Virginia Heinen / Romanze / Une infinie tendresse

 Photos J.M. Gourreau

Virginia Heinen :

 

 

 

Une infinie tendresse

 

 

Quoi de plus banal que l’histoire d’un couple ? Un sujet certes rebattu mais dont la beauté et la force intrinsèque ont été exacerbées par la manière dont la chorégraphe l’a ré-abordé.

Dès le premier instant, le spectateur est totalement subjugué. Il émane en effet de ce couple qui émerge de la pénombre tendrement enlacé dans ses vêtements de nuit une sincérité et une pureté qui touchent par leur simplicité et leur naturalité. Et c’est en cela que réside le secret de la chorégraphe : la gestuelle semble spontanée, directement issue des profondeurs de l’âme. Dès lors, il n’y aura plus qu’à se laisser guider par l’action et le verbe. Une succession de brefs instantanés judicieusement enchaînés d’une pudeur et d’une fluidité extrême, ce qui leur confère un naturel étonnant. Ce n’est plus à une représentation théâtrale que l’on assiste mais bien à quelques instants on ne peut plus réels de la vie de ces deux êtres, la chorégraphe elle-même et Martin Grandperret, animés tantôt par une passion frénétique et dévorante, tantôt par une violence conflictuelle allant parfois à l’encontre de la raison. Deux extrêmes qui encadrent de longs moments de grande tendresse dans une intimité parfois gênante pour le spectateur devenu, bien malgré lui, voyeur. La chorégraphie est ample, fluide et large, chargée d’une très grande émotion. Rien n’est inutile dans ce qui nous est donné à voir, tous les gestes étant prolongés à l’infini jusqu’à leur extinction naturelle, ce qui exacerbe encore leur expressivité. D’autant qu’ils sont portés par des musiques romantiques, entre autres de Schubert et Vivaldi, fort propices à l’illustration et l’accompagnement d’un tel sujet. En outre, ces pièces orchestrales sont entrecoupées de pesants silences qui concentrent l’attention sur la profondeur des sentiments traversant ce couple. Une œuvre théâtrale et dansée d’une puissance expressive aisément compréhensible lorsque l’on saura que Virginia Heinen est issue de la Folkwangschule d’Essen de Pina Bausch…

J.M. Gourreau

 

 

Romanze

/ Virginia Heinen, Théâtre du Lierre, Paris, Janvier 2010.

 

 

 

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