Via Katlehong / Via Sophiatown / La danse de la liberté

Photos J.M. Gourreau

Via Katlehong dance :

La danse de la liberté

 

Ils ont le diable au corps et le feu aux fesses... Et, pourtant, ils font contre mauvaise fortune bon cœur, car ils furent expulsés par les bulldozers de Sophiatown, un quartier de Johannesburg dans lequel ils avaient trouvé refuge. Nous sommes en 1955, en plein apartheid. Pour lever un pan de l'histoire, les terres sur lesquelles fut construite cette ville furent achetées en 1899 par un blanc du nom de Tobiansky, lequel voulait y construire un quartier réservé à ses congénères. Mais, peu à peu, au cours des années qui suivirent, le quartier se peupla par des noirs, pour partie des musiciens et des danseurs, et devint mixte. Le gouvernement décida alors de déplacer de force les 65000 résidents noirs de Sophiatown vers le nouveau township de Soweto. Et Sophiatown fut entièrement rasée. Ce haut fait demeure encore aujourd'hui le symbole de la lutte des artistes en Afrique du Sud.

Via Sophiatown ne nous narre pas cette expulsion mais en évoque seulement le souvenir et ses conséquences. A l'instar d'un Nelson Mandela, les noirs qui y habitaient n'en tiennent nullement rigueur aux blancs qui les ont chassés ; bien au contraire, car leur exode vers le Meadowsland  est devenu symbole de leur liberté. La prestation sur scène de ces huit artistes, danseurs et chanteurs tout à la fois, et de ces deux étonnants musiciens, un pianiste et un saxophoniste, est un cocktail détonnant, un pot-pourri non tant de danses tsaba-tsaba et kofifi issues des danses de rue, que de comédie musicale américaine, agrémentée d’un soupçon de Fred Astaire… Vous l'aurez compris, des danses endiablées, émaillées de chants poignants au cours desquels s’expriment toute l'exubérance, l'amour pour la vie et la liberté d'un peuple injustement opprimé. Le dynamisme de ses représentants, leur enthousiasme, leur virtuosité réchauffent le cœur, donnant l’envie de les rejoindre pour partager cet instant. C’est d’ailleurs ce qui survint à l’issue des saluts, nombre de spectateurs se précipitant sur scène sans même y avoir été invités, pour congratuler les artistes et esquisser, en leur compagnie, quelques pas de danse...

J.M. Gourreau


Via Sophiatown / Vusi Mdoyi et les danseurs de Via Katlehong, Le Centquatre, Paris, du 10 au 12 décembre 2013.

Via Katlehong / Via Sophiatown / Le Centquatre / Décembre 2013

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