Xavier Leroy / Giszelle / Foutage de gueule

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Ph. J. M. Gourreau

Xavier Leroy & Eszter Salamon :

Foutage de gueule

 

"Il y a des jours où l'on aurait mieux fait d'aller se coucher..." entendais-je dire à la sortie du spectacle. Il faut avouer que le spectateur qui avait prononcé ces paroles n'avait pas totalement tort. On savait Xavier Leroy un tantinet provocateur. Je n'en veux pour seul exemple que ses Low pieces qu'il présenta entre autres en juillet 2011 au festival d'Avignon, puis en octobre de l'année suivante au Théâtre de la Cité internationale à Paris, œuvre dans laquelle il déshabillait sur le plateau ses danseurs juste après les avoir engagés à discuter durant une bonne dizaine de minutes avec le public en prémisses au spectacle... Et ce, après ne leur avoir volontairement distribué un programme qu'à l'issue de la représentation, sans doute pour les contraindre à réfléchir sur le pourquoi des choses présentées...

Tout comme Jérôme Bel, Xavier Leroy est un adepte de la non-danse. Il appartient à la famille des chorégraphes conceptuels, "ceux qui, au mitan des années 1990, ont secoué le cocotier de la belle danse pour la laisser à poil," comme l'écrivait non sans humour Rosita Boisseau dans Télérama du 21 Juillet 2007. Mais, si le chorégraphe adore se moquer ouvertement de tout le monde - comme de lui même d'ailleurs - il y a toujours derrière ses pièces une réflexion profonde, malheureusement bien souvent inaccessible à son public. Cet hermétisme délibéré pourrait s'expliquer par le fait que Xavier Leroy a effectué des études scientifiques de haut niveau, entre autres dans le domaine de la biologie moléculaire, avant de les abandonner pour embrasser la carrière de danseur puis celle de chorégraphe. D'où peut-être sa difficulté à se mettre à la portée de son public.

Dans Giszelle, qui date de 2001, tout comme dans ses premières pièces d'ailleurs, le but poursuivi par le chorégraphe était de dépouiller de toute fioriture les grandes œuvres du répertoire qu'il avait été amené à danser au début de sa carrière pour n'en laisser subsister que leur trame ou leur substantifique moelle. Mais trop, c'est trop, et il arrive parfois, comme c'est le cas dans cette pièce, qu'il ne subsiste pratiquement plus rien de leur essence originelle, déroutant de ce fait le spectateur. Que nous a t'il en effet été donné à voir dans cette parodie de Giselle ? Le début de l’œuvre est marqué par l’entrée d’une jeune femme qui, sans autre forme de procès, se jette au sol et s’allonge en travers du plateau, sur les dernières mesures du ballet d’Adolphe Adam. Est-ce Giselle ? Ce qui se passe ensuite s’avère pour le moins étonnant. A la suite de quelques tours et arabesques, la voilà qui se met à quatre pattes et à sauter comme un lapin, les fesses relevées. Est-ce son amour pour la nature et les animaux qui lui fait endosser les postures et attitudes de ces charmants rongeurs ? Soudain, prise de démangeaisons, elle se redresse, se gratte le dos comme un singe puis s’allonge à nouveau sur la scène en évoquant par la parole la beauté de ses genoux, de ses chevilles et de ses seins avant de se mettre à chantonner… Est-ce une caricature de la petite paysanne de Théophile Gautier rêvant, innocemment allongée dans l’herbe, à ses charmes ? Et puis, peut-on réellement considérer comme de la danse le fait de se rouler par terre ? Si l’on se réfère au programme - en l’occurrence, une simple feuille de papier mise cette fois à disposition des spectateurs à l’entrée de la salle - on peut y lire que « Giszelle est une série de séquences dansées où apparaissent des figures en mouvements facilement identifiables et très symboliques de notre culture occidentale. Par exemple, une ballerine dansant Giselle, un singe, le penseur de Rodin, Brigitte Bardot dans Le mépris etc. » Que viennent donc faire Rodin et Brigitte Bardot dans cette galère ? Voilà un mystère que je ne suis pas parvenu à expliciter !

La seconde séquence s’avère être de la même veine. On y voit « Giselle » affublée de béquilles qu'elle a sorti d'un immense sac et qui vont lui servir à fabriquer un épouvantail à son image… Là encore, j’avouerai humblement que le sens de ce tableau m’échappe totalement. L’œuvre se termine d’ailleurs là-dessus, la protagoniste ne revenant même pas saluer. Pourtant, personne, que je sache, n’avait amené de tomates ou d’œufs pourris…

Est-ce de la provocation de la part des auteurs, un défi ou, au contraire, une invitation à réfléchir sur certains de nos comportements ? Dans ce cas, à l’image d’un Dave St Pierre, il aurait été nécessaire de poser les questions d’une manière plus explicite. Aussi est-il normal que le spectateur ressorte frustré de la salle et hésite, par la suite, à renouveler l’expérience. Qu’il me soit permis cependant de le rassurer : toutes les œuvres dites chorégraphiques ne sont pas de la même veine…

J.M. Gourreau

Giszelle / Xavier Leroy & Eszter Salamon, Centre Pompidou, 20 et 21 février 2014.

Xavier Leroy / Giszelle / Centre Pompidou / Février 2014

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