Thomas Lebrun / La jeune fille et la mort / Romantisme, quand tu nous tiens...

 

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Photos  F. Iovino

 

 

Thomas Lebrun :

 

Romantisme, quand tu nous tiens…

 

 

Thomas Lebrun est un chorégraphe d’une étonnante sensibilité, d’une grande générosité et d’une profonde humanité mais aussi d’une très grande discrétion. C’est peut-être grâce à sa nomination à la tête du Centre chorégraphique national de Tours en janvier dernier que l’occasion nous est donnée de le voir davantage dans la Capitale et la région parisienne, ce qui est heureux car ses pièces - il en a plus d’une trentaine à son actif - sont remarquables de par de leur esthétisme, leur charisme et leur théâtralité. La dernière en date, La jeune fille et la mort, créée le 15 mars dernier au Palais de Chaillot, en est l’exemple même. L’œuvre est, bien sûr, basée sur le célèbre quatuor éponyme de Schubert composé en 1824 et qui tire ses origines de la mythologie grecque : son thème évoque le rapt de la déesse Perséphone par Hadès, dieu des enfers. Si ce quatuor reste l’une des œuvres musicales les plus connues, c’est aussi un des chefs d’œuvre du romantisme, mouvement qui tombe aujourd’hui petit à petit en désuétude mais que le chorégraphe souhaite réanimer et voir revivre.

D’une construction sobre et rigoureuse, La jeune fille et la mort est une pièce intemporelle assez sombre, une sorte de méditation où la mort rôde sans toutefois parvenir à ses fins. Ce sont plutôt des « souffles de vie » que la jeune fille, incarnée de façon remarquable par Anne-Sophie Lancelin, évoque en traversant diverses époques de l'existence, parvenant toutefois toujours à surmonter les épreuves et à survivre. Au travers de ce combat en effet, le chorégraphe a cherché à mettre en avant les émotions qui peuvent encore étreindre l’homme d’aujourd’hui face à une sensibilité et à des sentiments que les vicissitudes de la vie actuelle ne lui permettent plus d’éprouver. Cependant, plus le poids des ans se fait sentir, plus les ombres deviennent errantes, plus la rupture devient prégnante et plus la peau se ride, ce qu’exprime d’une manière étonnamment poignante l’exceptionnelle brochette d’interprètes que Thomas Lebrun  est parvenu à réunir dans ce spectacle : on y trouve en effet des artistes dont la renommée a depuis longtemps dépassé nos frontières, entre autres Odile Azagury, Christine Gérard, Corinne Lopez, Raphaël Cottin, Anthony Cazaux et Christian Ubl : leur maturité et leur expérience de la vie ont sans aucun doute contribué à rendre à la pièce une profondeur et une gravité qu’elle n’aurait jamais pu acquérir sans leur présence. Autre atout de cette œuvre, la participation sur le plateau du quatuor Voce, ce qui eut pour effet de renforcer l’humanité qui émanait de ce ballet ; en outre, le dépouillement et la sobriété de la scénographie ont accru la puissance et la force de certains passages, notamment celui se déroulant dans la forêt enneigée sous la lumière blafarde de l’astre de la nuit, imprimant une image d’un romantisme inoubliable et d’une fulgurante beauté dans la mémoire des spectateurs envoûtés.

J.M. Gourreau

 

La jeune fille et la mort / Thomas Lebrun, Vitry, Théâtre Jean Vilar, 9 juin 2012.

Thomas Lebrun / La jeune fille et la mort / Vitry / Juin 2012

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