William Forsythe / Quintett / Une oeuvre au parfum de mort

 Photo D. Mentzos

William Forsythe :

 

 

Une œuvre au parfum de mort

 

C’est certainement l’une des œuvres les plus étonnantes et les plus marquantes de ce chorégraphe américain. En effet, lorsqu’en 1993 Forsythe composa Quintett, sa femme était en train de vivre les derniers moments de son existence. Et, sans que l’on en ait conscience, ce ballet, d’une facture nettement différente de ses autres pièces, dégage une étrange odeur de mort mais, surtout, de suspension de l’existence, comme si, au travers d’elle, le chorégraphe avait pu ralentir la chute de sa compagne dans les ténèbres éternelles, comme pour éviter la rupture du fil de sa vie.

Sur le plateau, un projecteur dirigé vers une trappe ouverte sur les profondeurs du sous-sol. En surgissent tour à tour deux danseuses qui, happées par la lumière, s’efforcent de gagner le monde aérien, là où règne la vie, la passion et l’amour. Etreintes sauvages, impétueuses avec trois hommes auxquels elles échappent sans cesse, guidées sans nul doute par la peur de la mort sur la ritournelle lancinante et répétitive de Gavin Bryars, Jesus’blood never failed me yet, utilisée également en son temps par Maguy Marin dans May be. Corps à corps sauvages et désespérés venant contrecarrer les élans salvateurs de ces êtres qui leur servent inopinément de refuge et qui se terminent immanquablement par leur fusion puis leur chute, enlacés. Car les corps, dans une gestuelle anguleuse et cassée, constamment à la limite du déséquilibre, ne parviennent à annihiler leur irrésistible attirance pour les ténèbres de la fosse qu’en s’agrippant les uns aux autres, qu’en s’enroulant les uns autour des autres, dans une violence évoquant l’ultime combat pour la vie, peut-être pour tenter d’échapper à leur destin.

Tout comme la musique qui égrènera sempiternellement sa ritournelle lancinante, l’œuvre répétitive à l’infini, n’aura ni fin, ni conclusion, laissant planer le doute et une lueur d’espoir quant à l’issue du combat livré par ces deux femmes contre la mort. Une œuvre touchante de par son contenu (non explicite dans le programme), dans une chorégraphie superbe qui, bien évidemment, utilise le langage classique magistralement assimilé par deux des interprètes du Ballet de l’Opéra de Lyon, Agalie Vandamme et Caelyn Knight.

J.M. Gourreau

Quintett / W. Forsythe, Ballet de l’Opéra de Lyon, Théâtre de la Ville, Paris, Février 2010.

Etait inscrit au même programme Workwithinwork du même chorégraphe

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