Françoise Tartinville / Emulsion cobalt / L'Etoile du Nord / Novembre 2014

Françoise Tartinville / Emulsion cobalt / L'univers masculin vu du côté féminin

 

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Photos J.M. Gourreau


Françoise Tartinville :

L’univers masculin vu du côté féminin

 

C’est d'abord un indéfinissable parfum de mystère auréolant le plateau durant toute la représentation qui émane du dernier spectacle de Françoise Tartinville, Emulsion cobalt. Et pourtant, le sujet de cette nouvelle pièce n’a rien de réellement mystérieux puisque la chorégraphe évoque une fois encore, au travers de cette œuvre pour trois danseurs, de nouvelles facettes de sa vision de l’univers masculin, entre autres certaines des relations que les hommes peuvent avoir entre eux. Emulsion cobalt est en effet le troisième volet d’un triptyque qui avait vu le jour avec Intérieur crème en 2010, et qui s’est poursuivi par Blanc brut en 2012. Ce qui est intéressant chez cette jeune chorégraphe est que son travail ne se limite pas à une simple description de ce qui transparait de prime abord du caractère des personnages qu'elle met en scène et des polarités qui s'opposent mais il évoque aussi tous les petits à-côtés "border line" de leur existence, ceux qui se trouvent à la frontière entre les deux univers et qui, souvent, restent dans l'ombre. Des "clins d’œil aux fantômes de l’histoire" qu'elle dépeint poétiquement et qu’elle distille à différents instants fort judicieusement choisis de son œuvre.

Ainsi se superposent souvent plusieurs plans, l'un mettant en avant le caractère princeps d'un personnage et l'autre, à l'arrière, étant dévolu à l'anecdote. La composition chorégraphique se déroule comme un tableau animé avec ses premiers plans et ses arrières plans, deux actions cheminant parfois simultanément, ce que l'on peut retrouver dans le Déjeuner sur l'herbe de Manet dont elle s'est inspirée. On peut d'ailleurs déceler dans cette pièce plusieurs allusions à d'autres peintres ou sculpteurs, tels Andrea Mantegna, Andy Warhol, Pierre Bontemps… La chorégraphe parvient ainsi à brosser des portraits bien typés, parfois diamétralement opposés, souvent fragiles, déconstruisant des images toutes faites, mettant en avant certains côtés gauches ou humoristiques, voire lyriques ou romanesques de l'homme. Mais ils sont toujours empreints d’un zeste de douceur et d’attention et toujours chargés d’une grande émotion. Bien sûr, on trouvera le dominateur, type James Bond avec son pistolet et son armure, apanages de la virilité, lequel se pavane en toisant les autres et en roulant des mécaniques ; bien sûr, certains objets symboliques comme la ceinture ou la tasse de café sont mis en avant mais ce sont peut-être eux qui donnent à l'œuvre ce petit côté surréaliste extrêmement séduisant. La chorégraphie quant à elle, qui met en œuvre des attitudes sculpturales d’une grande beauté plastique, est harmonieuse fluide, instinctive, toujours directe et signifiante, même si, parfois, elle peut paraître un peu répétitive. Mais peut-être est-ce pour mieux marquer ce que son auteur cherche à mettre en exergue ? Bref, Emulsion cobalt est une œuvre pleine de sous-entendus qui mérite d'être revue à plusieurs reprises pour en saisir et décrypter les multiples facettes.

J.M. Gourreau

Emulsion cobalt / Françoise Tartinville, L'Etoile du Nord, 21 et 22 novembre 2014, dans le cadre du festival "Avis de turbulences # 10".