Thierry Malandain / Cendrillon / Un fastueux joyau

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Photos Olivier Houeix
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Thierry Malandain :

 

Un fastueux joyau

 

C’est pas Dieu possible, comme le dirait Exbrayat, il doit avoir une baguette magique entre les doigts ! En effet, chaque nouvelle œuvre de Thierry Malandain, l’un des rares chorégraphes d’obédience classique qui nous reste aujourd’hui, s’avère toujours plus prestigieuse et plus aboutie que la précédente, tant sur le plan de l’esthétique que sur celui des trouvailles chorégraphiques dont elle est émaillée. Cendrillon en est à nouveau l’exemple frappant. Il faut dire que le sujet de cette création n’a pas été choisi au hasard car, au delà des contes anciens dont se sont nourris entre autres Charles Perrault et les frères Grimm, se cache en effet une histoire beaucoup plus universelle, laquelle évoque certains travers et perversions de la société humaine : jalousie, cruauté, injustices, voire même sadisme, pour ne citer que ceux-là... Des agressions génératrices de souffrances psychologiques qui se retrouvent dans toutes les classes de la société, ainsi que dans la danse, et auxquelles Malandain est particulièrement sensible. Mais pas seulement. L’œuvre évoque aussi l’espoir, l’amour et la félicité, sentiments qui peuvent conduire au pardon, le ballet se terminant, pour la marâtre et ses filles, de façon heureuse, "afin d'oublier l’humanité qui saigne," évoque le chorégraphe... Or cette relecture, qui reste relativement fidèle à la dramaturgie originale, n’en est pas moins d’un modernisme étonnant tout en en ayant conservé certains éléments tirés de la mythologie. Ainsi en est-il du début de l’œuvre qui fait naître l’histoire du chaos universel et de la terre nourricière, peuplée certes d’êtres humains mais aussi d’elfes et autres esprits du même acabit : ces petits cousins des fées, auxquels appartient d’ailleurs la marraine de Cendrillon, sont à l’origine, en ouverture de rideau, d’un tableau d’une fascinante construction et d’une beauté à vous couper le souffle. Le ballet est ainsi truffé d’idées toutes plus originales les unes que les autres, notamment celle d’avoir transformé la marâtre et ses deux filles en personnages masculins, de noir vêtus, amplifiant ainsi les traits de leur caractère à la manière d’un Mats Ek. Ou, encore, de ces mannequins sans tête (donc sans cervelle ?) qui servent de cavalières aux hommes pour le bal... Plus de citrouille ni de rats transformés en laquais mais une scénographie aussi suggestive qu’épurée, en l’occurrence un décor géométrique d’une originalité et d’un goût exquis, composé de lignes de chaussures violine judicieusement alignées en diagonale depuis les cintres jusqu’au sol sur trois des côtés de l’espace scénique : une œuvre née de l’imagination débridée de l’architecte chilien Jorge Gallardo.

Tout comme la scénographie, la chorégraphie s’avère elle aussi un véritable joyau d’une grande originalité servant parfaitement le propos de Malandain : tout est parfaitement lisible, d’une très grande légèreté et chargé d’une émotion étonnante. Je n’en veux pour exemple que le désespoir poignant du prince après la disparition de Cendrillon aux douze coups de minuit, d’une véracité à vous extirper des larmes… Tous les interprètes font d’ailleurs preuve d’une technique éblouissante et d’une interprétation réellement remarquable, à commencer par Cendrillon elle-même, alias Miyuki Kanei dont la sincérité et la présence se sont révélées réellement bouleversantes. Et puis, il faut dire aussi que ce ballet, présenté dans un écrin aussi prestigieux que celui de l’Opéra Royal de Versailles et servi par un orchestre symphonique aussi remarquable que celui d’Euskadi de San Sebastian, ne pouvait qu’être l’écho des fastes éblouissants du passé… Je n’en reste cependant pas moins convaincu que Thierry Malandain a dû, lui aussi, avoir pour marraine une fée lui ayant conféré, à son baptême, le don de transformer tout ce qu’il touche non pas en or mais en poésie et en grâce.

J.M. Gourreau

 

Cendrillon / Thierry Malandain, Opéra Royal de Versailles, du 7 au 9 juin 2013, dans le cadre du festival « Les voix royales ».

Thierry Malandain / Cendrillon / Opéra Royal de Versailles / Juin 2013

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