Dave St Pierre / Utopies contemporaines / Ecorché vif

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Photos Dave St Pierre

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                     Foudres                                                                                                                              Un peu de tendresse, Bordel de merde

Dave St Pierre :

Ecorché vif

 

Qu'est-ce qui attire les foules vers les spectacles de Dave St Pierre aussi sûrement que les vieilles bigotes le sont par le confessionnal ? Tout simplement le fait de satisfaire un certain besoin de voyeurisme de la part du public. Les œuvres de ce chorégraphe québécois célèbrent autant la beauté que la laideur. C'est un écorché vif qui dit ce qu'il a à dire. Sans détours, sans fioritures. Ses actes, ses gestes, ses mots, sortent "de abrupto" de ses tripes. Ils sont crus, voire violents, assénés comme des coups de marteau. Et, de ce fait, volontairement excessifs. Ils nous parlent de tout ce qui fait la vie, l'amour, la haine, le désir, la jouissance, la perversité, la souffrance, les vicissitudes de l'existence, la mort. Des images à la fois fascinantes et dérangeantes. Elles sont cependant l'exact reflet de notre société. Et tant pis si ça fait mal. Mais nous avons besoin de temps à autre d'une petite leçon de morale. Et nous la recherchons. Pour se déculpabiliser peut-être. Le meilleur exemple ? L'analyse de nos relations et comportements amoureux, un thème cher au chorégraphe. Il le décline d'ailleurs dans chacune des pièces de sa trilogie. Leur titre est du reste suffisamment explicite et l'on se doute par avance de ce à quoi l'on va assister, que ce soit dans La pornographie des âmes ou dans Un peu de tendresse, bordel de merde... Des scènes torrides de viol, d'onanisme, de déviances sexuelles aussi diverses que variées, bien sûr, mais ce ne sont pas celles là qui nous touchent le plus. En revanche, celles qui mettent en avant notre égoïsme et ses conséquences vis-à-vis des autres, en particulier du comportement de certains hommes face à leurs compagnes, ou vice-versa d'ailleurs, sont autrement plus lourdes à supporter. D'autant que ces tableaux sont souvent d'un réalisme étonnant qui évoquent ceux d’une Pina Bausch. Des scènes d’amour fou, inassouvi, violent, entachées de sang, qui mettent mal à l’aise. Alors, on se voile la face, on se réfugie derrière le "c'est pas moi, c'est l'autre," sans se rendre compte que, finalement, nous avons été forgés dans le même moule...

Ce que recherche donc le chorégraphe, et ce, à n’importe quel prix, c’est d’émouvoir les gens, de les forcer à réagir. Au risque d’en froisser certains. Toujours dans l’urgence, il sait plus que nul autre que la vie est souvent courte et qu’il faut en profiter au maximum tant qu’on le peut. En effet, c’est un miracle si lui-même est encore en vie, car il est atteint d’une maladie génétique jusque là incurable, la mucoviscidose - encore connue sous le nom de fibrose kystique - dont l’espérance de vie moyenne est, aujourd’hui encore, de 45 ans. Quand on a la mort aux trousses, on essaye de faire passer son message le plus rapidement et le plus efficacement possible. Si la crudité du langage qu’il emploie lui est propre, il doit cependant l’utilisation à outrance de la nudité à son ancien maître et compatriote, Daniel Léveillé, que nous avons eu l’occasion de voir à plusieurs reprises en France.* Et, ma foi, il faut bien reconnaître la redoutable efficacité de sa démarche qui ne laisse personne indifférent.


J.M. Gourreau

Utopies contemporaines (La pornographie des âmes, Un peu de tendresse, bordel de merde ! et Foudres) / Dave St Pierre, Théâtre de la Ville, du 6 au 15 février 2014, en alternance.

* La pudeur des icebergs, présenté à Vanves en 2008 puis au Théâtre de la Bastille à Paris en avril 2010.

Dave St Pierre / Utopies contemporaines / Théâtre de la Ville / Février 2014

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