Yoann Bourgeois / Celui qui tombe /Tout n’est finalement qu’une question d’équilibre…

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Yoann Bourgeois :

Tout n’est finalement qu’une question d’équilibre…

 

Yoann bourgeois geraldine aresteanuYoann Bourgeois souhaiterait-il initier son public à ce que peut ressentir un immigré lorsqu’il traverse une mer démontée pour fuir son pays et nous dépeindre la somme de courage nécessaire pour affronter une telle épreuve ? Ou bien, chercherait-il à nous faire partager la peur panique qui pourrait gagner à petit feu les entrailles d’un alpiniste gravissant une paroi quasi-verticale lorsqu’il sent la prise qui l’assure se dérober, alors que 400 mètres de vide s’ouvrent sous ses pieds ? A moins qu’il tente de nous communiquer les affres et tourments de cet héroïque voyageur du Roi des aulnes de Goethe dans sa chevauchée diabolique au sein des éléments déchaînés, entraîné par son cheval une sombre nuit d’orage, son fils mourant blotti dans son giron ? Celui qui tombe peut en effet évoquer cela tout à la fois. A bien y réfléchir, nous ne sommes finalement que bien peu de choses face à une nature en colère et déchaînée…

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Photos Géraldine Arestéanu

Imaginez un simple plancher en bois, une sorte de radeau de forme carrée de 6 mètres de côté, tantôt monté sur un vérin, tantôt accroché aux cintres, et mobilisé par différents mécanismes ; un dispositif soumis aux lois de la pesanteur ou de la force centrifuge qui va entraîner les interprètes de l’œuvre, trois femmes et trois hommes, dans des bascules, pertes d’équilibre et rotations de plus en plus accentuées… Une aire de jeu pour six danseurs simulant le roulis et le tangage d’un bateau dont le pont serait jonché de matelots pris dans la tourmente s’inclinant alternativement sur bâbord et sur tribord, mouvements qui les embarqueraient d’avant en arrière dans des situations burlesques au sein desquelles ils seraient contraints de s’agripper pour ne pas être entraînés par les flots…

En fait, la pièce qui nous est donnée à voir est composée d’une suite de séquences juxtaposées dans lesquelles les protagonistes, placés dans des situations instables auxquelles ils sont forcés de s’adapter, cherchent à maintenir, voire retrouver leur équilibre dans une lutte permanente contre les éléments déchaînés. Une lutte qui peut parfois se transformer en jeu lorsqu’ils parviennent à maîtriser la situation. Et, comme dans bien des cas, c’est la solidarité qui permet d’éviter la chute. Toutefois, lorsque l’un d’eux vacille et tombe, il entraîne les autres dans le mouvement… N’est-ce pas également le cas pour nombre d'initiatives dans notre société ?

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Mais, me direz-vous, et l’art de Terpsichore dans tout cela ? Il semble malheureusement tombé aux oubliettes ou inscrit au registre des abonnés absents, le spectacle s’avérant plutôt une performance circassienne, une quête à la recherche d’un équilibre artificiellement rompu, un défi aux lois de la pesanteur… Un spectacle ludique certes, par moments spectaculaire, qui n’est pas inintéressant du fait de la performance des interprètes mais qui, toutefois, s’avère bien plus proche du cirque que de la danse. Ce que l’on peut peut-être regretter de la part d’un artiste qui tient les rênes d’un Centre chorégraphique national…

J.M. Gourreau

Celui qui tombe / Yoann Bourgeois, Cent Quatre, Paris, du 28 décembre 2019 au 11 janvier 2020.

Pièce créée le 20 septembre 2014 à la Biennale de danse de Lyon.

 

Yoann Bourgeois / Celui qui tombe / Cent-Quatre / Décembre 2019

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