François Veyrunes / Résonance / Théâtre de Châtillon / Janvier 2022

  • François Veyrunes / Résonance / L'arbre qui cache la forêt

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    Photos J.M. Gourreau

    François Veyrunes :

    L’arbre qui cache la forêt

     

    Veyrunes francois chatillon sous bagneux 31 01 22Résonance est un spectacle réellement fascinant, à priori aisément lisible par tout le monde et qui pourrait se dérouler entre ciel et mer au sein d’une roselière ou, même, dans la mer, à faible profondeur, au milieu d’un parterre de posidonies agitées par les vagues déchaînées d’une tempête, les algues ou les roseaux ayant pris l’apparence d’êtres humains. L’on ne se lasse pas en effet de contempler les images aussi diverses que variées que nous offrent ces êtres végétaux qui ont pris une apparence humaine et qui ploient leur tiges, ondulent de tous leurs appendices, se contorsionnent, s’enlacent, s’étreignent, s’entrecroisent, se tordent, se nouent puis se relâchent indéfiniment, tantôt dans une harmonie la plus parfaite, tantôt dans une lutte qui n’aurait d’issue que la mort. Tout se passe au ralenti, comme pour mettre en valeur la fantastique puissance de la nature, la force destructrice des éléments déchaînés, et nous permettre d’analyser, de décortiquer les mécanismes capables de ronger, voire de détruire progressivement tout notre univers ou, au contraire, de montrer que les algues, les roseaux, les lianes, les arbres peuvent, eux aussi, vivre en communauté, voire en symbiose avec d’autres êtres vivants. Les circonvolutions dont ils font preuve sont d’une sophistication rare mais aussi d’une beauté surnaturelle, et tout l’art de François Veyrunes est d’avoir su les traduire par des lignes d’une magnificence inégalée. Il faut bien avouer que bien peu de danseurs possèdent les aptitudes nécessaires pour sublimer une telle chorégraphie truffée de portés acrobatiques, d’enlacements serpentesques et de difficultés techniques tant en l’air qu’au sol, enchaînées dans un aussi court laps de temps. Mais l’éclectisme de ses interprètes est remarquable et chacun des sept artistes de la compagnie, danseur, rappeur, hip-hoppeur, acrobate ou circassien, excelle dans sa spécialité. Il n’en est cependant pas moins fort habile d’avoir pu mettre tout ce petit monde à l’unisson, et c’est davantage cette prouesse artistique qui a retenu l’attention de la plupart des spectateurs, lesquels n’ont pu qu’entrer en communion avec cet univers, le nôtre, trop souvent malmené.

     

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    Mais voilà : était-ce vraiment le message qu’avait souhaité délivrer le chorégraphe dans ce second volet de sa trilogie Humain trop humain, lequel a débuté avec Outrenoir en 2019 et qui s’achèvera avec Emergence, sans doute en 2024 ? Lorsqu’on l’interroge sur la signification du titre de son œuvre, François Veyrunes nous répond s’être mis en relation avec le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa dont la pensée met en son centre les concepts d’accélération de notre rythme de vie et de résonance, une façon de se connecter au monde en se débranchant de ce qui nous éloigne. « Cataclysmes et tragédies s’enchaînent comme s’enfilent les perles sur un collier depuis l’aube de l’humanité, nous rappelle le chorégraphe, et les relations hiérarchiques implicites entre les hommes et la Nature sont des positions de surplomb. Le fait de vouloir tout atteindre, tout maîtriser, tout exploiter est révélateur d’un besoin inextinguible de la toute puissance de l’Homme, artisan de sa propre destruction ». C’est donc en tant que témoin des turpitudes de ce monde que François Veyrunes, amoureux de toute forme de vie et des beautés d’une nature qui a mis des millions d’années pour se construire, tente de nous faire saisir la manière dont nous la détruisons, certes aussi lentement que sûrement, en portant son attention sur ses causes plutôt que sur ses effets, ce sous les injonctions musicales de François Veyrunes et d’Arvo Pärt.

    J.M. Gourreau

    Résonance / François Veyrunes, Châtillon-sous Bagneux, 31 janvier 2022, dans le cadre du festival Faits d’Hiver.

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