François Ben Aïm / Peuplé

François Ben Aïm / Peuplé, dépeuplé, qui je fus / L'adieu au passé

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Photos J.M. Gourreau

 

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François Ben Aïm:

L'adieu au passé

 

Il a l'agilité de la gazelle et la souplesse du félin. Il, c'est François Ben Aïm qui, avec Peuplé, dépeuplé, inaugure son premier solo, une œuvre étonnante où il est question de solitude et d'enfermement mais qui s'avère en fait une sorte d'autoportrait en mouvement, au sein duquel son passé, un long fleuve tranquille toutefois semé d'embûches, est émaillé de quelques fulgurances qui surgissent subrepticement comme autant de petites éruptions volcaniques venant troubler la quiétude des lieux.

Imaginez une sorte de damier en relief où les cases blanches seraient des cubes, tous de hauteur différente, soigneusement disposés à égale distance les uns des autres comme des colonnes de Buren carrées. Imaginez un homme solitaire sautant de l'une à l'autre comme un cabri dans son enclos ou, mieux, comme un courant électrique parcourant un circuit imprimé, sautant d'une borne à l'autre à la vitesse de l'éclair ou, mieux encore, les ondes cérébrales dans les circonvolutions d'un cerveau, alternant phases de réveil et de sommeil... C’est donc avec une étonnante légèreté sur les flots d’énergie et pulsations rythmiques obsédantes du batteur Emmanuel Scarpa et du guitariste Frédéric Chiffoleau sur scène que François Ben Aïm révèle un personnage jovial au parcours physique certes un peu répétitif, toutefois émaillé de fulgurances furtives qui émergent comme autant de traces de lui-même, de fantômes à exorciser. Autant de vibrations, de pulsations qui sourdent et jaillissent sur un terrain de jeu labyrinthique aux plans multiples, dévoilant les diverses facettes d’un être débordant de vitalité, de dynamisme, de chaleur et d’audace, malgré la solitude dans laquelle il se trouve enfermé, prisonnier de son parcours. Un spectacle un peu atypique par conséquent témoignant, à l’aube d’un passage vers un éventuel renouveau, du besoin de faire le point sur son passé par le truchement d’un portrait entre résistance et regrets auxquels, finalement, on aurait pu s’attendre.

J.M. Gourreau

Peuplé, dépeuplé / François Ben Aïm, Théâtre de Rungis, 3 mai 2016.