Jean Marie Gourreau

Profession :
Vétérinaire, Directeur de recherches, Critique de danse

Billets de critiphotodanse

Maguy Marin / Deux mille dix sept / L'humanité vers son déclin ?

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Photos J.M. Gourreau

Maguy Marin :

L’humanité vers son déclin ?

 

C’est une œuvre plus théâtrale que chorégraphique, sombre et fataliste, éminemment politique que nous livre Maguy Marin avec Deux mille dix sept. Une évocation brute très pessimiste mais fort réaliste du monde dans lequel nous vivons, décrivant une humanité déchirée, en proie aux luttes sociales et au pouvoir de l’argent, en l’occurrence le dollar. Des images choc soigneusement mises en scène comme à son habitude, assénées comme des coups de marteau de manière implacable sur nos têtes hébétées.

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Cette pièce, auréolée de grondements, mugissements et vrombissements sourds créés en live par Charlie Aubry, débute pourtant sur une farandole animée qui ne laisse rien présager de l’atmosphère qui va suivre. En effet, la chorégraphe-metteur en scène embarque le spectateur dans le monde frivole de la « Haute Société » au sein de laquelle les femmes parées d’atours et de coiffes aussi extravagantes que ridicules et nanties de sacs griffés Hermès, Cardin ou autre, se pavanent et font la cour à des hommes nantis de faux-nez ou d’oreilles disproportionnées, tout aussi imbus d’eux-mêmes, bouffons vaudevillesques et grotesques, victimes du néo-libéralisme : évocation sans complaisance du monde hypocrite dans lequel nous sommes contraints d’évoluer. Les tableaux suivants confronteront le public à d’autres travers tout aussi consternants de notre société, violences familiales et luttes intestines, allégeance et soumission des classes sociales les moins élevées, violence des plus forts, maltraitance des plus faibles, rejet des vieillards, mais aussi et surtout, pouvoir de l’argent. Un pouvoir qui, grâce à l’art maléfique de la manipulation des masses et aux ravages de la propagande va, bien évidemment, engendrer des guerres, ce avec la bénédiction des autorités étrangères, lesquelles, aussi bien les unes que les autres, vont se battre pour conquérir la suprématie du monde. Le tout aboutissant, on s’en serait douté, à la reconstruction du… mur de Berlin !

P1260660 copieUne œuvre d’un pessimisme effrayant, qui questionne notre époque mais qui ne laisse rien présager de bon pour notre avenir. Un regard politique, social et écologique, lucide, révélant l’état de crise qui nous guette et l’implication de la chorégraphe dans l’actualité de son temps.

J.M. Gourreau

Deux mille dix sept / Maguy Marin, Maison des arts de Créteil, du 6 au 9 décembre 2017, dans le cadre de la 6ème édition du Festival d’Automne à Paris.

Ce spectacle a été créé le 4 octobre dernier au Centre Culturel André Malraux de Vendœuvre-les-Nancy.

Brigitte Seth & Roser Montlló-Guberna / Le bruit des livres / Rattes de bibliothèque

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Photos J.M. Gourreau

 

Brigitte Seth & Roser Montlló-Guberna:

Rattes de bibliothèque

C’est non sans humour que nos deux artistes férues de littérature et de comédie se glissent de temps à autre dans la peau de rats de bibliothèque pour donner l’envie aux habitants d’un quartier de partager leur amour pour l’image et la lecture. Après s’être petit à petit imprégnées de ce lieu de vie accessible à tous, elles apprivoisent ses lecteurs, prennent corps avec les livres exposés, voire ceux rangés sur les rayonnages. « Nous les observons, tendons l’oreille, donnons corps aux mots, entrouvrons des brèches dans ces murs de tout ce que l’on ne sait pas », évoquent-elles avec un petit sourire amusé. Une performance dansée dans le partage des mots avec le spectateur, aussi drôle que burlesque, à laquelle elles invitent toujours un autre artiste à les rejoindre, en l’occurrence ici, la comédienne Frédérique Loliée…

J.M. Gourreau

Le bruit des livres, Brigitte Seth & Roser Montllo-Guberna, Bibliothèque Louise Michel, Paris, 18 novembre 2017.

Performance créée aux Nouvelles Subsistances, une libraire lyonnaise, en 2016. Prochaine performance le 27 mai 2018 à la bibliothèque Alexis de Tocqueville à Caen dans le cadre du festival Époque. 

Akaji Marô / Dairakudakan / Paradise / Une vision bien particulière de l'éden

P1260270P1260009P1260054Akaji Marô:

Une vision bien particulière de l'éden

 

Voilà à nouveau une œuvre où l'étrange, le spectaculaire et le grotesque prennent le pas sur sa raison d'être. C'est en partie d'ailleurs ce qui a forgé la réputation du chorégraphe. Après nous avoir présenté moult visions de l'enfer - le butô n'est-il pas, par essence, la danse des ténèbres? - Akaji Marô nous invite cette fois à partager sa perception de l'éden. Un univers que, pour autant qu'il existe, nous nous imaginons comme idyllique mais qui ne l'est certes pas pour tous. Paradise est en effet une vision paradoxale dans laquelle "plaisir et souffrance sont étroitement liés". Car, affirme le chorégraphe, "même dans la souffrance, on peut trouver des moments de bonheur".

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Photos J.M. Gourreau

Un univers uniformément blanc dans lequel surgissent des ombres noires inquiétantes, éléments de l'enfer qui annoncent sa mise en danger. Au début du spectacle, Akaji Marô apparaît revêtu de vert, évoquant non seulement un arbre mais aussi la forêt, cette forêt peuplée de créatures mi-humaines, mi-animales, lupines ou simiesques, on ne sait pas trop, que l'homme est en train de détruire petit à petit sans se soucier des conséquences qui en découlent, sans lui laisser le temps de se régénérer. "L'humain détruit avec zèle la maison dans laquelle il vit", évoque t-il avec fatalisme. Et un peu plus loin: "J'ai envie d'assister à la fin de ce monde comme un enfant qui admire un bombardement sans en comprendre l'horreur (...) Je pense que la nature regarde notre bêtise avec détachement et attend que l'on disparaisse". Voilà qui est dit. Mais nous transporte-t-il vraiment au Paradis ? Ne serait-ce pas plutôt au Purgatoire ? En fait, pour Marô, enfer et paradis sont indissociables. Cet arbre qu'il représente entouré de toutes parts de multiples chaînes, ne serait-ce pas plutôt une forme de résistance pour exprimer son refus de participer au massacre de la nature plus que pour nous prévenir du juste châtiment réservé à ceux qui la saccagent ? Une nature aussi exubérante que luxuriante, évoquant celle du douanier Rousseau, laquelle résistera toujours à l'homme et lui survivra, quoiqu'il arrive...

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Tout le spectacle repose d'ailleurs sur les épaules de ce prédicateur, à la fois chorégraphe et interprète principal, les autres danseurs ne représentant qu'une cour souvent maléfique, présente pour le sublimer, pour exalter ses propos. Tout est mûrement réfléchi, minutieusement réglé, rigoureusement composé et chaque détail a son importance. Mais les ambigüités demeurent. Si le serpent et la pomme rutilante dont la couleur tranche sur la blancheur éclatante du décor évoquent bien pour nous le paradis terrestre, Marô nous met toutefois en garde : "Attention, la pomme dans laquelle on a croqué, c’est peut-être la sphère sur laquelle on vit. Peut-être"… Quoiqu’il en soit, son avertissement est malheureusement bien réel, et c’est sans doute par le truchement d’une mise en scène ébouriffante, théâtrale et grandiose qu’il nous en fera prendre conscience, scénographie au sein de laquelle plaisirs euphoriques et divertissements sur une musique techno côtoient la souffrance et la folie. Aussi fascinant qu'angoissant.

J.M. Gourreau

Paradise / Akaji Marô, Maison de la Culture du Japon à Paris, du 30 novembre au 9 décembre 2017.

P1260120P1250976P1260086Danser avec l'invisible, ouvrage de réflexions et d'entretiens sur ce chorégraphe et acteur-réalisateur de cinéma, qui fêtera dans deux mois ses 75 ans et le 45ème anniversaire de sa compagnie, Dairakudakan, verra le jour sous la plume d'Aya Soejima aux éditions Riveneuve Archimbaud en mars 2018.

Roser Montlló Guberna & Elsa Wolliaston / Sisters / Un instant de pur bonheur

 

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Photos J.M. Gourreau

 

Roser Montlló Guberna & Elsa Wolliaston:

Un instant de pur bonheur

 

C'est un réel moment d'intense bonheur qui étreint le spectateur à l'issue de Sisters, pur joyau chorégraphique et théâtral, plein de finesse et de poésie, qui évoque la rencontre entre deux artistes de tempérament, de culture et de parcours différents et pourtant si proches : toutes deux exilées et étrangères partout, elles vont parvenir à créer un univers d'une très grande ferveur au sein duquel règnent entraide, charisme et fraternité.

Ce sont deux femmes d'âge mûr qui sortent de la coulisse, semblant venir de loin, elles cheminent, font une pause sur une chaise plantée là, au milieu de la scène. Elles semblent lasses, très lasses. Elles reprennent peu à peu leur souffle ; leurs regards se croisent et, soudain, s'éclairent, s'illuminent. Subitement elles éclatent d'un rire communicatif. Roser entame alors quelques pas d'une danse sud-africaine endiablée qu'elle a appris au cours de l’un de ses voyages, comme pour remercier les dieux de leur avoir redonné l'espoir et l'amour de la vie. Une vague de chaleur envahit alors les spectateurs. Auraient-ils été dupés, victimes d'une mise en scène habilement montée par nos deux commères? Peut-être, car on les sait coutumières de ce fait. Mais un sentiment sous-jacent d'une autre nature semble sourdre de leurs regards et de tout leur être, un sentiment dépassant la connivence et la complicité, un sentiment plus profond de vénération et d'une grande intensité qu'elles font rejaillir sur leur public subjugué. Elles ne s'avèrent dès lors plus jouer la comédie et paraissent toutes entières se donner l'une à l'autre, se fondre dans un seul corps. Leur étreinte est charnelle, enflammée. Plus rien n'existe autour d'elles. Une sorte de jeu du chat et de la souris dans le respect mutuel s'instaure. Une immense vague de tendresse et de félicité envahit l'espace, tandis que la musique embarque nos deux tourterelles l'une après l'autre dans une danse séductrice, enjouée et communicative, vectrice d'un message d'amour et de paix. Celui du poète catalan Miquel Marti i Pol peut-être, dont le poème, déclamé par Roser, est repris par Elsa avant que ne retentissent les notes chaleureuses du 3ème concerto pour piano et orchestre de Beethoven.

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"Elles sont arrivées ensemble, elles se sont approprié ce fabuleux espace (nouvellement rénové) et l'ont partagé, elles ont convié leurs fantômes, ceux qui nous poussent et qui nous portent, et ont conversé avec leurs danses, leurs histoires dans différentes langues parlées ou dansées", pour notre plus grand bonheur.

J.M. Gourreau

Sisters / Roser Montlló Guberna & Elsa Wolliaston, Le regard du cygne, 30 novembre et 1er décembre 2017, dans le cadre du festival "Signes d'automne".

Naomi Muku / Asura / Dairakudakan / La relève

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Photos J.M. Gourreau

 

Naomi Muku :

La relève

 

"Dairakudakan", un nom magique pour les aficionados de butô, l'une des plus prestigieuses compagnies japonaises de "danse des ténèbres", l'une des plus célèbres aussi. Souvenez-vous de La planète des insectes (juin 2015) et, plus avant, de Symphonie M (novembre 2013), deux fabuleux spectacles dans lesquels l'étrange s’était allié au grotesque (voir à ces dates dans ces mêmes colonnes)... Des voyages aussi oniriques que spectaculaires imaginés et mis en scène par le fondateur de cette troupe nippone, Akaji Maro, au sein desquels le passé et le présent se confondent, la vie et la mort s’affrontent, le rêve et la réalité se répondent.

Né en février 1943 à Nara, une ville proche de Kyōto, Akaji Maro, disciple d'Hijikata, fonde sa compagnie qui concilie butô et théâtre, « Dairakuda-kan » ("Le grand vaisseau du chameau"), en 1972. La première apparition de cette troupe en France date seulement du 28 février 1997 avec Tonariwa nanio suru hitozo ? (Que fait mon voisin ?) à l'Auditorium des halles à Paris. On la retrouve en 2011 à la Maison de la Culture du Japon avec L'homme de cendre. Deux ans plus tard, elle est programmée au Festival de Montpellier-Danse avec Virus et Crazy Camel. Toujours des œuvres fantastiques et débridées, théâtrales et grandioses. Cette fabuleuse compagnie nous revient aujourd’hui avec une nouvelle pièce, Paradise. Mais, comme en mai 2015, date à laquelle le chorégraphe avait confié la première partie de son spectacle, Ode à la chair, à l’une de ses élèves, en l’occurrence Emiko Agatsuma, son retour aujourd'hui sur la scène parisienne débute à nouveau par la présentation de la pièce d’une autre artiste de sa compagnie, Asura, de Naomi Muku.

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Asura tire son nom de celui de demi-dieux ou démons mythologiques indiens, lesquels, dès le commencement du Monde, n'ont de cesse de se disputer avec les dévas, tant pour la possession du pouvoir que celle de l'Amrita, le nectar d'immortalité. Certains de ces démons vont cependant se repentir et se ranger du côté de leurs ennemis, les dévas, également connus sous le nom de sourates, divinités bouddhiques célestes bienfaisantes que l’on rencontre dans la mythologie hindouiste. C'est l'un de ces asuras, celui de Nara, statufié au 8ème siècle, à l’époque où Nara était la capitale du Japon, que va incarner Naomi Muku, laquelle va retracer sa vie dans un périple depuis l'Inde jusqu'au Japon. Son arrivée impressionnante et théâtrale sur terre dans des langes issus des cieux se terminera, à la fin de son existence, par sa mutation en statue de pierre. Ce voyage, évoqué ici de façon aussi profonde que spectaculaire, verra en outre l’aboutissement de la conciliation entre shintoïsme (philosophie d’origine japonaise) et bouddhisme (d’origine chinoise ou coréenne), tout en mettant cependant l’accent sur cette guerre de religions. Car, si la chorégraphe a vécu sa jeunesse et son adolescence dans l’insouciance de la paix, elle n’en a pas moins fêté, en 2015, le 70ème anniversaire de la fin de la guerre. Or, c’est cette année là également que le journaliste japonais Kenji Goto, enlevé fin octobre en Syrie par les djihadistes de Daesh, a été exécuté et que la vidéo de sa décapitation a été diffusée sur internet. Cet évènement qui a bouleversé les générations montantes, les enjoignant à « réfléchir sur le refus des différences de croyances et de cultures », est la clé de voûte de la partie la plus poignante du spectacle qui verra la mise à mort de l’asura dans un bain de sang.

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Asura

 

Ce spectacle est une œuvre un peu en marge de la démarche d’Akaji Maro car, tout comme Ode à la chair, il a été créé dans le cadre de « Kochûten » qui promeut une série de pièces chorégraphiées par un danseur de Dairakudakan à chaque fois différent. Si son esprit reste celui de la compagnie, son socle et sa structure peuvent varier considérablement d’une œuvre à l’autre mais Akaji Maro y jette toujours un regard attentif, voire paternel. Naomi Muku quant à elle a fait ses premières armes en danse classique avant d’aborder la danse moderne et la danse contemporaine puis le butô. Elle a découvert Dairakudakan lors d’un stage à Nagano, dans le centre du Japon. C’était la première fois où elle dansait dans la nature et se trouvait en parfaite osmose avec ses éléments. Ses aptitudes et sa détermination l’engagent en 2005 à entrer dans la compagnie : elle en demeure, à ce jour, l’un des piliers. Asura est un spectacle très visuel qui sort des sentiers battus et qui fascine tant par son sujet, sa mise en scène et sa construction que par son support musical dû au musicien japonais Keita Matsumiya, compositeur installé à Paris depuis 1980.

J.M. Gourreau

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Asura

 

Asura / Naomi Muku, dans le cadre de la prestation de la Compagnie Dairakudakan à la Maison de la Culture du Japon à Paris, 23 au 25 novembre 2017.

Corinna Torregiani / Cosmos reloaded / De l'écriture à l'universel

P1240831P1240859P1240827 copieCorrina Torregiani :

De l’écriture à l’universel

 

Imaginez-vous un jour vous trouver dans la nuit au pied d'un mur éclairé par la lune et couvert sur toute sa surface d'une écriture non déchiffrable qui vous est, bien sûr, totalement inconnue. Imaginez que, tout d'un coup, certains de ces "hiéroglyphes" se mettent à bouger. Imperceptiblement tout d'abord, de manière plus tangible par la suite, de telle sorte que ces lettres entament une danse au son d'une musique intemporelle pour faire apparaître en relief sur le mur, des formes machiavéliques, qui bossellent et défigurent par instants leur support avant de se révéler issues d'un être fantomatique, lequel, peu à peu, s'en détache pour s'avancer vers vous... Une peur-panique peut alors vous étreindre ou, votre curiosité champollionnienne prenant le dessus, vous resterez coi sur place, immobile, en attendant la suite des évènements... Imaginez que cet être hallucinatoire, abandonnant petit à petit ses masques superposés, son étole et son linceul, se révèle être une jeune et belle femme qui s'avance lentement jusqu'à vos pieds, tout en se parant de flammèches dansantes blanches, lesquelles la lèchent voluptueusement, levant une partie du mystère dont elle est auréolée... Il s'agit bien, en fait, d'un être de chair et d'os tout comme nous mêmes...

Titulaire d'une maîtrise en danse-thérapie de l’Université Paris-Descartes, Corinna Torregiani aime se parer, dans ses solos, d'images et de sons avant d'enlever son masque, de se dévoiler, de mettre à nu sa personnalité. Cette jeune artiste italienne, adepte de butô, s'est formée à cette discipline dans son pays natal avec Alessandro Pintus avant de travailler, en France, avec Masaki Iwana et Juju Alishina. Elle complète sa formation chorégraphique en danse-contact avec Isabelle Brunaud au Carreau du Temple à Paris. Son travail avec les polyhandicapés lui offre en outre une vision différente du mouvement, un mouvement qui sort des codes habituels et qui ouvre la voie à un geste poétique et authentique, amenant le danseur à se défaire du masque dont nous sommes tous peu ou prou émaillés…

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Photos J.M. Gourreau

 

Eliminer le masque pour dépasser les angoisses qui nous étreignent : voilà le maître mot de ce spectacle. Nous sommes tous affublés de plusieurs masques. Le premier est celui de l’identité sociale, celui que l’on adopte pour vivre, celui dont on est conscient et qui nous protège. Le deuxième, une sorte de seconde peau qui ,une fois mise à nu, expose sa fragilité. Quant au troisième, on n’en est pas toujours conscient mais il est là, bien présent, celui, interne, qui recueille et qui cache nos plus petits secrets. Le premier de ces masques nous habille comme les lettres d’un alphabet mais il n’est pas toujours aisément déchiffrable. Le second laisse entrevoir ou dévoile l’être de chair que nous sommes. Le troisième circule sous forme moléculaire dans notre corps, tout comme l’influx nerveux, les cellules de notre sang ou celles de nos autres organes, en l’occurrence celles du rein dans ce spectacle. Ce sont elles qui, à l'image des flammes léchant l'interprète dépouillée, la parent d’une lumière chaude et chaleureuse, lumière qui lui permet d'établir un dialogue "autre" avec le public, « portant en scène le processus de mise en danger qui caractérise le travail de danse-thérapie », apanage de l’art de la chorégraphe.

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Cosmos Reloaded, spectacle sur les modes de communication sensorielle avec l’Autre, allie donc une danse inspirée du butô et un travail de danse-thérapie. Il est ici accompagné par une musique de guitare électrique du compositeur acousmaticien Michel Titin-Schnaider dans laquelle les sons, sous-tendus par les notions de lenteur et de retour au point de départ, ont été travaillés de manière électro-acoustique en studio : elle s’avère ici en parfaite concordance avec ce type de travail corporel.

J.M. Gourreau

Cosmos Reloaded / Corinna Torregiani, Théâtre de l’Aquarium, 18.11.17, Cartoucherie de Vincennes, dans le cadre de la seconde édition du Festival des idées, L'amour du risque.

http://aventures-electro-acoustiques.fr/cosmos.html

 

 

Andrew Skeels / Fleeting / Un petit bijou chorégraphique de grâce et de poésie

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Photos J.M. Gourreau

Andrew Skeels :

Un petit bijou chorégraphique de grâce et de poésie

 

Andrew skeels ph j benhamouAu cours du festival de danse Kalypso, Mourad Merzouki nous a offert un petit bijou du chorégraphe américain Andrew Skeels, Fleeting, créé en janvier dernier au Festival "Cités Danse Connexions" de Suresnes. Ce pas de deux, merveilleusement interprété par deux artistes d'une sensibilité à fleur de peau, Noémie Ettin et Victor Virnot, n'est pas à proprement parler une œuvre de pur hip-hop mais plutôt un patchwork de danses de diverses obédiences, façonné à l'image d'un Grand Pas classique avec deux solos - le premier pour la danseuse, le second pour son partenaire - enchâssés dans une variation pour le couple. Ce type de construction, qui tend à tomber dans l'oubli aujourd'hui, évoque les origines de son auteur : Andrew Skeels est en effet un ex-danseur des Grands Ballets Canadiens de Montréal, son port d’attache et, comme tel, un adepte de danse classique mais aussi de danse contemporaine, de hip-hop auquel il s’est initié dès l’âge de 10 ans, de break dance, de tap dance, de lindy hop,  de contact-improvisation et d'arts martiaux...

Le style inclassable de Fleeting, qui signifie fugace ou fugitif dans notre langue, résulte d’un harmonieux mariage entre ces différentes esthétiques, auréolé d'une incomparable poésie. Aucun argument ne sous-tend ce ballet si ce n'est l'évocation d'un état intérieur à la fois des interprètes et du chorégraphe, en parfaite connivence lors de l'élaboration de l'œuvre. Un état de sérénité, de plénitude du cœur et de l'âme, de don de soi à nul autre pareil, et de romantisme évanescent qui procure au spectateur une sensation d'incommensurable bonheur, de bien-être et de félicité. Une immense tendresse et une fascinante douceur émaillée d'une générosité sans égale sourdent en effet de l'âme des interprètes, rejaillissant sur le public, subjugué. Le ballet se compose de six miniatures écrites sur diverses musiques baroques de Bach, Haendel, Vivaldi et Albinoni, en passant par d’autres compositeurs moins célèbres, tels Nicola Porpora (1686-1768) ou Giovanni Bononcini (1670-1747) : ces chorégraphies, d’une chaleur, d’un moelleux et d’une fluidité ébouriffants, évoquent divers sentiments et états d'âme comme l’amitié et l’amour, la tendresse, la solitude, la souffrance, l’angoisse de la maladie et de la mort, la compassion ou l’empathie…

P1240282P1240258P1240259 copie 1Encore peu connu en France, Andrew Skeels, né à Boston et formé à l’École du Boston Ballet, fondateur et directeur artistique de la compagnie Skeels Danse, impose aujourd’hui un langage original aux frontières du classicisme qui l’a nourri, et des divers tendances chorégraphiques et théâtrales d’aujourd’hui. Bien qu’il s’en défende, il raconte des histoires, celles de l’aventure humaine, avec une gestuelle novatrice et un grand talent. Lauréat du Prix "Coup de Cœur du Public" du Festival Quartiers Danse de Montréal en 2013 pour sa pièce Remembering Giovanni, il reçoit encore, avec Mosaic, le prix de la meilleure chorégraphie à ce même festival en 2014 et se voit le gagnant de la compétition de résidence chorégraphique des ballets de l’opéra de Hanovre, avec Think Big, en 2015. Son insatiable appétit de tous les arts du mouvement et du cinéma que l’on retrouve au travers de son œuvre l’a rapidement propulsé sur les plus grandes scènes américaines et européennes, que ce soit Montréal, San Francisco, Hanovre, Genève, Cannes, Suresnes, voire même l’Opéra de Paris en février dernier avec Street Dance Club, pièce pour le jeune public. C’est d’ailleurs en 2015 qu'il s'est fait connaître en France avec cette chorégraphie au Festival "Cités Danse Connexions" de Suresnes. On l’y retrouvera dans cette même manifestation du 9 au 11 février l’année prochaine avec une création, Finding now.

J.M. Gourreau

Fleeting / Andrew Skeels, Créteil, Maison des Arts, 15 novembre 2017, dans le cadre du festival de danse Kalypso.

Jan Martens / Rule of Three / Rythme, quuand tu nous dévores...

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Photos Phile Deprez

 

Jan Martens:

Rythme, quand tu nous dévores...

 

Est-ce un spectacle sous l'égide d'Euterpe ou sous celle de Terpsichore ? Il est bien difficile de répondre à cette question... Ce qui est sûr, c'est que la danse s'imbrique, se coule dans la musique qui en est l'énergie motrice, la force propulsive, pour former un tout unique et indivisible. Pourtant, à l'origine, Rule of Three devait être une "collection d'histoires courtes". Mais, si cette œuvre s'avère bien une suite de pièces rapportées, aucune histoire ne paraît les sous-tendre, et la danse ne semble exister que du fait de la présence et de la réalité de la musique. Une musique fort prégnante, électrisante, dévorante même, dont l'interprétation relève même de la danse.

A l'origine, nous dit Jan Martens, "une vidéo de NAH que j'ai vue par hasard sur un blog de musique, une très belle vidéo mais dans laquelle le musicien n'apparaît pas. Je ne pouvais donc pas deviner s'il s'agissait d'un groupe ou d'un soliste. Après quelques recherches, j'ai découvert que c'était un one man's band. Il crée des combinaisons entre des compositions antérieures à la batterie et ses live. Je lui ai écrit, je l'ai vu jouer en live, et là, je me suis dit : c'est fantastique, il faut qu'on travaille ensemble"... Petit à petit, tout comme l'oiseau fait son nid, les choses se sont mises en place. A Steven Michel et Julien Josse, les deux compères du chorégraphe que l'on avait l'habitude d'admirer en tant qu'interprètes de ses pièces précédentes, il a adjoint une toute menue mais délicieuse "femme-enfant", Courtney May Robertson, danseuse hors pair, d'une incomparable présence sur scène. Irai-je jusqu'à dire qu'elle y est pour beaucoup dans la réussite du spectacle ?

Une tonitruante explosion de tambours, assortie d'un éclair aveuglant ponctue le début de l'œuvre. Les battements saccadés et rapides des percussions qui lui font suite régissent, de concert - du fait des variations de leur profondeur et de leur puissance sonore - non seulement l'intensité des éclairages mais aussi la gestuelle des trois danseurs qui viennent d'entrer sur scène. D'entrée de jeu, on est conquis par l'harmonieuse symbiose qui s'établit entre la musique et la danse. Les corps deviennent alors des réceptacles de la musique. Une musique syncrétique et variée aussi agréable à écouter que la danse l'est à contempler. Un solo de percussions et de musique électronique live que la danse, complémentaire, illustre, décrit et rend visible, atténue ou renforce, en lui apportant de nouvelles valeurs : du fait de sa répétitivité et de son rythme obsessionnel, elle finit par envoûter et conférer un état de transe qui embarque le spectateur. Une gestuelle abstraite, évidente, d'une grande richesse, saccadée, quasi-mécanisée, de temps à autre sautillée voire stroboscopée, jamais neutre.

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                                    Photo Joeri Thiry                                                                                                                                             Photo Phile Deprez

Pièce rapportée

Soudainement, alors que rien ne le laissait prévoir, le batteur quitte la salle. Changement brutal d'atmosphère. Comme désemparés, les danseurs se déshabillent, tandis que la lumière baisse et que la pénombre s'installe. Ils regagnent alors le centre de la scène qui s'éclaire soudain d'une lumière violente. C'est très lentement, avec calme et volupté qu'ils se rejoignent pour édifier, de leurs corps nus, des sculptures évoquant certaines œuvres de Rodin ou de Camille Claudel en différentes zones du plateau. Le spectateur aurait-il été transféré dans un atelier des beaux-arts ? Des poses plastiques, sensuelles, lascives et très recherchées il est vrai mais qui arrivent là comme des cheveux sur la soupe, on se demande bien pourquoi. Effet mode ? Dommage...

J.M. Gourreau

Rule of Three / Jan Martens, Espace Pierre Cardin, du 9 au 15 novembre 2017, dans le cadre de la 46ème édition du Festival d'automne à Paris.

Andrès Marin / D. Quixote / Plus déjanté tu meurs

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Photo B. Mengelle

Andrès Marin:

Plus déjanté, tu meurs...

 

Si vous vous imaginiez voir un spectacle de flamenco traditionnel, c'est raté... Pourtant, vous ne serez pas déçus : cela fait quelques années déjà qu’Andrès Marín bouscule les us et dérange les habitudes. A l’inverse d’un Israël Galván, plus traditionnel mais aussi plus connu dans notre pays, ce "trublion" sévillan n’a de cesse de faire évoluer son art vers de nouveaux horizons tout en conservant et promulguant son extraordinaire maîtrise du zapateado. Pour l'ouverture de la 3ème biennale d'art flamenco, il nous offre, en création mondiale, une œuvre d'art total on ne peut plus déjantée, mixant avec brio théâtre, musique, danse et chant dans le plus pur style flamenco sur un thème typiquement espagnol : quelle allégorie, plus que celle du mythe de Don Quichotte, immortalisé par le poète et dramaturge Miguel de Cervantes, pouvait en effet lui procurer l’occasion de satisfaire cette envie ? Bien évidemment, ce n'est pas tout à fait le chevalier à la triste figure que l'on va retrouver sur ce plateau, bien qu'il ait gardé toute sa niaiserie et sa gaucherie ; bien évidemment, ce n'est pas au 17ème siècle que Marin va nous embarquer mais au 21ème siècle, comme nous le montre la première image de D. Quixote : celle d'un danseur chevauchant non une rossinante mais un "gyropode-hoverboard", ce skateboard électrique fort à la mode aujourd'hui. Ce danseur nous invite à effectuer un voyage en sa compagnie dans un paysage abracadabrant au sein duquel une rampe de skateboard voisine avec une tente des plus modernes. A l'intérieur de celle-ci, on va découvrir, grâce à une caméra interne qui projette ses images en direct sur un écran extérieur, sa Dulcinée en burka rose, un Sancho Pança, alias Abel Harana, engoncé dans un sac de couchage, lequel tentera à grand-peine de s'en extirper par bonds et reptations alternés... Don Quichotte quant à lui apparaît sous l'apparence d'un escogriffe dégingandé, Andrès Marín lui-même, casque médiéval sur les oreilles et tee-shirt arborant le dossard N° 10, celui de l’attaquant et du meneur de jeu en football... S’il lui arrive aussi de chausser des godasses à crampons dans sa prestation de zapatéado - ce qui, entre nous, n’est sans doute pas sans poser quelque difficulté - on le rencontre l’instant d’après en tenue de boxeur ivre de vengeance en train de se ruer sur son adversaire et… de se faire voler dans les plumes ! C’est également sous forme de dessin animé humoristique en N. & B. qu’on le retrouvera livrant un combat dérisoire à l’issue duquel l’animal savourera son triomphe en jouant de la guitare de ses sabots… Bref, fiction et réalité se côtoient et s'entremêlent, évoquant toute l’impuissance du redresseur de torts dans l’incapacité de rétablir l’ordre des choses.

Cette œuvre d’une très grande originalité, qui met bien évidemment en avant la prodigieuse technique et l’inventivité du chorégraphe-interprète, doit également sa singularité, sa fantaisie et son extravagance au metteur en scène et dramaturge Laurent Berger qui s’est acoquiné pour la circonstance à Andrès Marín. C’est en effet à lui que l’on doit la scénographie, les décors et les canciones dont la pièce est émaillée ainsi que, avec peut-être moins de bonheur, cette avalanche de projections de publicités des années soixante qui interfèrent avec la compréhension de cette création, truffée d’allusions aussi diverses que variées. Soulignons encore l’excellence de la musique originale interprétée par Daniel Súarez aux percussions, Batio Barnabas au violoncelle et au théorbe, Jorge Rubiales à la guitare électrique, sans oublier Rosario La Tremendita dont la beauté, la chaleur et la profondeur de la voix resteront à jamais gravées dans nos mémoires.

J.M. Gourreau

D. Quixote / Andrès Marín,  Théâtre National de Chaillot, du 7 au 10 novembre 2017, dans le cadre de la 3ème biennale d’art flamenco.

Icones du ballet romantique, Marie Taglioni et sa famille / M. et D. Sowell, F. Falcone & P. Veroli / Editions Gremese

 

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Icônes du Ballet Romantique : Marie Taglioni et sa famille,

par M.U. Sowell, D.H. Sowell, F. Falcone & P. Veroli, 248 pages, 158 photos en couleur et 70 en N&B, relié sous jaquette, 17,5 x 25 cm, Gremese éd., Rome, Août 2016, 45 €.

ISBN: 978-2-36677-076-6y

Ce remarquable ouvrage complète les Souvenirs de Marie Taglioni publié par le même éditeur il y a tout juste un an et dont nous avons fait récemment l'analyse dans ces mêmes colonnes. Son grand atout est de rassembler plus de 200 images relatives à l'étoile la plus célèbre du ballet romantique (gravures, lithographies, photographies, peintures, frontispices de livrets et objets d'art ayant trait à Marie Taglioni et sa famille, dont 145 portraits et images de la ballerine). Celles-ci proviennent presque intégralement de la collection privée de deux des auteurs, Debra et Madison Sowell, la première, professeur en Humanities et Histoire du théâtre à l'Université de Southern Virginia (Etats-Unis) et auteure de The Christensen brothers, an american dance epic (Taylor & Francis, 1998), le second, vice-recteur de la même université de Virginia et auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels Il Balletto romantico, tesori della collezione Sowell (l’Epos, Palerme, 2007).

Shidoa koni17110815070 0002Costume de m t et de mazilier dans la fille du danubeShidoa koni17110815070 0003

 

 

Ces deux auteurs, ainsi que Francesca Falcone, professeur de théorie de la danse à l’Académie Nationale de Danse de Rome et Patrizia Veroli, présidente de l’Association italienne de recherche sur la danse de Rome ont également rassemblé dans cet ouvrage le fruit de leurs recherches sur la généalogie des Taglioni dont les premiers ancêtres  retrouvés remontent au XVIIIe siècle. Ils en ont revisité l’histoire et retracé la biographie afin de mieux comprendre la personnalité et la notoriété de Marie Taglioni. Cette richesse iconographique qui fait l’objet du 3ème chapitre, L’iconographie de Marie Taglioni, catalogue annoté et illustré, permet d'évoquer le contexte historique et culturel de l’époque, la façon dont les artistes et les spectacles étaient présentés et promus, ainsi que les circuits commerciaux des estampes. L’art et le talent de Marie Taglioni, que l’on a trop tendance à limiter aujourd’hui à la mise en œuvre et la promulgation des pointes, est replacé au sein des autres arts et ce, par rapport aux évènements historiques de son temps. Ainsi les auteurs ont-ils mis en avant non seulement la légèreté vaporeuse légendaire de l’artiste mais aussi ses talents de mime et d’actrice, très appréciés à l’époque, non seulement en France mais aussi dans tout le reste de l’Europe.

Si le 1er et le 6ème chapitre de cet ouvrage sont consacrés à la généalogie des Taglioni, le second aborde les talents et l’œuvre chorégraphique des membres de sa famille, ce qui permet de comprendre et d’apprécier la fulgurante ascension de Marie. Dans le 4ème chapitre, Francesca Falcone part sur les traces d’une Marie Taglioni moins connue que l’interprète de La sylphide, notamment des rôles principaux des ballets de son père, ainsi que d’autres plus tardifs comme La Bayadère, Cendrillon, La fille du Danube ou, encore, Pas de Diane. Le 5ème chapitre quant à lui est consacré aux images de Marie dans la culture visuelle de son époque. Cette magnifique étude se termine sur la reproduction, en annexe, du fac-similé de la Biographie de Melle Taglioni, publiée en français et en russe en 1837.

J.M. G.