Va Wölfl /Ich sah : das Lamm auf dem Berg Zion / Les révolvers du néant

Va Wölfl :

 

 

 LES REVOLVERS DU NEANT

 

 

Ils ont eu réellement du flair de ne pas revenir saluer, une fois le spectacle terminé…

Rien, pourtant, ne laissait augurer une soirée si morne, si triste, si dénuée d’intérêt. Le public est accueilli par le haut de la salle : une quinzaine de groupes de trois cyprès sont répartis dans les gradins, dardant leur haute cime vers le ciel. Original, mis à part le fait qu’ils oblitèrent aux regards une partie de la scène...

Une fois qu’il a regagné sa place, le spectateur est invité à contempler un chanteur relié à un porte-voix et qui pousse une chansonnette, deux révolvers braqués sur sa tempe : le premier est tenu par un sbire en costume-cravate, le second par lui-même…. Un nouvel arrivant, un encensoir à la main enfume le public en traversant le plateau. Un autre se met en devoir d’allumer une lampe à souder, tout en serrant lui aussi un pistolet dans la main. On nage en plein délire surréaliste.

Quels qu’ils soient, tous ces personnages ne se départiront pas durant tout le spectacle de leur révolver. Bien sûr, tous en sont munis, même s’il ne leur sert à rien car chargé de balles à blanc ou constamment enrayé. La raison de ce port d’armes restera à jamais une énigme. Mais curieusement, ces tirs de pistolet factice ont l’étrange pouvoir de déclencher chez ces dames sur le plateau de déchirantes vocalises, un peu comparables aux sons émis par certaines sirènes… L’une d’entre elles cependant, se rendant sans doute compte des désagréments qu’elle inflige à son public, s’empare d’un chalumeau pour brûler le micro qu’elle tient à la main… Un acte pour le moins osé dans ces lieux…

Tandis qu’un avion de combat passe dans le ciel, une dizaine de danseurs en tutu entament enfin, dans l’ombre il est vrai, quelques figures du Ballet de Cour, toujours le révolver à la main, bien évidemment ! Après quelques cataclysmes visuels et auditifs sans grand intérêt, un pseudo danseur assis au milieu de la salle se lève de son fauteuil et se met à singer ses coreligionnaires sur le plateau, non sans déranger passablement ses voisins. Imité l’instant d’après par une jeune fille, toutefois moins délurée que lui. Si ce divertissement  a le mérite de réveiller l’attention des spectateurs qui commençaient à sombrer dans un profond ennui, cette mise en scène, n’en déplaise au réalisateur de l’œuvre, n’a toutefois rien d’original ni de bien nouveau… A l’issue d’un tableau un peu plus pittoresque où l’on aura l’impression de voir brûler un homme sur un brasier de fils de cuivre allumé par trois lampes à souder, les artistes quitteront un instant la scène, temps mis à profit par une bonne cinquantaine de spectateurs pour quitter eux aussi la salle comme un seul homme! Or le spectacle n’était pas terminé ; bien au contraire : il repartait derechef comme au début, le chanteur avec ses deux pistolets sur la tempe ayant acquis entre temps une voix féminine… Quelques instants plus tard cependant, comme s’ils avaient le diable à leurs trousses, tous les artistes disparurent subrepticement et définitivement de la scène, plongeant les spectateurs dans la perplexité ou l’ébahissement. Provocation ou dépit ?

Va Wölfl, vous l’aurez compris, n’a rien d’un chorégraphe. Le programme nous apprend qu’il fut l’élève du peintre Oskar Kokoschka et qu’il fut nourri des influences du Bauhaus, mouvement qui posera quelques uns des jalons de l’architecture moderne. Et s’il fréquenta la Folkwang Hochschule de Pina Bausch à Essen, ce fut pour étudier la photo et non la danse. C’est d’ailleurs bien là que le bât blesse car l’on se demandait à l’issue du spectacle où était l’art de Terpsichore dans ce fatras d’images catapultées sur scène on ne sait trop ni comment, ni pourquoi…

Aujourd’hui, sous le vocable de danse, on trouve tout et n’importe quoi, surtout ce qui n’a rien à voir avec cet art. Il serait peut-être nécessaire que les programmateurs en prennent bien conscience et fassent preuve d’un peu de discernement, au risque de perdre définitivement leur public…

 

J.M. Gourreau

 

Ich sah : das Lamm auf dem Berg Zion (Je vis l’agneau sur la montagne de Sion) / Va Wölfl, Théâtre de la Ville, Paris, Mars 2011.

Commentaires (2)

1. luc93 27/03/2011

représentation du samedi soir : panne "technique" annoncée, alarme incendie qui se déclenche, quelques spectateurs quittent la salle pour finalement revenir 10 mn après. Question : avez-vous eu droit au même traitement le vendredi soir ? ces "évènements" sont-ils partie intégrante du spectacle ? dans notre groupe de spectateurs, le débat est vif ! il y a les convaincus que tout ce bordel faisait partie de l'apocalypse annoncé (majoritaire) et les sceptiques qui ont réellemnt cru à la panne. Renseignez-nous ! Départagez-nous ! merci d'avance

2. Chantal (site web) 29/03/2011

Tout à fait d'accord!
Vous n'avez pas eu la chanson française à la fin? Nous nous sommes demandés si c'était une ultime provocation vis à vis de ce public français incapable de comprendre la finesse de son art.

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