Yuval Pick / Acta est fabula / La danse : un moyen d’expression mais, surtout, un partage

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Ph. L. Philippe

Yuval Pick :

La danse: un moyen d’expression mais, surtout, un partage

 

Pour Yuval Pick comme pour ses danseurs, la vie est belle et vaut la peine d’être vécue. Et, surtout,  partagée par la danse. A tout moment en effet, une foultitude d’émotions surgissent de l’âme de ses interprètes, traversent leur corps. Et le font bouger, s’exprimer, parler. Consciemment ou non, elles leur suggèrent des gestes, des mots, des cris instinctifs qui les libèrent, leur confèrent une existence vis-à-vis de l’autre, des autres… Lesquels sont conviés eux aussi, consciemment ou non, à les observer, à les goûter, à s’en emparer, voire à les partager ou les faire évoluer. Que l’on y adhère ou non, ils ne laissent pas indifférents. Dans un cas comme dans l’autre, spectateurs comme interprètes y répondent, consciemment ou non. Par de l’intérêt, générant une participation, visible ou cachée, ou, à l’inverse, par de l’ennui et de l’apathie.

Dans Acta est fabula, Yuval Pick s’est penché sur ces interactions. D’un côté, comment les relations s’établissent-elles ? Comment se forme une cohésion au sein d’un groupe ? Comment se fédère-t-il ? Et de l’autre, comment un mouvement ébauché évolue-t-il ? Comment s’élaborent des variations sur un geste naissant, une mélodie à partir de sons parfois sauvages ou incohérents ? Comment naît un spectacle, en fait par essence destiné à un partage, qu’il soit chorégraphique ou musical, lorsque l’on dispose d’instruments – vivants ou inertes – que l’on connaît parfaitement et que l’on maîtrise totalement ? Qu’il s’agisse d’une intonation, d’une vibration, d’un mouvement tout juste conçu, à peine élaboré, lorsqu’il est repris et démultiplié, il se charge, se nourrit peu à peu de ce que lui apporte l’autre, les autres, leur expérience mais, surtout, leurs émotions, leurs joies, leurs peines… Celles-ci vont le modifier, le transformer, le sublimer, le charger d’une force, d’un élan qui amènent la cohésion, les fasse passer au-delà du mur de la scène, traverser le corps des spectateurs pour atteindre leur subconscient, voire leur âme… "J'ai la certitude que les œuvres d'importance ne peuvent naître que d'une complicité forte entre celui qui les conçoit et ceux qui ont charge de donner corps à la danse", explique leur auteur. Et de poursuivre : "Ma recherche est guidée par l’idée que chaque être a au fond de lui-même une connaissance innée que la danse a le pouvoir de dévoiler. Ma tâche de chorégraphe consiste dans la mise en œuvre et dans l’orchestration de ce dévoilement."

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Voilà qui est dit. Ne cherchez donc pas dans la danse de Yuval Pick un sujet ou un récit quelconque. Il n’y en a pas. Son seul but ? Amener ses interprètes à marcher dans la même direction, à contraindre leur gestuelle à converger, à la formater, à sortir de soi pour aller vers l’autre, les autres, à adopter le meilleur d’eux-mêmes pour le mettre en commun, le partager, s’en nourrir et y trouver sa raison de vivre. D’où ces fréquents changements de direction, ces déséquilibres, ces élans brisés, ces pulsions tribales, ces discordances, ces errances, ces recherches gestuelles désordonnées parfois vite abandonnées... Pour Yuval Pick, tout est nourriture, tout est prétexte à la danse, laquelle cependant va s’avérer heurtée, désordonnée, faite de pulsions juxtaposées peu à peu canalisées mais qui, toutefois, laissent un petit goût amer d’inachevé.

J.M. Gourreau

Acta est fabula / Yuval Pick, Théâtre National de la danse Chaillot, du 9 au 12 janvier 2018.

 

Yuval Pick / Acta est fabula / Théâtre de Chaillot / Janvier 2018

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