David Bobée / Dios proveerá / Un heureux mariage entre cirque, danse et musique baroque

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Photos CDN Haute Normandie

 

David Bobée :

Un heureux mariage entre cirque, danse et musique baroque

 

La vie n'est pas toujours drôle partout, pas plus en Colombie qu'ailleurs. Telle est la leçon retenue par David Bobée, directeur du Centre Dramatique National de Haute-Normandie, à l'issue d'un workshop à la Gata Cirko de Bogota, invité par deux extraordinaires circassiens colombiens, Edward Aleman et Wilmer Marquez, qu'il avait rencontrés au Centre National des arts du cirque à Paris. Dans ce pays, chômage et drogue y génèrent, comme partout d'ailleurs, violence et agressivité, réprimés sans autre forme de procès par la force publique. D'où la présence au lever du rideau de sa dernière œuvre, Dios proveerá (Dieu pourvoira), qui se situe dans un quartier animé de Bogota, de barrières anti-émeute Vauban, de celles qui vont servir à contenir cette horde de jeunes exaspérés qui n'en peuvent plus de souffrir pour vivre et qui sortent de l'ombre en s'avançant avec détermination vers le public pour grimper sur les barrières et les renverser. On avait d'ailleurs pris soin de prévenir les spectateurs avant le début du spectacle : "des coups de feu vont être tirés durant la représentation, mais ne vous inquiétez pas, c'est normal, il ne se passera rien de grave..."  Toutefois, avec l'obscurité qui s'installe et les hordes bien déterminées qui s'avancent, les spectateurs, au moins ceux des premiers rangs, n'en mènent pas large... Une émeute assez réaliste qui, cependant, restera larvée, marquant l'exaspération des manifestants, le rejet de leur propre monde, leur recours à la danse et aux arts du cirque comme exutoire pour sortir de ce marasme la tête haute.

Depuis 1830 jusqu'à la fin du XXème siècle en effet, l'histoire de la Colombie ne fut qu'une suite de guerres civiles dont la plus connue fut la guerre des 1000 jours (1899 - 1902) au cours de laquelle les factions du parti conservateur et du parti libéral massacrèrent la population. Puis, à la suite de l'assassinat, en 1948, de Jorge Eliécer Gaitan, des évènements appelés Bogatazo marquèrent le début de la « Violencia », période de guerre civile qui dura jusqu'en 1960.

C’est donc d’une manière fort réaliste que David Bobée prit le parti de relater par la danse et le cirque les sensations qu’il avait éprouvées lors de son séjour en Amérique du Sud. Mais là n’est pas pour autant l’originalité du spectacle. Celle-ci tient en effet au fait que cette violence, tant intérieure qu’extérieure, est tempérée, notamment aux moments les plus prégnants, par une harmonieuse et sublime mélodie issue d’airs de cour du répertoire baroque d’Amérique latine distillés fort harmonieusement par la soprano Caroline Mutel et les musiciens de l'ensemble "Les nouveaux caractères", en contrepoint à la révolte des circassiens-danseurs. Un contraste saisissant entre deux univers astucieusement réunis par une sorte de prédicateur clownesque, victime innocente qui viendra mettre un peu d’humour, de gaieté et d’espoir  au sein de ces ébats. Il en résulte, au travers d’un patchwork artistique aussi surprenant qu’original, une vision fort juste d’un peuple démuni de tout et qui ne peut malheureusement que s’en remettre à Dieu pour s’en sortir.  

J.M. Gourreau

Dios proveerá / David Bobée, La « Gata Cirko » de Bogota et l’Ensemble musical Les Nouveaux Caractères, Maison des Arts de Créteil, 25 et 26 novembre 2015.

 

David Bobée / Dios proveerá / Créteil / Novembre 2015

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