Akram Khan / iTMOi / Sceaux / Octobre 2013

Akram Khan / iTMOi / Orgiaque

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Photos J.L. Fernandez



Akram Khan :

Orgiaque

 

Akram Khan a toujours été un chorégraphe fascinant mais également résolument énigmatique et déroutant. Ce que l’on retient de prime abord à l'issue de iTMOi, sa dernière création, c’est son atmosphère envoûtante, sa chorégraphie impulsive, violente, tarabiscotée mais ensorcelante, et l’étonnante énergie ainsi que la virtuosité de ses interprètes. Rien en revanche ne transparait d’un éventuel argument qui semble délibérément absent, si bien que l’on ne peut se rattacher qu’à son ressenti, ses impressions dans l’instant. En fait, iTMOi (traduisez, in the mind of Igor) est une commande qui a été faite au chorégraphe à l’occasion du centenaire de la création du Sacre du printemps de Stravinsky. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, Akram Khan n’a pas cherché à faire une nième chorégraphie sur cette partition qu’il estime d’ailleurs " inchorégraphiable " mais en a commandé une nouvelle à trois musiciens - Nitin Sawhney, Jocelyn Pook et Ben Frost - lesquels avaient pour mission de s’appuyer sur l’œuvre originelle et d'en conserver le caractère primitif, l’essence, la puissance et les rythmes. Or, si l’on ne retrouve que quelques bribes fugitives de la partition stravinskienne dans ce ballet, la musique contemporaine sert agréablement le propos du chorégraphe qui semble chercher à interroger la Foi dans notre société, mais aussi et surtout les tréfonds et la noirceur de l’âme humaine qu’il se met en devoir d'exorciser. iTMOi est en effet une œuvre assez sombre, sabbatique, pleine de références de toute sorte, notamment à Orange mécanique de Stanley Kubrik, et qui laisse exhaler un parfum de mystère ; mais, comme on peut s’en rendre compte dès le début du spectacle, elle s’appuie aussi sur des éléments bibliques, entre autres le sacrifice d'Isaac par son père, Abraham : leurs noms sont marmonnés comme un leitmotiv par une sorte de prêtre démoniaque dans un décor dantesque uniquement créé par des lumières auréolées de fumerolles, interprétées pour les uns comme des vapeurs de soufre, pour les autres comme de l'encens... Ce seront les seuls éléments qui transparaitront de l'œuvre originelle, outre une allusion non déguisée à la mort et à la renaissance. Il en ressort par conséquent un foisonnement d'idées aussi angéliques que démoniaques, mais aussi une étouffante impression de chaos. Il ne reste donc au spectateur qu'à se laisser aller à contempler la danse, une danse fort originale, fluide et liée, d'une puissance étonnante, au sein de laquelle on relève de multiples influences, celle du kathak et de diverses danses de l'Inde bien sûr, lesquelles ont bercé Akram Khan à ses débuts, mais aussi de la break dance, du hip hop, du butô et de la danse contemporaine harmonieusement mixés. Y sera même incluse la remarquable prestation... d'un derviche tourneur ! Bref, un spectacle orgiaque, une sorte de conte cruel, violent et lyrique tout à la fois, d'une grande élégance sur le plan visuel mais qui laisse sur sa faim quant au message délivré par son auteur.

J.M. Gourreau

iTMOi / Akram Khan, Les Gémeaux, Sceaux, du 11 au 13 octobre 2013.