Yoann Bourgeois / L'art de la fugue / La maison du désastre

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Photos Christophe Manquillet

Yoann Bourgeois :

La maison du désastre

 

Ce n’est pas tout à fait de la danse, ni tout à fait du cirque. Cela ressemble plutôt à un jeu à la croisée des deux arts. Yann Bourgeois l’avoue d’ailleurs lui-même, le jeu est devenu pour lui une passion, quel que soit le domaine considéré. Et, bien sûr, la scène est devenue son domaine de prédilection. Mais le jeu auquel il nous convie cette fois est un jeu un peu particulier, un jeu de déconstruction, un jeu de catastrophes. Imaginez un grand cube de bois d’au moins quatre mètres de hauteur, occupant une bonne partie de la scène, côté cour. Un tel cube s’avère un lieu magique pour inventer des histoires, qu’il s’agisse d’histoires d’amour ou de scènes de ménage. Une jeune fille arrive du fond du plateau, frappe sur le côté du bloc face au public, tout comme s’il s’agissait d’une porte. Et patatras ! Un morceau de mur large comme une fenêtre s’effondre. Après en avoir ramassé les morceaux, elle pénètre à l’intérieur par l’ouverture ainsi créée, se retrouve dans une vaste pièce où elle fait la rencontre d’un curieux bonhomme qui s’appuie sur un pan de mur, lequel s’effondre quant à lui en totalité… On retrouve ensuite nos deux protagonistes conversant devant une table qui, par un mystérieux sortilège, va se casser – ainsi d’ailleurs que les chaises – en mille morceaux. Et tout à l’avenant. Gags qui vont bien sûr être émaillés, de joyeuses glissades, d’apparitions et de disparitions du plus merveilleux effet : l’univers de Josef Nadj n’est pas bien loin.

Pour autant que ce soit aussi drôle que surprenant, la signification de la pièce est sans doute ailleurs. Il faut se souvenir que si Marie Fonte est danseuse est chorégraphe, Yoann Bourgeois quant à lui, issu du cirque Plume et de l’Ecole du cirque de Châlons-en-Champagne, est avant tout circassien. Et, bien qu’il ait fait un long séjour chez Maguy Marin pour laquelle il a interprété moult et moult fois May be ou Turba, c’est sans doute à Kitsou Dubois qu’il doit cette envie de danser en apesanteur. D’où ce défi aux lois de la gravité, cette recherche grisante du fameux « point de suspension », cet instant précis où un objet lancé en l’air va retomber, ces fascinantes chutes répétées du haut d’un escalier sur un trampoline préludant à une hallucinante remontée, le propulsant, lui ou sa compagne, à l’endroit précis d’où il était tombé...

L’œuvre est ainsi composée d’une pléiade de petites pièces que Yoann Bourgeois a appelées « fugues » et qui toutes imposent une prise de risque, jouent sur le vacillement, la nécessité de vaincre la peur du vide. D’où leur accompagnement musical par quelques fragments de L’art de la fugue de Bach, pièce – on le sait – qui restera inachevée à la mort du compositeur. L’idée était réellement originale mais ce modèle musical de rigueur et de perfection ne seyait guère aux évolutions de nos deux artistes, même en contrepoint, du fait sans doute de son manque de chaleur. Peut-être aurait-il gagné dans ce cas à être interprété dans sa version pour viole de gambe ou pour quatuor à cordes ?

J.M. Gourreau

L’art de la fugue / Yoann Bourgeois, Le Cent Quatre, Paris, du 8 au 12 avril 2014.

Yoann Bourgeois / L'art de la fugue / Le Cent Quatre / Avril 2014

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