Va Wölfl / Kurze Stücke / Du "l'art" ou du cochon?

 

raumschief.jpgimg-0247.jpgVa Wölfl :

 

Photos Comagnie Neuer Tanz 

 

 

 

Du "l’art" ou du cochon ?

 

 Aussi délirant que déroutant. A l’issue de la représentation, le spectateur se trouve dans l’état d’esprit d’un amateur d’art du XIXème siècle devant une toile surréaliste de Dali ou une compression de César. Ne récusant pas totalement l’œuvre, ne criant pas au scandale non plus. Car, par certains côtés, il a été touché. Par d’autres, il a été déconcerté. A raison ou à tort ?

Le rideau s’ouvre sur une scène jonchée de fusils posés sur des plateaux rotatifs, les uns à côté des autres. Des horloges dont les aiguilles seraient toutes fixées à la même heure pour l’éternité ? Côté cour, une machine à lancer des balles de tennis, projetées de façon totalement aléatoire sur le mur opposé, le long duquel sont alignées des guitares électriques reliées à un ampli. Son assourdissant garanti lorsque celles-ci atteignent l'une des caisses de résonance ! Des personnages dans un costume de strass et de paillettes, lamé d’or et d’argent - acteurs, danseurs ou musiciens - exécutent en sourdine à la guitare, accompagnés par une chanteuse-danseuse sur pointes, un arrangement à mi-voix de l’Erwartung de Schönberg. Changement de lumières : la scène est plongée dans une demi-obscurité et les danseurs se mettent à tourner lentement sur eux-mêmes, tenant à la main un fusil dardé vers le ciel. Pour nous sensibiliser aux guerres, pourrions-nous penser ? Eh bien non, tout simplement par goût pour les armes, nous dit le programme. Il est vrai que ces instruments de mort reviennent comme un leitmotiv dans l’œuvre de Va Wölfl : dans Ich sah das Lamm auf dem Berg Zion donné en ce même lieu en mars 2011 par exemple (voir plus haut dans ces mêmes colonnes mon analyse de ce spectacle), le choré(o)graphe avait troqué fusils contre revolvers pointés sur les tempes…

Tout le spectacle sera de la même veine, en demi-teintes. Rien n’est vraiment dit. Des idées plus décousues les unes aux autres se succèdent sans que l’on puisse vraiment les rattacher à quelque chose de tangible. Un simili-prestidigitateur présente quelques tours qui n’ont rien de réellement mirobolant. Une danseuse trébuche à plusieurs reprises pour s’étaler de tout son long, toujours au même endroit et dans la même position. Danseurs-acteurs brandissent alternativement leurs armes et leur guitare comme pour dire, à l’image d’un Béjart, « faites l’amour, pas la guerre ». Tout au long du spectacle  reviendront comme un leitmotiv ces balles de tennis neuves, d’un jaune éclatant qui, à l’issue de l’œuvre, ne seront plus lancées par une machine mais carrément déversées sur le plateau d’une armoire remplie jusqu’à la gueule… et que les machinistes du théâtre, d’ailleurs aidés par les acteurs eux-mêmes, se mettront en devoir de ramasser consciencieusement jusqu’à la dernière…

Ce n’est même pas de la provocation. « L’art est une attaque, une explosion »,  nous explique Va Wölfl. OK, mais ici, il n’y a ni attaque, ni explosion. Pas même de la danse. Le spectateur est passif, il attend qu’il se passe quelque chose. Or, les minutes défilent et il ne voit rien venir. Alors, il quitte la salle. Une bonne centaine d’entre eux sont ainsi partis durant la représentation...

Un noir au bout d’une heure et demie, ponctué par un salut des danseurs. Croyant le spectacle terminé, les trois quarts du public restant se dirigent vers la sortie. Sans huer ni, même, applaudir. Mais les interprètes reviennent et entament non un bis mais une suite gymnique pouvant ressembler de loin à de la danse, accompagnés par de nouveaux jets de balles. Va Wölfl, coutumier du fait, est un maître du happening : il réitérera ce scénario une nouvelle fois, poussant le spectateur dans ses ultimes retranchements jusqu’à ce qu’il crie grâce…

J.M. Gourreau

 

Kurze Stücke / Va Wölfl, Théâtre de la Ville, du 8 au 11 janvier 2013. Création mondiale.

Va Wölfl / Kurze Stücke / Théâtre de la ville / Janvier 2014

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