Catherine Diverrès / Blow The Bloody Doors Off / Théâtre National de Chaillot / Mars 2019

Catherine Diverrès / Blow The Bloody Doors Off / En quète des libertés de notre enfance


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Photo Caroline Ablain

Catherine Diverrès :

En quète des libertés de notre enfance

 

Catherine diverres"Enfoncez-moi ces satanées portes", nous enjoint Catherine Diverrès au travers de la reprise de cette œuvre créée au Mans en septembre 2016 dans le cadre du festival « Autre regard ». Mais qu’entend-elle exactement  par ces termes ? En fait ce titre, traduction de Blow The Bloody Doors Off, est issu d’une réplique de l’acteur Michel Caine dans le film d’action L’or se barre, réalisé en 1969 par Peter Collinson, film qui narre les aventures rocambolesques de deux gangsters britanniques qui se heurtent à la Mafia italienne en cherchant à s’emparer de l’or de la firme FIAT lors de son transport à Turin depuis l’aéroport. Bien évidemment, dans l’œuvre que nous propose la chorégraphe, il n’est nullement question d’or, ni d’argent, encore moins de voleurs. Mais, si ces portes ne sont pas celles d’une banque ou d’un fourgon de transport de fonds, ne seraient-elles pas celles des barrières que nous rencontrons quotidiennement sur notre chemin, ces obstacles aussi bien spatiaux que temporels que nous n’osons franchir du fait de nos peurs et de nos angoisses, d’ailleurs aussi irraisonnables qu’irraisonnées, et des obligations que nous nous forgeons? " Je me suis fixée l’idée de ne travailler que sur l’espace et le temps", nous dit la chorégraphe. "Je souhaitais que la pièce soit la plus abstraite possible dans sa forme, même si ce qui s’y révèle, ce sont des couches de sens qui appellent des interprétations multiples et subjectives. J’ai demandé aux danseurs de s’interroger sur des notions relatives à notre perception de l’espace et du temps et, donc, relatives à notre subjectivité. J’ai pensé à la déformation de notre perception rationnelle, quotidienne, conditionnée, de l’espace-temps, aux situations extrêmes"… En fait, Catherine ne chercherait-elle pas finalement à nous contraindre de vaincre nos craintes et nos préjugés pour parvenir à retrouver la spontanéité de notre enfance, à rompre l’enfermement dans lequel nous nous trouvons confinés, à rouvrir les portes verrouillées par nos (détestables) habitudes pour parvenir à cette liberté et à cette nécessité de vivre pleinement la vie, auxquelles nous aspirons sans cesse ? Pour ce faire, quatre questions ont été posées par la chorégraphe, tant aux danseurs qu’aux musiciens, celles-ci ayant trait dans l’absolu au vertige, au danger (propositions déployées sur le plan de la gravité : poids d’un objet qui chute, poids de l’eau, poids d’un corps qui tombe…), ainsi qu’à la manière d’évoluer dans le plus petit espace mais également, dans le plus grand, toutes ces questions interrogeant bien évidemment la façon dont nos sommes conditionnés par rapport à notre entourage, notre culture, notre travail.

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Photos Caroline Ablain

Contrairement à ses habitudes, Catherine Diverrès a jeté les bases de sa chorégraphie sans partition musicale préétablie, faisant totale confiance aux deux compères musiciens auxquels elle s’était acoquinée et qu’elle connaissait de longue date, le compositeur Jean-Luc Guionnet et le batteur japonais Seijiro Murayama… Très vite, Jean-Luc est parti sur l’idée d’un concerto pour Seijiro avec les musiciens de Dédalus, bien sûr présents sur le plateau aux côtés des danseurs. Car, dit-elle encore, "le corps est le médium, capable d’humilité et de force, de résistance et d’abandon, dans une métamorphose possible en chacun, sensible ou maîtrisée. Les corps possèdent à la fois une mémoire et la puissance de l’immédiat, pour maîtriser un véhicule - abstrait - qui s’appelle la danse". Plusieurs modules de différents laps de temps, en dialogue avec les danseurs, ont donc été construits sur la musicalité des mouvements et leur rythmique, élans profonds d’une grande intensité et d’une non moins grande violence, entrecoupés d’instants de relâchement - voire de vide - plus calmes, à l’écoute du corps, de ses aspirations profondes, afin de mieux les dépasser comme une colère, une transe qui éclate l’instant suivant. Il est étonnant de constater l’unité, la cohésion entre les musiciens et les danseurs, leur corporéité étant une et indiscernable, alors que nous pouvons percevoir et discriminer, au sein de l’écriture de l’œuvre, la personnalité de chacun des danseurs et de chacun des instrumentistes, ce qui d’ailleurs a été l’un des axes majeurs de travail de la chorégraphe  C'est en effet la première fois que Catherine Diverrès prends le risque d’une composition musicale totalement indépendante du processus chorégraphique avec autant de musiciens sur le plateau. Il en résulte un paysage vallonné, contrasté, parfois aux limites du tribal, au sein duquel tant les danseurs que les musiciens, tous autant les uns que les autres, peuvent donner libre cours à leur imaginaire mais, surtout, à leur talent.

J.M. Gourreau

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Photos Jean Couturier

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Photo Caroline Ablain

Blow The Bloody Doors Off / Catherine Diverrès, Théâtre National de la Danse Chaillot, du 13 au 15 mars 2019.