Vincent Dupont / Air / A la recherche de la transe

Air vincent

Ph. Laurent Pailler

Vincent Dupont :

A la recherche de la transe

 

C’est à un bien étrange spectacle que nous convie Vincent Dupont avec Air, une œuvre au sein de laquelle le spectateur se trouve immergé à l’intérieur d’une pièce aux extrémités de laquelle se trouvent devant eux deux danseurs et, à l’arrière, quatre chanteurs dans une cabine de mixage du son. Un flux de vibrations sonores - qu’il s’agisse de celles émises par les chanteurs ou celles exhalées par le souffle amplifié et déformé des danseurs - vous frôlent, vous enveloppent, vous habillent d’une énergie étrange, à l’origine d’une fort curieuse sensation totalement indescriptible qui vous met vous-même en résonance avec les autres spectateurs.

Tout est parti de l’une des œuvres les plus célèbres du cinéaste ethnologue Jean Rouch, Les tambours d’avant, lequel avait tenté de filmer, dans un village du Niger, une danse de possession. Mais lorsque, sortant de la foule, une femme âgée finit par entrer en transe en criant, le cinéaste ne disposa plus de pellicule pour filmer la fin du rituel... Prétexte qui servit à Vincent Dupont pour imaginer ce qu’aurait pu être le message de cette femme, tout en le faisant partager à ses spectateurs, participants de fait mystiquement à cette transe. D’où la nécessité de reconstituer une atmosphère au sein de laquelle ceux-ci seraient inclus, conviés au cœur de l’espace. Une pièce sur le fil du rasoir par conséquent, faisant intervenir d’une part l’énergie rayonnée par l’être en transe, d’autre part notre propre ressenti et notre propre énergie mais surtout celle, cumulée, dégagée par les autres spectateurs. Si l’environnement sonore créé se révéla à la hauteur des attentes du chorégraphe - et il faut saluer à ce titre les performances vocales de tous les intervenants -  il est difficile d’en dire autant de la danse, l’univers sonore prenant le pas sur la chorégraphie, malgré l’épure des lignes du dispositif scénique parfaitement approprié de Benoît Lévêque et le mystère émanant des lumières d’Arnaud Lavisse. En effet, Aline Landreau et Vincent Dupont ne parvinrent pas - du moins à la représentation à laquelle il me fut donné d’assister - à extérioriser suffisamment leur ressenti intérieur pour le faire rejaillir sur le spectateur, à trouver cet état si particulier où quelque chose lâche et s’échappe de leur corps. Il n’en reste pas moins que Air est un spectacle sortant des sentiers battus, au sein duquel le ressenti demeure plus important que le visuel, mais qui, il faut le reconnaître, était un pari particulièrement osé…

J.M. Gourreau

Air / Vincent Dupont, Théâtre de la Cité Internationale, Paris, du 3 au 8 février 2014, dans le cadre du festival Faits d’hiver.  

Vincent Dupont / Air / Théâtre de la Cité internationale / Février 2014

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