Yuval Pick / No play hero / Turbulences / CND Pantin

pick-y-no-play-hero-cnd-pantin-23-01-13.jpg

Ph. J.M. Gourreau

Yuval Pick :

 

Turbulences

 

Déséquilibres, sauts sur place, chutes, courses folles, voltes, torsions, collisions… La danse qu’imprime Yuval Pick à ses interprètes dans Popular Music, une oeuvre qui date déjà de 2005, n’est vraiment pas de tout repos. C’est même une pièce aussi puissante que sauvage qui, cependant, reste très musicale et d’une grande rigueur tout en laissant une grande liberté aux danseurs. Car les corps qui tanguent, se tordent et se cabrent atteignent, à certains moments, réellement leurs limites. On les croirait souvent livrés à eux-mêmes, tant leurs joutes paraissent désordonnées. Il n’en est rien en fait, et l’œuvre est une sorte de patchwork qui résulte de l’assemblage de variations individuelles dont l’objectif est de se croiser, se rencontrer, se heurter pour, finalement, fusionner ou, à l’inverse, rebondir dans une autre direction. Structures éphémères qui se font et se défont, mêlée d’où semble sortir une gigantesque araignée portant sur son dos ses petits, et qui les libère de temps à autre afin de leur permettre de découvrir la vie qui les entoure. Une œuvre d’une force incommensurable qui met en avant la violence cachée qui est en nous pour la laisser librement s’exprimer.

No play hero, qui fait écho à Popular Music est une pièce de la même veine, tout en ayant été conçue sept ans plus tard. Cette fois, c’est un quintette de xylophones et percussions exécuté en live par l’ensemble TaCtuS qui donne le ton. La structure chorégraphique de l’œuvre est sensiblement la même, les variations conçues pour les danseurs étant toutefois encore plus électrisantes (au sens propre du terme), du fait des impulsions directement délivrées par les instrumentistes. Aucun carcan visible, l’œuvre se caractérisant encore par une impression de liberté extrême, tout en étant fortement tributaire de la partition musicale. Il y transparaît toutefois dans la seconde partie une certaine humanité, la danse se révélant une partie de cache-cache, chacun des interprètes se révélant profondément à l’écoute de l’autre tout au long de cette pièce, d’une belle sensibilité.

Un autre atout de celle-ci, non négligeable d’ailleurs, est sa scénographie. Outre le fait d’avoir pu bénéficier de la présence des musiciens en fond de scène, Yuval Pick a eu l’idée géniale de faire évoluer ses danseurs sur un tapis réfléchissant comme un miroir, ce qui eut l’heureux effet de les dédoubler et de mettre ainsi en valeur la structure chorégraphique de l’œuvre, tout en en amplifiant la portée. Il fallait néanmoins que le spectateur puisse être en hauteur pour pouvoir pleinement en goûter, et il est sans doute dommage que cette perspective n’ait pu être réalisée lors de la présentation de la pièce à la Cartoucherie en juin dernier, au cours des « June events » de Carolyn Carlson…

J.M. Gourreau

 

Popular Music et No play hero / Yuval Pick, Centre National de la Danse, Pantin, 23-26 janvier 2013.

Yuval Pick / No play hero / C.N.D. Pantin / Janvier 2013

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau