Wim Vandekeybus / Booty looting / La photocopieuse assassine

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                                 Ph W. Vandekeybus                                                                                                                                                                                                             Ph. D. Willems

Wim Vandekeybus :

La photocopieuse assassine

 

Pourquoi diable Wim Vandekeybus s'enferre t'il à mettre en scène des histoires plus ou moins alambiquées, souvent tirées de la mythologie, déclamées dans la langue de Shakespeare et qu'il est de plus obligé de sous-titrer pour les rendre compréhensibles par son public ? Alors qu'il pourrait tout simplement laisser ses danseurs exprimer par l'art de Terpsichore ce qu'il a dans le cœur et qui sourd de sa peau, comme il sait à merveille le faire... Problème d'ailleurs récurrent qui était déjà celui de sa pièce précédente, Oedipus bêt noir, et qui l'est bien davantage dans Booty looting, créé à l'occasion du 25ème anniversaire de sa compagnie, "Ultima Vez". Pourtant, la puissance de sa danse, rapide, instinctive et sauvage est telle qu'elle laisse transparaître, avec une force peu commune, le moindre sentiment. Le mixage des arts s'avère parfois intéressant à la condition que ceux-ci tendent tous vers un même but, ce qui n'est pas le cas de Booty looting. Trop d'idées jetées pêle-mêle qui nuisent à la compréhension de l'œuvre et induisent une réelle confusion dans les esprits. Si la survenue d'un coyote, celui de Joseph Beuys sans doute, dans le récit, bien que totalement farfelue, puisse sembler drôle, on se demande bien le rôle de ce mammifère hurleur dans l'histoire de Médée ou de celle de l'actrice allemande Birgit Walter, femmes fatales dont il est question tout au long de la pièce. Mais on peut aussi apprendre des tas de choses en assistant au déroulement de la pièce, par exemple la manière dont une photocopieuse peut être utilisée pour... commettre un assassinat ! Ce collage d'idées à la manière des surréalistes rend malheureusement la pièce un tantinet ennuyeuse, voire soporifique.

Dans tout ce fatras d'idées, j'en retiendrai cependant une qui me semble particulièrement bien exploitée, celle de ce photographe omniprésent tout au long de l'œuvre et qui, au risque de devenir exaspérant, poursuit sans cesse ses sujets jusqu'à la fin, quitte à leur voler leur âme. Booty looting d'ailleurs peut se traduire par "piller le butin", "voler ce qui a déjà été volé". Et l'image, si elle fige le présent, reflet instantané d'une réalité pas toujours avantageuse, est aussi et surtout ce qui reste lorsque l'on a tout oublié. Or ces images de scènes que n'aurait pas renié un Jan Fabre, projetées live sur l'écran au fond du plateau, ces photos tragiques de piétas suppliciées difficilement supportables, témoins de scène de torture torride, resteront à jamais le témoignage probant de la cruauté humaine et de ses déviances. Et c'est peut être cela, outre ses fabuleuses mais trop courtes salves dansées, qu'il faut retenir de cette œuvre par trop alambiquée.

J.M. Gourreau

Booty looting / Wim Vandekeybus, Théâtre de la Ville, du 14 au 25 avril 2014.

Wim Vandekeybus / Booty looting / Théâtre de la Ville / Avril 2014

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