Faizal Zeghoudi / Le Sacre du printemps / Institut du monde arabe / Février 2013

Faizal Zeghoudi / Le Sacre du printemps / Un chorégraphe qui a de la suite dans les idées

zeghoudi-f-le-sacre-du-printemps-05-institut-du-monde-arabe-08-02-13.jpg

zeghoudi-f-le-sacre-du-printemps-06-institut-du-monde-arabe-08-02-13.jpg

 

 

 Le Sacre du Printemps

Ph. J.M. Gourreau

 

 

 

Faizal Zeghoudi :

 

Un chorégraphe qui a de la suite dans les idées

 

 

Avec Le Sacre du printemps, Faizal Zeghoudi, chorégraphe d’origine algérienne, poursuit son petit bonhomme de chemin avec courage et détermination, bousculant les tabous et les règles d’esthétisme de ses pairs, sans se soucier du « Qu’en dira t’on ». En 1998 déjà, avec Les épousées, il abordait sans ambiguïté aucune et de façon crue pour l’époque les rapports de la femme à sa féminité, mettant entre autres en scène le corps nu d’un danseur s’unissant à l’image projetée d’une danseuse, elle aussi totalement nue. Défi quand on sait qu’à l’époque, la guerre du tchador et du nikab faisait rage et que danser nu était condamné par le Coran... Cette œuvre fut suivie, quelques années plus tard, de trois autres de la même veine, Le Chant de la gazelle, Hammam et Délit de fuite, dans lesquelles le chorégraphe poursuivait sa lutte contre la domination politique, économique, sociale et culturelle de son pays, afin d’inciter petit à petit à s’en affranchir. Son Sacre du printemps, sous-titré Le cri de l’indépendance, a été créé en 2009 pour le festival Iberoamericano de Bogota pour célébrer l’indépendance de la Colombie. A l’origine, l’œuvre de Stravinsky évoquait la destinée d’une jeune fille élue devant danser jusqu’à la mort pour permettre à la terre, le printemps venu, de renaître. Zeghoudi quant à lui, détournant ce propos, choisit de sacrifier l’élu pour sauver son clan au nom de ses ancêtres, suite logique des idées qu’il avait mises en scène dans ses précédentes œuvres. Sa chorégraphie pour six danseurs et une danseuse, assez sauvage et animale, suit de très près les rythmes de la partition ; mais elle n’en a pas la force, peut-être du fait du petit nombre d’interprètes mais, surtout, de par son manque d’unité. Cependant, sur le plan scénographique, l’œuvre qui évolue crescendo atteint son expressivité maximale lors de sa phase terminale, le chorégraphe ayant saisi l’intérêt et l’importance de mettre son héros à nu au centre d’un cercle de congénères agressifs, donc dans une position de fragilité extrême inspirant la compassion. Finalement, le chorégraphe avait tout de même atteint son but...

En première partie du programme, une œuvre radicalement différente, destinée davantage aux jeunes spectateurs. Les cerfs enchantés est en effet une pièce s’appuyant sur un conte de fées symbolisant le passage de l’enfance à l’âge adulte et à la liberté, en rejetant toutes les valeurs du passé. Si le décor et les lumières restituent bien l’atmosphère mystérieuse de la forêt, la chorégraphie, un peu confuse et manque de force et de tempérament, ne s’avèrant pas tout à fait à la hauteur de ce que l’on aurait pu attendre d’un tel sujet. Dommage !

J.M. Gourreau

 zeghoudi-f-les-cerfs-enchantes-10-institut-du-monde-arabe-08-02-13.jpgzeghoudi-f-les-cerfs-enchantes-01-institut-du-monde-arabe-08-02-13.jpg

 

 

  Les cerfs enchantés

  Ph. J.M. Gourreau

 

Le Sacre du printemps et Les cerfs enchantés / Faizal Zeghoudi, Institut du Monde Arabe, Paris, 8 et 9 février 2013.