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Articles de critiphotodanse

  • Anna Halprin / Parades & changes, replays / Centre Pompidou

    Photos J. Delatour

    Anna Halprin :

     

     

     

     

    Contemporaine avant l’heure

     

     

    Créé en 1965, Parades & changes de Anna Halprin a longtemps été interdit aux Etats-Unis en raison de son indécence. On y voit en effet six danseurs en costume de cérémonie se déshabiller totalement sans aucune pudeur à quelques mètres du public en le fixant ostensiblement, puis se rhabiller presque aussitôt et recommencer ce strip-tease l’instant d’après, quasiment dans les mêmes conditions mais face à face, comme s’ils se trouvaient devant un miroir. Il est aisément compréhensible que cela ait pu choquer à l’époque. Hair ne verra le jour que deux ans plus tard. Aujourd’hui, ce genre de prestation est devenu tellement courant dans l’art de Terpsichore que cela ne gène ni n’offusque plus personne. Mais, replacé dans son contexte, ce spectacle précurseur s’avère d’un très grand intérêt car il permet de se rendre compte que les chorégraphes contemporains n’ont bien souvent fait que reprendre les idées de leurs prédécesseurs…

    C’est ainsi également que, au tout début du spectacle, avant même que le noir ne se fasse dans la salle, un homme, tel un chef de chœurs, exhorte quelques personnages dispersés parmi les spectateurs à haranguer le public de slogans dadaïstes, les dirigeant et les maîtrisant comme le ferait un chef d’orchestre vis-à-vis de ses musiciens. Idée surprenante pour l’époque qui, elle aussi, a bien fait son chemin depuis.

    Au troisième volet de l’œuvre, on retrouve les danseurs, toujours dans le plus simple appareil, aux prises avec du papier kraft déroulé transversalement en travers du plateau. Et, comme on pouvait s’y attendre, ils vont s’y enrouler mais, aussi, jouer avec, s’y lover, s’y cacher, s’y noyer, pour finir par le mettre en pièces et en lancer les morceaux en l’air de façon plus ou moins continue, à l’image d’un volcan en éruption qui cracherait ses scories et sa lave en fusion. En outre, les jeux de lumière, qui donnent à la couleur des corps celle du papier, fondent le tout ensemble dans une harmonieuse mêlée.

    La dernière partie du spectacle amène les danseurs à étaler puis disperser sur scène différents objets plus hétéroclites les uns que les autres : tuyaux d’arrosage, casque de chantier, parapluie, perruque, chaînes, panier à salade, bouée, K-way, seau… Tout ce capharnaüm finit par être endossé par deux d’entre eux qui, transformés en bibendums, traverseront les rangs des spectateurs pour sortir de la salle puis du Centre, où ils seront filmés, les images étant retransmises par vidéo sur un écran situé en fond de scène. Ebahissement évident des badauds  qui se sont parfois approchés de très près pour voir ce qu’il pouvait bien y avoir sous ces châteaux branlants, déclenchant une avalanche de rires dans la salle…

    Là encore, cette idée fut maintes fois reprise par la suite, indiquant finalement que les concepts les plus originaux ne naissent pas sous les pas d’un cheval…

     

                                                                                                                                   J.M. Gourreau

     

     

     

    Parades & changes, replays / Anna Halprin, Morton Subotnick, Anne Collod & guests, Centre Pompidou, Janvier 2010.

  • Béatrice Massin / Songes / Invitation au rêve

     

    Béatrice Massin :

    Invitation au rêve

     

    Photos J.P. Maurin

     

    Elle s’en défend, le revendique avec juste raison et le prouve : Béatrice Massin, bien qu’elle restât aujourd’hui une des rares chorégraphes françaises à défendre et enseigner la danse baroque, est aussi une chorégraphe contemporaine, se servant des musiques et du vocabulaire baroques pour élaborer ses propres pièces. Sa dernière œuvre, Songes, est une pièce d’une grande beauté plastique qui, effectivement, amène à la rêverie : de par son rythme d’une part, du fait de la douceur de son univers d’autre part. Tout se passe en effet non sur terre mais dans le ciel ou, plutôt, les ciels, les danseurs évoluant dans un univers immatériel sans frontières, au milieu de nuages flottant dans l’azur. Le dispositif scénique est à ce titre fort intéressant, les images projetées sur le plateau étant démultipliées et renvoyées dans tous les azimuts par un jeu de miroirs mobiles. La symphonie de couleurs qui en résulte, du bleu céleste au violine, est mise en valeur par le contraste du jaune éclatant des longues robes qui habillent les danseurs. La danse quant à elle, légère, ample et généreuse, toute en lenteur, est également propice au rêve. Si la chorégraphe fait souvent appel au vocabulaire baroque, elle utilise aussi le langage contemporain, dans les duos et les solos essentiellement, dessinant dans l’espace des figures toutes en courbes, mettant parfaitement en valeur les interprètes. Mais trop, c’est trop et, au bout d’un certain temps, la monotonie s’installe, impression accentuée par les musiques utilisées, certes très belles mais toutes sur le même registre : Lully, Vivaldi, Charpentier et Purcell. On aurait aimé une plus grande diversité qui n’aurait sans doute pas nui à l’homogénéité de l’œuvre ; or, cette diversité était ébauchée dans la chorégraphie mais non dans la scénographie. Dommage !

    J.M. Gourreau

    Songes / Béatrice Massin, Théâtre National de Chaillot, Janvier 2010.

  • Serge Ricci / Des arbres sur la banquise / L'instinct de survie

     Photo J.Ley

    Serge Ricci :

     

     

     

     

    L’instinct de survie

     

     

    Les évènements tragiques d’Haïti sont là pour nous le rappeler : l’Homme n’est pas toujours prêt à s’adapter à un séisme qui balaye et anéantit toute forme de vie en une fraction de seconde. Sensibilisé par la destruction rapide, voire inéluctable, de ce qui nous reste encore de nature, Serge Ricci et Fabien Almakiewicz se sont interrogés sur nos façons de réagir, le temps que la Nature renaisse de ses cendres. La multiplicité et la multitude de réponses obtenues a engendré un spectacle hors du temps, d’une richesse peu commune, qui fait travailler l’imaginaire de son public.

    C’est une image de désolation qui attend le spectateur à son entrée dans la salle, le cataclysme venant de se produire. Un arbre magnifique, en pleine fleur, gît, là, à l’horizontale au dessus de la scène, déraciné. Des traces de lutte contre les éléments déchaînés sont gravées dans son écorce ; des fragments de rochers, témoins de sa résistance, demeurent enserrés par ses racines. Pourtant, une poésie indicible en émane. A ses côtés, un petit groupe d’hommes en haillons qui vont et viennent. En tous sens, indifférents, désemparés. Des rescapés sans doute, des survivants sûrement. Quelques notes du premier concerto pour violon en la mineur de Bach se veulent apaisantes, les enjoignant à réagir. Ils se regroupent, endossent les uns sur les autres quelques vêtements épars, tentent de remettre un peu d’ordre dans ce chaos, de recueillir ce qui peut encore leur être utile. Leur danse est nerveuse, saccadée, désordonnée. Couvrant des bruits de chantier qui résonnent au loin, des hurlements de loups se font entendre. De plus en plus près, de plus en plus forts. Inquiétants.

    L’Homme use de la conque pour signaler sa présence. Une chaîne de solidarité se forme. Mais ces êtres fragiles et démunis s’avèrent bien vite incapables de tenir un langage commun. Chez certains, la raison s’égare, le découragement en rattrape d’autres. Le spectre de la mort traverse la scène. Chacun se raccroche à ce qu’il peut ou retrouve : une poupée, des chaussures, un pan de vêtement, un morceau de statue. Tous ces petits riens seront choyés, exposés. Les vestiges deviennent trophée. La vie va bientôt reprendre le dessus et l’Homme retrouver ses esprits. L’œuvre se termine sur le baiser d’un couple qui se forme, émouvant signe d’un retour à l’équilibre et à la vie.

     

    J.M. Gourreau

     

    Des arbres sur la banquise / Serge Ricci et Fabien Almakiewicz, Théâtre Paris-Villette, Janvier 2010. Dans le cadre de « Faits d’hiver ».

    Spectacle créé aux Rencontres chorégraphiques internationales de Seine St Denis en Mai 2009.

     

    Prochaines représentations : Forum, scène conventionnée du Blanc – Mesnil, Octobre 2010.

    La compagnie est en résidence pour 3 ans au Théâtre Paris Villette depuis janvier 2010.

  • Josef Nadj / Sho-bo-gen-zo / Un univers étrange et attachant

     

    Josef Nadj :

     

     

     Un univers étrange et attachant

     

     

    Avec Josef Nadj, on n’est jamais au bout de nos surprises. A chaque nouveau spectacle, on se pose la question de savoir ce que ce diable d’homme va encore bien pouvoir inventer. Son univers, fantasmagorique à souhait, truffé autant de chausse-trappes que de vraies trappes, est aussi mystérieux qu’attachant. Avec lui, il est vrai, il faut s’attendre à tout : on a beau s’y préparer mais les choses les plus surprenantes arrivent toujours quand on s’y attend le moins…

    Sho-bo-gen-zo ne déroge pas à la règle. Créée à au cours de l’été 2008 au festival de Kanisza en Serbie, cette œuvre s’inspire des poésies et textes philosophiques du maître Dôgen Zoimonki qui, au 13e siècle, introduisit au Japon l’Ecole Soto du bouddhisme Zen. Inutile dès lors de préciser que calme et sérénité seront les maîtres mots de cette nouvelle pièce. Mais dans la gestuelle seulement car, en prélude à l’ouverture du rideau, le saxophoniste Akosh Szelevényl annonce l’arrivée du grand samouraï par une suite de trilles aussi tonitruantes que déchirantes, capables de tirer un mort de sa léthargie ! C’est assis sur un piédestal poussé par sa disciple que le maître fait son apparition d’un portique tout droit sorti d’un théâtre de Nô ou de Kabuki. De noir vêtu et portant un étrange masque évoquant ceux des héros de la mythologie wagnérienne, Josef Nadj, car c’est bien lui,  en impose par sa stature, sa présence et sa sérénité. Saisissant contraste avec sa disciple Cécile Loyer, frêle, de blanc vêtue, elle aussi masquée, qui trottine derrière lui…

    Les six koâns (miniatures) qui vont nous être proposés suggèrent le temps. Ils ne sont pas sans rapport avec les dessins à l’encre de Chine que le chorégraphe expose parallèlement au spectacle à la galerie Vieille du Temple*. Mais, comme à l’habitude, les univers évoqués par le chorégraphe seront plus énigmatiques les uns que les autres et difficiles à déchiffrer, tous empreints d’un fascinant mystère. Si certains tableaux, à la gestuelle mécanisée, annoncent un monde robotisé futuriste, d’autres, soutenus par la contrebasse de Joëlle Léandre, sont plus humains, parfois poignants, d’une gestuelle débordante de tendresse. D’autres enfin sont carrément étranges, à l’image de cette scène de magie, leitmotiv chez Nadj ou, encore, de celle où Cécile Loyer va être « arrosée » par une foultitude d’objets plus hétéroclites les uns que les autres et contrainte à s’abriter sous une plaque de tôle galbée tenue au dessus de sa tête… L’humour ne sera pas absent non plus, comme l’évoque cette scène surréaliste dans laquelle on pourra voir nos deux protagonistes confondre goulot de bouteille et pied de chaise, s’efforçant de tirer quelques gouttes d’un mystérieux  breuvage que ladite chaise pourrait éventuellement contenir…

    Bref, un univers toujours aussi fascinant, qui laisse notre imagination vagabonder à son gré !

     

    J.M. Gourreau

     

    Sho-bo-gen-zo / Josef Nadj, Théâtre de la Bastille, Jusqu’au 25 Janvier 2010.

    Prochaines représentations : Orléans, 17 et 18 Mars 2010.

     

    * Exposition des dessins du chorégraphe à la Galerie Vieille du Temple, 23, rue Vieille du Temple, 75004 Paris, du 18 au 27 Janvier 2010.

     

     

  • Michèle Anne de Mey / Conte d'hiver impressionniste / Théâtre de Chaillot

      Michèle Anne de Mey :

     

    Conte d’hiver impressionniste

     

     

    Ne cherchez pas d’histoire : il n’y en a pas. De la neige, en revanche, il y en a, et même beaucoup, car elle tombe légère et dru, quasiment sans discontinuer, durant les 75 minutes que dure cette œuvre. C’est d’ailleurs cela qui fascine de prime abord le spectateur : la scénographie et les effets spéciaux sont tellement magiques que l’illusion est parfaite.

    Plus qu’un ballet, c’est un spectacle féerique, fantasmagorique, une vision du plus pur romantisme qui nous est donné de voir. Celle d’une nature rebelle par moments déchaînée au sein de laquelle l’Homme n’est qu’un jouet et qui, en fait, ne récolte que ce qu’il a semé.

    Le rideau se lève sur une vision apocalyptique d’avalanche balayant tout sur son passage. Le calme revient avec le soleil perçant la brume dans un effet d’aurore boréale. Mais la trêve sera de courte durée, les nuages déversant bientôt leur neige à gros flocons. Le réalisme est saisissant. C’est grâce à un jeu d’effets que ne renierait pas un Philippe Genty que l’Homme prend place dans cet univers : Malmené et ballotté en tous sens par les bourrasques de vent, il aura bien de la peine à survivre. Face aux éléments en furie, il apparaît perdu dans ces magnifiques mais terrifiantes immensités glacées, tant et si bien qu’il en passe presque au second plan. Mais lorsque l’œil se détache de la tourmente pour se poser sur lui, alors la danse, un peu le parent pauvre de l’œuvre, apparaît le reflet parfait des actions qui animent les personnages - jeux, bagarres, luttes -  magnifiquement soutenus par le second mouvement de la 7ème symphonie de Beethoven. Par moments même, leurs sentiments transparaissent, amours, peurs, joie de fouler cette neige, d’y tracer des dessins…

    Si, au départ, Michèle Anne de Mey avait dans l’idée de mettre en scène un conte de fées pour petits et grands, lequel aurait pour thème principal la nature et ses éléments déchaînés, c’est sa rencontre avec la décoratrice Sylvie Olive - qui s’est illustrée tant à la télévision qu’au cinéma - et l’éclairagiste Nicolas Olivier qui en ont été le réel déclic et les véritables artisans du spectacle.

    Comme dans tout conte qui se respecte, s’il y a des moments paisibles et d’une grande force expressive, il y a aussi des moments effrayants. Bien que l’on n'y trouve ni sorcière ni ogre, les personnages qui évoluent dans cet univers ne sont pas tendres envers eux-mêmes, et les faibles sont impitoyablement éliminés. Ainsi peut-on voir, avec un réalisme saisissant, une femme déchiquetée par ses congénères comme des chiens se disputant un morceau de viande... Et la Mort sera plusieurs fois au rendez-vous, notamment à la fin de l’œuvre. C’est peut-être ce qui choque un peu dans cette très belle pièce car les motivations des personnages ne sont pas toujours claires et leur propos parfois difficilement compréhensibles, voire admissibles, dans une telle ambiance de beauté.

     

    J.M. Gourreau

     

    Neige / Michèle Anne de Mey, Théâtre National de Chaillot, Janvier 2010.

     

    Prochaines représentations : Douai, 2mars ; St Brieuc, 17 mars ; Dunkerque, 11 mai ; Amiens, 1er juin 2010.

  • Vincent Mantsoe / San / L'exode

    Vincent Mantsoe :

     

     

     

     

    L’exode

     

     

    De tous temps, l’Homme a cherché à s’évader vers de nouveaux territoires, moins par curiosité et sentiment de découverte que par nécessité de trouver un mode de vie meilleur. Les San, plus connus sous le nom de Bushmen, aborigènes des plaines arides du Kalahari, ont bien sûr tenté l’expérience à diverses reprises. Cette lutte pour la vie, irrémédiablement vouée à l’échec, ne pouvait qu’impressionner le chorégraphe de Soweto qui avait subi le choc de l’apartheid. Cette tentative, il l’a faite sienne et l’évoque pour nous avec une force peu commune. C’est donc à une bouleversante page d’histoire qu’il nous est donné d’assister.

    D’emblée le ton est donné : le rideau s’ouvre sur cinq personnages en errance, une corde descendue des cintres enserrant le cou de chacun d’eux, à l’image de condamnés à mort. De leur rencontre naîtra la liberté. Une ébauche de marche commune se fait jour et leur but se dessine petit à petit : se libérer du joug quotidien pour conquérir un havre de paix, là où des terres plus fertiles leur permettront de chasser et manger à leur faim.

    L’intérêt de cette pièce réside davantage dans la mise en avant du cheminement intérieur de chacun des protagonistes que dans leur but commun que, d’ailleurs, ils ne parviendront jamais à atteindre : chacun de ces artistes, en effet, a sa propre culture, son propre cheminement intérieur, ses propres idées. Très vite ils comprennent que l’union fait la force, que l’Autre leur est nécessaire s’ils veulent s’en sortir. Mais ils sont partagés par le fait qu’ils tiennent chacun à garder leur indépendance, leur personnalité. Or, Vincent Mantsoe, soutenu par la musique divine, pleine de poésie et de sérénité de Shahram Nazeri, a su parfaitement découvrir et analyser le tempérament de ses interprètes pour le mettre en valeur : si tous puisent leur énergie dans le sol, leur terre nourricière, chacun sait également être à l’écoute de l’Autre, trouver chez lui la force et le réconfort pour poursuivre son chemin. Chacun apporte sa pierre à l’édifice ou, plutôt, à leur gourou en transe. Car il faut aller de l’avant, encore et encore. Cela se traduit par de petits gestes précis et signifiants, par quelques attitudes chargées d’émotion d’une grande justesse, par quelques regards anodins jetés en catimini. Leurs sentiments sont mis en valeur avec une force extraordinaire ; tout est lisible, leurs désirs, leurs espoirs, leur incompréhension et leur découragement, leur lassitude, leur peur, leur colère, leur solitude... La violence sourde et contenue qui les étreint, aussi. Et c’est cela qui fait mal car l’on se projette en eux, on éprouve un impérieux besoin de les aider, de les réconforter mais, collés à nos fauteuils, nous ne pouvons que compatir. L’œuvre est souvent violente, heurtée, torturée mais, parfois aussi, pleine de sérénité. Quelle émotion dans leurs regards, leurs élans de tendresse, leur humilité, leurs efforts pour se rapprocher les uns des autres, leur générosité vis à vis de l’Autre… Et l’on ne sait plus où donner du regard. Trop de choses se passent en même temps sur tous les fronts. Il nous faut respirer, souffler un peu mais l’occasion ne nous en est pas donnée. Et l’on ressort de là épuisés. Mais quelle belle leçon d’entraide et d’humanité…

     

    J.M. Gourreau

     

    San /Vincent S.K. Mantsoe, Centre National de la  danse, Pantin, Janvier 2010.

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  • Variations sur l'Après-midi d'un faune, par Christian Dumais-Lvowski / Editions Alternatives

    Variations sur L’après-midi d’un faune,

     

    par Christian Dumais-Lvowski, 64 pages, 20 illustrations N.et B. et couleurs, 10 x 19 cm, Broché, éd. Alternatives, Paris, 12 €

    ISBN : 978 2 86227 6205.

    L’Après-midi d’un faune fut l’une des œuvres qui révolutionna l’art de Terpsichore en 1912 lors de sa présentation au Châtelet, de par son inconvenance et son primitivisme. L’ouvrage proposé ici rassemble le poème de Stéphane Mallarmé, des extraits des cahiers dans lesquels Nijinski nota son ballet, des articles de presse de l’époque (Rodin, Claudel, Calmette, Cocteau), des phototypies d’A. de Meyer qui réalisa quelques photos du ballet au moment de sa création, lesquelles furent d’ailleurs publiées en 1914. Quelques gravures de l’artiste québécoise, Claire Lemay, complètent cette illustration. Cet ouvrage s’avère donc un témoignage de ce que fut l’œuvre à sa création et l’accueil qu’elle en reçut.

    J.M. G.

  • Suresnes Cités Danse : de gentils "petits canards"

     

    Sylvain Groud,

    par David Morganti

    Suresnes cités danse :

     

    De "gentils" petits canards...

     

    Le festival de Suresnes, on le sait, a fait de la danse hip-hop son cheval de bataille. Si sa 18ème édition s’est ouverte sur une carte blanche au tout nouveau directeur du Centre Chorégraphique National de La Rochelle, Kader Attou, il se clôturera à la fin du mois sur une soirée concoctée par celui de Créteil, Mourad Merzouki. Et si Olivier Meyer reste fidèle à ceux qui l’ont aidé à faire la réputation de ce festival, les Blanca Li, Sébastien Lefrançois, Raphaëlle Delaunay, Pierre Rigal ou Chantal Loïal, il en a également invité d’autres à s’initier à ce style. Ainsi aura t’on eu la surprise de voir, inscrits sur le programme, deux noms de la danse contemporaine, Hiroaki Umeda et Sylvain Groud, auxquels il a demandé de monter une pièce pour des danseurs de hip hop étrangers à leur compagnie. Le résultat montre que ces « gentils petits canards » ont été à la hauteur de ses espérances et que sa témérité a été largement récompensée.

     

    Minimaliste

    Le japonais Hiroaki Umeda est encore peu connu en France. Son premier spectacle dans notre pays date de 2002 aux Rencontres Internationales de Seine-St Denis. Deux ans plus tard, on le retrouve à la Biennale Nationale de Danse où il acquiert une réelle reconnaissance. En janvier 2007, il est programmé au Théâtre National de Chaillot avec Accumulated layout, une pièce étonnante dont la gestuelle, minimaliste, était guidée par la lumière. Sa création pour Suresnes, 2.repulsion, est une œuvre abstraite tout aussi minimaliste qui expérimente et tente d’analyser l’effet des forces de répulsion entre trois personnages. Utilisant la technique du hip-hop, les mouvements qui naissent de sa chorégraphie, au diapason des impulsions sonores et / ou lumineuses, distorsions d’une partie du corps dans une direction donnée, déhanchements, rotations plus ou moins rapides du bassin, soubresauts… donnent au spectateur une curieuse impression d’électrocution, comme si les trois danseurs s’étaient trouvés sur une plaque électrifiée, comme s’ils recevaient, de bourreaux invisibles, des impulsions répétées en différents endroits du corps. Bien que robotisés, ces mouvements n’en étaient pas moins fort intéressants car ils différaient suivant les individus, l’intensité et le rythme des « chocs ». Ce qui engendrait parfois une gestuelle de pantin malmené, désarticulé et, même, bouleversante car l’on ne pouvait s’empêcher de penser à la marionnette de Petrouchka.

     

    Portraits de femmes

    Sylvain Groud quant à lui s’est posé une question existentielle, celle de comprendre les motivations qui poussent les danseuses de hip-hop à exercer leur art, toute une vie durant. Elles sont cinq. Cinq femmes toutes différentes, cinq danseuses de hip-hop. Copines et engagées. Elles témoignent simplement, naturellement. Qui suis-je ? dit la première. Même si cela peut paraître instable, voire incongru dans notre monde d’aujourd’hui, je suis une danseuse, rien qu’une danseuse. De rap, de hip-hop. Et fière de l’être. Et elle le montre. Ostensiblement. Son solo, rapide et sautillant, a quelque chose de touchant car il vient du cœur. C’est génial d’avoir une passion, non ? Les quatre autres révéleront chacune leur personnalité de la même manière, naturelle, avec beaucoup de conviction. L’une son dégoût de la musique pour en avoir trop fait dans son enfance et qui a découvert l’art de Terpsichore sur le tard, l’autre pour s’évader de la vie de tous les jours. Elles y ont toutes pris goût. Pas seulement pour la défonce mais par besoin, parce que c’est vital pour elles. Le travail du chorégraphe a d’abord consisté à les mettre en état d’improvisation, pour les débarrasser de leurs préjugés tout en leur laissant le choix de leur univers musical et de leurs lumières, avant d’élaborer une chorégraphie signifiante, très musicale, tout particulièrement sur l’extrait des Métamorphoses nocturnes de Ligeti. Il en résulte une œuvre généreuse, sensible, souvent poignante de par sa spontanéité et son charisme. Un magnifique témoignage de la vie.

     

    J.M. Gourreau

     

    2.repulsion / H.Umeda et Elles / S. Groud, Théâtre Jean Vilar de Suresnes, Janvier 2010.

     

     

     

     

     

  • Karine Saporta / Erotisme, quand tu nous tiens...

      

    Karine Saporta :

     

     

     

     

    Erotisme, quand tu nous tiens…

      

    Il est ancré au fond de nous, inexpugnable. Toujours présent, parfois obsédant. Il nous fait oublier, espérer. Il est drogue, provoque le fantasme, éveille en nous le désir. Et, partant, nous donne l’envie, la joie de vivre. Son nom ? Eros.

    C’est en contemplant d’anciennes cartes postales d’« effeuilleuses » du début du siècle dernier que Karine Saporta eut l’idée de monter un spectacle sur ce thème. Entreprise difficile car il ne fallait pas tomber dans la vulgarité. Or, l’œuvre qu’elle a concoctée, à mi-chemin entre le théâtre et la danse, est tout sauf cela : poétique, chaleureuse, raffinée, sensuelle, conduisant à faire naître le désir, mettant en danse le plaisir. Tout est dans la finesse, la tendresse, le non dit.

    Les projecteurs s’allument sur une femme noire, très belle, à demi vêtue, assise sur une chaise. Un corset blanc lui ceint la taille, une collerette blanche, le cou, des culottes bouffantes à la Henri IV, les fesses. Elle s’éveille, s’étire, darde ses jambes vers le ciel, les caresse, minaude comme un chat. Lorsqu’elle se lève, c’est pour émoustiller le spectateur : bisous à tout-va, clins d’œil coquins, déhanchements suggestifs, poses lascives, ondulations des hanches, tout cela dans une ambiance tamisée, celle de l’arène du « Dansoir » dont l’atmosphère chaude et feutrée aux tons rouge et or sied tellement bien à ce spectacle.

    La montée en puissance ne va pas tarder. Tapie dans l’ombre, une autre danseuse va bientôt la rejoindre puis une seconde un peu plus tard, puis une troisième et, enfin, une quatrième. Mêmes attitudes, mêmes objectifs. Rien à voir cependant avec une revue, bien que l’une de ces fort belles artistes soit issue du Crazy Horse : si elles s’effeuillent progressivement sous les accents du Stabat Mater de Pergolèse entremêlés de gémissements de plaisir ou de textes érotiques de Pierre Louÿs et d’Anaïs Nin, c’est en dansant, une danse contemporaine tantôt lascive, tantôt saccadée, stroboscopée, obsessionnelle, violente même, très caractéristique du style de la chorégraphe. Bien évidemment, les colonnades du théâtre seront utilisées tant comme refuge que comme barre, bien évidemment, on retrouvera les codes et attitudes propres aux artistes du spectacle érotique mais arrangés à la sauce Saporta, avec ce petit brin de folie, voire de sadisme qui en fait tout leur charme. Ainsi un Monsieur Loyal, nain de son état, mènera t’il le bal ; ainsi pourra t’on assister à des simulacres de dressage au fouet ; ainsi aura t’on droit à une parodie animale pour masquer sa vraie personnalité... Pour finir, émergera de l’ombre un magnifique faune au torse d’athlète qui, lui aussi, se livrera à un strip-tease avec malice et concupiscence, acceptant sans condescendance les règles du jeu. 

    Une fois encore Karine est sortie des sentiers battus, dévoilant une autre de ses facettes, certes que l’on pouvait prévoir mais qu’elle n’avait encore jamais livrée complètement, celle d’une femme féminine en diable, ranimant la flamme amoureuse des autres en se libérant de ses fantasmes.

    J.M. Gourreau

    Photos J.M. Gourreau 

     

    La Maison Chéri-Chérie / K. Saporta, Le Dansoir, Parvis de la Bibliothèque Nationale de France, 26 Décembre 2009 – 28 Janvier 2010.

  • Sara Baras, une flamme aussi ardente qu'impétueuse

    Photo José-Luis Alvarez

    Sara Baras :

     

     

     

     

    Une flamme aussi ardente qu’impétueuse

     

    Voilà un rendez-vous devenu désormais infaillible : cela fait en effet plus de 10 ans que Sara Baras nous offre une année sur deux un fabuleux spectacle pour les fêtes de Noël. Après sa Carmen  en 2007, elle nous propose aujourd’hui une nouvelle oeuvre, florilège d’extraits de ses meilleurs ballets. Et, disons le d’emblée, elle a comblé ce faisant les plus fervents aficionados du flamenco. Mais pas seulement. Car, n’en déplaise aux puristes, elle a également quitté un instant, grâce à une écriture plus contemporaine, le cadre un peu conventionnel dans lequel cet art restait confiné, conquérant un nouveau public.

    Contrairement à son habitude, c’est à Paris et non à Madrid ou à Barcelone qu’elle a monté ce spectacle, qui sort, par certains de ses tableaux, des sentiers battus. A l’instar des grandes "ballerinas" espagnoles du passé, peut être plus d’ailleurs qu’elles, Sara Baras fait preuve d’un tempérament, d’une force de caractère à nulle autre pareille. Dès son entrée en scène, son aura capture les regards, avant même qu’elle n’ait commencé à danser. Figure emblématique du flamenco d’aujourd’hui, elle fascine par la force et la rapidité étonnante de son zapatéado, son gracieux braceo (jeu de bras) tout en courbes harmonieuses et, surtout, par ses déhanchements et cambrés d’une sensualité extrême. Par sa flamme, sa rage, son impétuosité aussi, lesquelles ne sont pas sans évoquer sa fameuse interprétation de la farucca d’Antonio Gadès…

    Le spectacle, très éclectique, est composé de danses traditionnelles auxquelles sont fort judicieusement intercalées des pièces plus proches de la danse moderne, tant dans leur style que dans leur conception. Ainsi en est-il de Buleria, extrait de Mariana Pineda, dont la scénographie m’évoqua Tensile involvment de Nikolaïs ; de même, La Plaza, issue de Carmen, dansée sur deux niveaux, dans un style résolument plus contemporain. Mais il est vrai que ses interprètes, tant musiciens que danseurs, semblent plus à leur aise dans le répertoire traditionnel dans lequel ils excellent ! Et, là aussi, Sara Baras a su faire preuve d’originalité ne serait-ce, par exemple, que dans son introduction au spectacle qui m’évoqua certaines atmosphères chères à Leonor Fini.

    Un fort belle représentation par conséquent mais qui pêche toutefois par une sonorisation trop forte, le son issu tant des micros placés au niveau du sol que des chanteurs étant, par moments, transformé en un brouhaha fort désagréable… Il est cependant bien facile d’y remédier !

     

    J.M. Gourreau

     

    A propos de Sara / Sara Baras, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, Décembre 2009 – Janvier 2010.