Toméo Vergès / Anatomia publica / Ménage à trois

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Photos J.M. Gourreau

 

Toméo Vergès :

 

Ménage à trois

 

 

Il y a parfois de bien étranges destinées, comme nous le conte Toméo Vergès dans sa dernière création Anatomia publica. Quelques temps après la disparition de son époux, sa grand-mère se remarie. Mais, au bout de quelques années, celui-ci reparaît. Evènement certes inhabituel mais pas impossible. Ce qui, toutefois, est plus étonnant, c’est qu’il se formera un ménage à trois, partageant le même toit… Parmi tous les problèmes que cela a pu poser, certains d’entre eux ont profondément marqué le chorégraphe qui n’était à l’époque qu’un enfant. Au fil du temps, il les a profondément analysés et l’un d’eux s’est révélé très vite obsessionnel : est-il possible d’éviter, dans cet univers passionnel, les drames de la jalousie et la névrose pour conserver un semblant de paix intérieure ?

C’est fort adroitement, par utilisation d’un processus de décomposition du mouvement comme par stroboscopie sur un fond sonore répétitif de machine reproduisant à l’infini un bruit de va et vient, que le chorégraphe va permettre au spectateur de déchiffrer le cheminement de sa pensée et de se l’approprier. Le mouvement saccadé issu d’une succession rapide de petits gestes juxtaposés inaboutis empêchait l’exécution de tout acte quel qu’il soit dans sa plénitude, comme si son auteur était contraint de forcer ou de faire preuve d’une volonté surhumaine pour y parvenir. On aurait dit que l’influx nerveux ne parvenait qu’en pointillé aux terminaisons musculaires, occasionnant de multiples ruptures dans l’exécution du mouvement. Cette névrose engendra, chez les trois personnages sur le plateau, un état compulsif les transformant en automates déréglés, ce qui généra une curieuse impression d’impuissance face à l’impossibilité de leur apporter une quelconque aide mais aussi une sorte d’obsession vraisemblablement similaire à celle du chorégraphe lorsqu’il revécut cette situation. Est-ce à dire que cette gestuelle mécanique pourrait traduire un état hystérique, un conflit psychique, une crise émotionnelle ? Sans doute, d’autant plus que Toméo Vergès qui a fait des études de médecine avant de devenir danseur, a pu, par le passé, être confronté à des situations tout à fait semblables.

Au delà de cette analyse, l’intérêt de cette œuvre pour le spectateur réside outre dans le fait de savoir que de telles situations peuvent parfaitement exister, celui d’expliquer le comportement impulsif, névrotique, voire hystérique de certains d’entre nous qui vivent ou ont vécu de tels évènements ou des situations analogues, nous incitant, face à eux, à davantage de compréhension et de clémence.

J.M. Gourreau

 

Anatomia publica / Toméo Vergès, Théâtre du Chaudron, La cartoucherie, Vincennes, 14 juin 2012.

Prochaine représentation : 12 février 2013, Cergy-Pontoise, l'Apostrophe.

Toméo Vergès / Anatomia publica / /a Cartoucherie

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