Ushio Amagatsu / Sankai Juku / Une lénifiante et communicative sérénité

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Ushio Amagatsu:

Une lénifiante et communicative sérénité

 

AmagatsuCela faisait trois années que l’on n’avait pas vu la troupe Sankai Juku dans notre capitale. Et pour cause : depuis 1982, elle s’est toujours produite au Théâtre de la Ville*. Or, la réfection et remise aux normes de ce lieu nous en a privés depuis deux ans mais, c’est tout de même à l’invitation de son directeur qu’elle se produit aujourd’hui dans une salle à l’italienne - pas formellement faite pour elle, il est vrai - et que l’on peut à nouveau en goûter le charme, et apprécier la beauté et de ses œuvres.

Ce qui fascine et a toujours fasciné chez Ushio Amagatsu, chorégraphe de la seconde génération de butô, danse née tout au début des années 1960 au Japon sous l’égide de Tatsumi Hijikata puis de Kazuo Ōno, c’est ce dépouillement, ce calme olympien, cette sérénité, ce parfum de mystère et, surtout, de paix qui émanent de ses œuvres. Arc, sa dernière pièce, créée en mars au Japon, sous-titrée Chemin du jour, ne déroge pas à la règle. Sept tableaux, de l’aube au crépuscule, émaillent cette œuvre d’une atmosphère irréelle, au sein de laquelle, pour la première fois depuis la création de la compagnie en 1975, Amagatsu n’apparaît pas. C’est en effet l’un de ses plus anciens danseurs, Semiramu, qui ouvre la représentation, devant deux arcs verticaux d’acier dressés verticalement, lesquels écartent et referment insensiblement leurs montants amovibles au fond du plateau comme une arche extensible, suggérant ainsi le temps qui s’écoule, inexorablement. Le spectacle se déroule au travers de paysages mythiques et dépouillés, évoquant tantôt les profondeurs incommensurables d’une mer aux eaux profondes et glacées, tantôt l’immensité sablonneuse et chaude des déserts ou le flamboiement de la lave qui sourd du bec des volcans, ce dans une ambiance étoilée rappelant la voie lactée et l’immensité du cosmos, conçue par le scénographe Natsuyuki Nakanishi. C’est inlassablement, il est vrai, qu’Amagatsu suggère au travers de ses pièces le cycle de la vie et la nature, sa fragilité et sa beauté, inlassablement qu’il nous laisse entrevoir la nécessité de vivre en harmonie avec elle, inlassablement qu’il convie le spectateur sur le sable fin de la plage de Nokosura, au sud de Yokohama, sur laquelle il jouait durant son enfance, pour nous en faire goûter ses charmes et sa tranquillité. C’est avec une grâce infinie que les cinq jeunes danseurs de Sankai Juku accompagnent dans ce périple esthétique et raffiné les trois vétérans de la compagnie, Semiramu, Sho Takeuchi et Akihito Ichihara, soutenus par les musiques graves, planantes et envoûtantes de Takashi Kako, Yas-Kaz et Yoichiro Yoshikawa, ce par le truchement d’une chorégraphie ondulatoire lente, apaisante, lourdement chargée de sens, ponctuée par instants de petits gestes vifs pour rappeler que le tumulte qu’il nous faut maîtriser fait aussi partie de ce monde. Une œuvre conférant à nouveau une bouffée d’un incommensurable bien-être à son public.

J.M. Gourreau

Arc / Ushio Amagatsu, Sankai Juku, Théâtre des Champs-Elysées, du 29 avril au 4 mai 2019, première européenne dans le cadre de la programmation hors les murs du Théâtre de la Ville.

*Ses premières prestations parisiennes datent de 1980, d’abord en mai où la troupe avait investi la place basse du Forum des halles, puis en juin où elle avait présenté sa première création, Graine de Kumquat (1978) au Carré Silvia Montfort. Une œuvre toujours au répertoire de la compagnie qu’il serait d’ailleurs judicieux de redonner…

 

Ushio Amagatsu / Sankai Juku / Théâtre des Champs-Elysées / Avril 2019

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