Gilles Jobin / Quantum /Théâtre de la Cité Internationale / Novembre 2013

Gilles Jobin / Quantum / Milieu brownien

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Photos J.M Gourreau

Gilles Jobin :

Milieu brownien

 

Gilles Jobin serait-il un adepte de Trisha Brown ou bien, plutôt, de Robert Brown, le père du célèbre mouvement brownien, mouvement aléatoire d'une particule immergée dans un fluide qui ne serait soumise à aucune interaction autre que les chocs avec les petites molécules de son milieu environnant ? Entre les deux, mon cœur balance, comme l'évoque si élégamment cette vieille comptine française... Car, Quantum, pièce née de la résidence du chorégraphe et du scénographe au CERN de Genève, le plus grand laboratoire européen de recherche sur la physique des particules nucléaires, est une œuvre totalement abstraite qui navigue et évolue dans un milieu analogue à celui des électrons. Les danseurs, animés de mouvements continus totalement aléatoires qui se construisent et se déstructurent dans la plus parfaite harmonie, donnent par moments l'impression de défier les lois de la pesanteur et de flotter dans l'espace tout en décrivant de fort gracieuses volutes. Et lorsqu'il leur arrive de se heurter, c'est pour rebondir calmement avec volupté et souplesse, à l'image de ballons de caoutchouc multicolores poussés les uns contre les autres par des enfants qui s'ébattraient joyeusement dans un parc d'attractions. Ou, au contraire, pour s'agripper et se coller les uns aux autres en se figeant quelques courts instants, formant alors une chaîne qui s'étire et se tord comme des algues au fond d'un ruisseau, dans un mouvement continu du plus gracieux effet.

Si l’œuvre évoque le mouvement brownien, elle n’est pas sans faire penser non plus à certaines pièces de Trisha Brown, cette pionnière de la danse contemporaine qu’il nous a été donné de revoir tout récemment au Théâtre de la Ville : on se rend très vite compte que, sur le strict plan de la construction chorégraphique, Quantum est de la même veine. Mais, si les pièces de Trisha relèvent de la plus parfaite abstraction, celles du chorégraphe suisse, bien qu’aboutissant à un résultat similaire, s’appuient sur un support argumentaire, reflet d’un mouvement observé et analysé par les physiciens... et les danseurs !

Quoiqu’il en soit, au final, voilà une œuvre fort agréable à contempler et d’une longueur juste suffisante pour nous envoûter sans jamais générer d’ennui.

J.M. Gourreau

Quantum / Gilles Jobin, Théâtre de la Cité Internationale, du 4 au 8 novembre 2013, dans le cadre du programme New Settings de la fondation d'entreprise Hermès.