Thomas Lebrun / Lied Ballet / La matière de la danse

Lied ballet 01Llied ballet 03 ph frederic iovinoLied ballet 02 ph frederic iovino

Photos Frédéric Iovino

 Thomas Lebrun :

La matière de la danse

Existe-t'il un rapport entre le lied et le ballet? De quelle nature est-il? Thomas Lebrun a tenté d'apporter une réponse à cette question dans sa dernière pièce, Lied Ballet, créée lors du festival d'Avignon en juillet 2014 et redonnée tout récemment au Théâtre de Chaillot à Paris. Le lied est un genre musical allemand qui, à l'origine, était fondé sur des mélodies populaires entonnées à trois ou quatre voix, accompagnées par quelques instruments de musique. Il a pour caractéristiques principales, outre sa structure précise et codifiée, le culte de l'émotion et de la passion, autrement dit celles de refléter l'âme du peuple. Le lied s'avère donc représenter l'humain dans son authenticité. Deux des particularités que l'on retrouve dans l'œuvre de Thomas Lebrun, empreinte d'un romantisme exacerbé. Il n'est donc pas étonnant que ce chorégraphe ait cherché à en déchiffrer la structure pour s'y immiscer. Le lied a bien sûr évolué depuis sa création et s'est décliné sous de nombreuses formes dont l'une, à l'instar de la célèbre Truite de Schubert, est tripartite. D'où l'idée de réaliser une pièce en trois actes, chacun reposant sur un thème, une structure, un esprit, une qualité et une couleur de danse différents, tout en gardant une unité commune de style.

L'œuvre, très expressionniste, s’avère toutefois une réflexion sur les codes du ballet. Elle débute par un cri de douleur ou, plutôt, une sorte de mater dolorosa qui renvoie d'emblée le spectateur à l'époque romantique. Les huit danseurs, tout de noir vêtus, enfermés sur eux-mêmes, semblent accablés de souffrance et de désespoir. Une danse narrative austère sur une très belle partition de Giacinto Scelsi qui évoque l’époque victorienne, celle de la contestation sociale, celle de Dickens ou d’Oscar Wilde, celle où la poésie était prédominante au Royaume Uni comme en France.

La seconde partie, un tantinet mélancolique, fait écho au duo formé par le pianiste Thomas Bernard et l’exceptionnel baryton Benjamin Alunni dans des musiques de Berg, Mahler et Schönberg. Une œuvre d’une grande pureté, grave et profonde, qui met en valeur un étonnant personnage énigmatique et pensif, alias Matthieu Patarozzi, peut-être le Poète, tantôt cambré en arrière comme s’il voulait se rapetisser, tantôt recroquevillé sur lui-même, en contrepoint des sept autres danseurs dont les parcours, très subtils, tracent des lignes géométriques d’une fort belle harmonie.

Le troisième et dernier acte, écrit sur une musique lourde et grave, légèrement répétitive de David-François Moreau, met en valeur la technicité des danseurs, lesquels, pour l’occasion, ont revêtu un collant d'un bleu électrique irradiant. Leur danse, d’une extraordinaire fluidité, ciselée comme un travail d’orfèvre, ira en s’éteignant peu à peu, les danseurs quittant un à un la scène jusqu’au dernier sur les ultimes accents de cette poignante partition.

J.M. Gourreau

Lied Ballet / Thomas Lebrun, Théâtre National de Chaillot, du 1er au 4 avril 2015.

 

Thomas Lebrun / Lied Ballet / Théâtre National de Chaillot

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau