Catherine Diverrès / Jour et nuit / Emmanuelle Vo-Dinh / Cocagne / Créteil / Vincennes / Février 2019

Catherine Diverrès / Jour et nuit / Emmanuelle Vo-Dinh / Cocagne / Patchworks chorégraphiques

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Jour et nuit - Photos Nicolas Joubert

 

 

Catherine Diverrès & Emmanuelle Vo-Dinh :

Patchworks chorégraphiques

 

Il est inhabituel d’évoquer conjointement deux spectacles dans la même critique, d’autant qu’ils nous sont proposés par deux chorégraphes d’obédience diamétralement opposée, sans aucun lien l’un avec l’autre et, qui plus est, dans deux lieux différents. Mais tous les deux ont été créés, du moins présentés dans le même laps de temps, utilisent le même type d’expression et procèdent de la même intention et de la même façon de faire, celle d’associer différentes idées apparemment sans rapport entre elles pour construire un spectacle qui, finalement, capte l’attention d’un bout à l’autre, questionne et force à réfléchir, invitant l’imaginaire de chacun à vagabonder dans un univers qui lui est propre, à chaque fois différent suivant l’état d’esprit dans lequel il se trouve, et qu’il est seul à percevoir.

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Cocagne - Photos Laurent Philippe

Jour et Nuit de Catherine Diverrès est un voyage onirique au sein de paysages singuliers, sur des chemins évoquant chez ses interprètes des bribes de rêves étranges, parfois fascinants, mais aussi des instants plus intimes de leur enfance ou de leur adolescence, propres à chacun, leurs joies, leurs peines, leurs peurs, leurs regrets, leurs amours, leur perception des fastes de la nature, "des aubes grises ou tendres, des ciels de nuit aux fulgurantes comètes", lesquels se juxtaposent mais ne s’imbriquent pas... "Quel serait pour vous un jour, une nuit ?" leur a demandé Catherine lors de l’élaboration de cette pièce, de concert avec ses danseurs. Le spectateur, bien sûr, peut y lire une  foultitude de choses, qu’elles soient empreintes de douceur ou de violence, de beauté ou de laideur, de réalisme ou de surréalisme et d’onirisme. C’est ainsi que des joutes entre deux cerfs (Alexandre Bachelard et Lee Davern) sur l’hymne américain, allusion à l’actualité des relations entre les Etats-Unis et leurs voisins, succèdent à une vision d’Adam et d’Eve, laquelle tient dans sa main la pomme de l’arbre de la connaissance ; c’est ainsi également qu’un ours blanc (Nathan Freyermuth) allumera à la tombée de la nuit les étoiles de la grande ourse au sein de la voie lactée pour les éteindre, l’aube venue ; c’est encore ainsi qu’un oiseau noir maléfique à la Hitchcock (Emilio Urbina) symbolisant les affres de la nuit et les angoisses qu'elle suscite précédera les émouvantes et troublantes errances d’une somnambule immatérielle et éthérée (Capucine Goust), d’un romantisme bien évidemment cher à Catherine Diverrès, d’ailleurs souligné par le texte de Novalis, Hymnes à la nuit, que l'on peut entendre dans la pièce. Un sublime duo sur l’errance et la douceur de l’étreinte (avec Lee Davern), servi par des artistes aussi pasionnés qu'engagés, fascinant par sa fragilité et son intemporalité. Le spectacle se terminera par un carnaval d’animaux sur échasses, vision surprenante, surréaliste et inattendue d’un autre monde qui évoque les contes de fée de notre enfance et qui contraint l’esprit à se balader dans l’univers des rêves.

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Jour et nuit - Photos Nicolas Joubert

 

 

Cocagne d’Emmanuelle Vo-Dinh est une œuvre beaucoup plus structurée mais qui procède de la même veine. Là encore, une foultitude d’idées et d’émotions à caractère parfois névrotique, issues d’œuvres picturales ou cinématographiques, mises en scène plus par le théâtre que par la danse, reliées cette fois entre elles par un escalier central emprunté au tableau des Ménines de Vélasquez : celui-ci permettra la dépose, à chaque nouvelle scène, des protagonistes sur le plateau pour les placer face au public. Images souvent drôles ou oniriques, emphatiques, voire outrancières, renvoyées frontalement en miroir aux spectateurs. Alors que, chez Catherine Diverrès, ces paysages ou ces sujets, souvent seulement suggérés ou esquissés, étaient issus du vécu, passé ou présent, de ses interprètes, voire d’elle-même, chez Emmanuelle Vo-Dinh en revanche, leur représentation relevait moins de l’art de Terpsichore que de celui de Melpomène ou de Thalia. Les images et sentiments que la chorégraphe cherchait à faire passer étaient d’une expressivité extrême, sans ambigüité aucune, réitérés, martelés, parfois même volontairement caricaturaux. De plus, burlesques et empreints d’un humour sous-jacent non dissimulé, avec arrêts sur image appuyés, évoquant l’univers du cinéma à ses débuts ou celui des dessins animés. Bref, si chez Vo-Dinh, c’est l’expressivité des attitudes et le caractère des faciès et mimiques qui priment, chez Diverrès, c’est la danse et l’éloquence du mouvement par lui-même…

Dans un cas comme dans l’autre cependant, il était difficile de discerner une suite logique dans cette foultitude de tableaux et d’images semblant assemblées "au petit bonheur la chance", ce qui nuisait au déchiffrage et à la compréhension de l’œuvre dans sa globalité. Mais, à bien y réfléchir, y avait-il réellement une volonté de logique dans l’élaboration de ces œuvres ?

J.M. Gourreau


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Jour et nuit - Photo Nicolas Joubert

Jour et nuit / Catherine Diverrès, MAC Créteil, 13 et 14 février 2019, dans le cadre du festival "Faits d’hiver" ;

Cocagne / Emmanuelle Vo-Dinh, Théâtre National de la Danse Chaillot, du 12 au 14 février 2019.