Toilettes pour tous / G. Zaitsu / Montreuil

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Odile Noël-Shinkawa : La diarrhée des Ourgouilles                                                                                                                                                        Maki Watanabe : Sans titre

Photos J.M. Gourreau

 

Toilettes pour tous

 

Par une belle nuit d’été, il y a bien longtemps de cela, Gyohei Zaitsu eut une étrange vision : il se voyait en ange, dansant sur une cuvette de WC, une myriade de feuilles de papier s’envolant autour de lui, telles des feuilles mortes tourbillonnant avec grâce dans l’air avant de retomber, inertes, sur le sol… Des années durant, cette vision le hanta, tant et si bien qu’il décida un jour de la mettre en œuvre. Et puis, après tout, pourquoi ne pas partager cette idée avec d’autres danseurs, musiciens, scénographes, professionnels ou amateurs, en fait artistes de tout poil, en herbe ou non ?

Petit à petit, l’idée fit son chemin. Un lieu se prêtait particulièrement bien à cette expérience, un lieu hors du commun, un vieil atelier de menuiserie, certes un peu sale, encombré et poussiéreux, sans aménagement spécial et dénué de tout confort, mais que le chorégraphe connaissait depuis longue date pour y avoir fait ses premières armes. Très vite, nombre d’artistes de tous bords y souscrivirent, tant et si bien qu’une soirée ne s’avéra pas suffisante. Le deal était bien sûr de réaliser une « performance » avec ou autour de la dite cuvette…

Comme l’on pouvait s’y attendre, ce sont les prestations de butô qui présentèrent le plus d’intérêt de par leur esprit et, surtout, leur absence totale de vulgarité malgré leur violence intérieure sous jacente, surgissant d’ailleurs dans quelques brefs moments d’une extrême intensité. Ainsi en fut-il de cette jeune femme, Maki Watanabe en l’occurrence, recluse dans une pièce exiguë, seulement meublée d’un canapé et d’une cuvette de WC. Son enfermement sur elle-même lui ôta peu à peu la raison, et son désir inassouvi d’enfant la conduisit à… considérer la cuvette comme son enfant. Moment d’une intensité dramatique insoutenable décuplé par le silence et la pénombre qui l’auréolaient. Le poids de sa solitude, son désespoir et son impossibilité de le crier, aucun son ne pouvant sortir de sa bouche, son impuissance, son attirance pour le jardin dans lequel elle ne pourrait jamais se promener, son attente de quelque chose qui ne viendrait jamais étaient réellement poignants.

 

J.M. Gourreau

 

La Guillotine, Montreuil, Juin 2010.

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