Ambra Senatore / Aringa rossa / Théâtre de la Ville / Février 2015

Ambra Senatore / Aringa rossa / Fragments de vie épars

 

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Photos V. Berlanda

Ambra Senatore :

Fragments de vie épars

 

Va comme j'te pousse ! Telle pourrait être la devise de la milanaise Ambra Senatore car ses pièces ne semblent en effet n'avoir ni début, ni fin, ni queue, ni tête. En outre, cette chorégraphe semble toujours prendre un malin plaisir à brouiller les pistes... Aucune logique dans le déroulement de ce spectacle, sinon la sienne, ce qui était déjà le cas dans John,* son œuvre précédente. Avec Aringa rossa, il n'y a carrément plus de trame, et la pièce est constituée d'un puzzle de petits fragments collés les uns aux autres sitôt élaborés, voire même alors qu'ils sont en cours de conception, si bien que l'on passe à tout moment du coq à l'âne... Comme si sa tête était traversée par une foultitude d'idées qu'elle ne cherche pas à ordonner et qu'elle jette pêle-mêle en pâture aux spectateurs, tout comme le faisaient les dadaïstes à leur époque. Parfois, il lui semble se rendre compte qu'elle va un peu trop loin : elle fait alors machine arrière pour rattraper ceux qui auraient perdu le fil ! La pièce est ainsi truffée de va et vient qui ont pour principal effet - sans doute voulu - d'égarer son public...

Cela dit, Aringa rossa est une œuvre de la même veine que John, pleine de légèreté, de fantaisie et d'humour mais aussi de poésie et qui s'inscrit dans la même continuité. Pas de narration par conséquent mais une succession de saynètes parfois drôles, parfois absurdes, qui évoquent des fragments de notre vie, et qu'il faut appréhender et goûter comme ils viennent, sans trop y réfléchir, sans leur chercher un autre sens que celui qui apparaît à l'évidence. Il faut de tout pour faire un monde, et c'est sans doute là où la chorégraphe veut en venir. Un monde où l'inattendu est la règle, un monde où les opinions et les actes souvent s'opposent, un monde où les divergences éclatent, générant des règles et des actes souvent absurdes et contradictoires qu'elle répète à l’envi pour bien enfoncer le clou. A la longue toutefois, ça finit par lasser…

J.M. Gourreau

Aringa rossa / Ambra Senatore, Théâtre de la Ville, du 11 au 14 février 2015.

*voir critique dans ces colonnes au 12 juin 2013.