Thomas Hauert / Accords / Une improvisation judicieusement menée

Thomas Hauert :

 

 

 

 

Une improvisation judicieusement menée

 

 

Laissée à la libre appréciation des danseurs, l’interprétation de la musique donne parfois lieu à des moments étonnants. Je n’en veux pour témoin que la dernière création de Thomas Hauert, Accords, œuvre réellement surprenante par l’intelligence de sa composition. En effet, la majorité des variations qui la constituent sont totalement improvisées, et le mouvement des danseurs, résultant de leur sensibilité et de leur réceptivité à la phrase mélodique au moment précis où elle leur parvient aux oreilles, est impulsé par la musique dans un cadre préalablement défini par le chorégraphe. Le public est donc convié à assister à un spectacle entièrement différent à chaque nouvelle représentation.

L’impulsion du mouvement initial de la variation est donnée par l’un des danseurs. Celle-ci est aussitôt reprise par les interprètes qui la perçoivent de la même manière, de façon à composer un ensemble cohérent et synchrone, tandis que les autres, ceux qui n’ont pas saisi « au vol » l’idée originelle, se fondent et s’interpénètrent dans le tableau créé selon leur propre approche de la phrase musicale, complétant ainsi la composition architecturale mise en scène. Ce processus de création du mouvement, parfaitement original, nécessite une attention et une écoute permanentes tant à la musique qu’aux autres et, partant, une réactivité immédiate, au risque de césure de l’harmonie créée. Si difficile que cela puisse paraître, la cohésion entre les interprètes fut telle que l’on aurait juré la chorégraphie totalement écrite !

L’œuvre est composée et sous-tendue par une succession de courtes pièces musicales extrêmement différentes les unes des autres, de Vicente Amigo à Ravel en passant par Bach, Rachmaninov, Satie, Knut Nystedt, Roland Moser, Stefan Wolpe et Jean Roché, ainsi que par des chants de crapauds et des hurlements de loups, générant bien sûr une diversité chorégraphique tout aussi vaste, présentant le savoir faire des danseurs. Ces « exercices improvisés », tous composés de la même façon mais dans des styles et avec des techniques différents, ont été mis à profit pour réaliser le finale sur la Valse de Ravel, véritable feu d’artifice exprimant l’essence et l’élan de la musique : les danseurs donnaient l’impression de s’être transmutés en notes s’échappant des différents instruments de l’orchestre pour s’envoler, se côtoyer, se rassembler et prendre de la puissance, tourbillonner et se fondre puis se diviser, se télescoper, s’affaler, rebondir, reprendre leur essor… jusqu’à l’élan final où ils semblaient alors sortir en bouquets du corps d’un invisible chef d’orchestre totalement possédé, envoûté par le dieu de la musique, jusqu’à y laisser leur âme. Impressionnant !

 

J.M. Gourreau

 

Accords / Thomas Hauert et la compagnie Zoo, Théâtre de la Bastille, Paris, Avril 2010.

Prochaines représentations :     - Arsenal de Metz, le 30 Avril 2010

                                               - Le Volcan au Havre, le 5 Mai 2010, dans le cadre du Festival « Les Météores »

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