aussi et surtout en exergue les luttes fratricides qui gouvernent aujourd’hui encore notre monde, l’exclusion et les guerres qui en résultent. Or, cette œuvre a aussi pour but de nous faire prendre conscience de  cette épée de Damoclès suspendue chaque jour de plus en plus près au dessus de nos têtes. Malandain est un conteur né ; il a l’art et la manière d’exprimer les sentiments en trouvant les gestes justes, ceux qui touchent, qui vous atteignent droit au cœur. Tout est parfaitement lisible et le chorégraphe montre à nouveau que le langage néoclassique est parfaitement adapté à l’expression des sentiments, les vils comme les purs et les nobles, la mort comme la vie et l’amour, la haine comme le désir, l’espérance et la joie.

La pièce qui ne se terminera pas sur une note optimiste puisque le rideau se fermera sur Frère Laurent se frayant, solitaire, un chemin vers le néant en portant le poids son échec, est une œuvre grave, poignante, superbe, peut-être la plus profonde que ce chorégraphe, un des derniers sans doute à utiliser conventionnellement le langage classique, ait jamais réalisée jusqu’à aujourd’hui.

J.M. Gourreau

 

Roméo et Juliette / Thierry Malandain, Espace Carpeaux, Courbevoie, 11 Décembre 2010.

 

Prochaines représentations :

-         Vendôme, 14 Décembre 2010,

-         Arcachon, 17 Décembre 2010,

-         Biarritz, 20 au 22 Décembre 2010,

-         Annemasse, 13 Janvier 2011,

-         Sochaux, 22 Mars 2011,

-         Massy, 26 Mars 2011,

-         Biarritz, 5 et 6 Mai 2011,

-         Besançon, 12 Mai 2011,

-         Reims, 14 au 16 Mai 2011,

-         Lorient, 19 au 21 Mai 2011,

-         Bezons, 24 Mai 2011

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