Gyohei Zaitsu & Maki Watanabe / La création du monde / Théâtre du temps / Février 2017

Gyohei Zaitsu & Maki Watanabe / La création du monde / Un nouveau lieu pour la danse butô ?

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Photos J.M. Gourreau

 

Maki Watanabe & Gyhoei Zaitsu:

Un nouveau lieu pour la danse butô ?

 

Nous avons déjà eu l'occasion à différentes reprises d'évoquer la programmation de plusieurs spectacles de danse butô* dans ce petit théâtre sis aux fins fonds du 11ème arrondissement de Paris, très exactement au N° 9 de la rue du Morvan, le Théâtre du temps. Une toute petite salle bien méconnue mais fort chaleureuse, comme il en existe toute une pléiade bien cachées dans différents recoins de notre capitale. Un lieu, il est vrai, qui ne peut qu'accueillir qu'une cinquantaine de spectateurs et qui ne dispose que d'une scène d'une dizaine de mètres carrés, surface largement suffisante pour ce genre de spectacles qui nécessite bien souvent une promiscuité très étroite entre les artistes et le public.

les premiers spectacles de butô dans cette salle ont été programmés l'année dernière par l'acousmaticien** Michel Titin-Schnaider. Devant le succès de ces représentations, ce dernier proposa au théâtre de reconduire cette année ces spectacles en les programmant chaque 1er jeudi de chaque mois, de février à juin, sous le nom de "Palimpseste 17.X". Cette manifestation, qui faisait suite au festival "En chair et en son", débuta le 2 février avec la création d'une pièce de 1984 dansée par Gyohei Zaitsu et Maki Watanabe sur la célèbre œuvre de l'acousmaticien Bernard Parmegiani, La création du monde, une composition de 75 minutes en trois parties, les deux premières, Lumière noire et Métamorphose du vide étant dansées par Gyohei Zaisu et la troisième, Signes de vie, par Maki Watanabe.

Il semblerait que Zaitsu ait bâti le début de sa performance sur le big-bang ayant précédé la formation du nouveau monde, son jeu d'acteur violent très proche de la folie illustrant parfaitement la rêverie musicale de Parmegiani. Sa gestuelle, réaction viscérale aux sons et vibrations de la musique, d'une très grande richesse et d'une non moins grande expressivité, tenait en haleine les spectateurs subjugués. La seconde partie de son solo axée sur La métamorphose du vide faisait écho à la pensée du compositeur pour lequel "l’ébauche d’une organisation donne lieu à des oppositions ou des convergences de forces, à une dynamique de la matière à l’état naissant, puis évoluant vers des formes encore fra­giles et constamment avortées. Quelque chose devient forme, chaleur, lumière, mouvement, vibrations corpuscu­laires anarchiques. Tout est "énergie d’exis­tence".

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La prestation de Maki sur Les Signes de vie qui lui succédait était quant à elle d'une toute autre facture, empreinte de beaucoup plus de calme et de sérénité. Ce solo, axé sur l'espoir de voir un monde meilleur renaître et se reconstruire, m'a évoqué le solo de Kazuo Ohno dans La Argentina: un solo de butô blanc, diamétralement opposé à la prestation de butô noir de Gyohei Zaitsu, ce qui rendait l'œuvre d'autant plus intéressante car elle présentait les deux facettes de cet art. Pour d'autres au contraire, il y avait dans sa danse une sorte de violence contenue dans l'errance, une "force de vie "qui cherchait à s'extérioriser et s'exprimer, qui "souffrait" pour y parvenir...

J.M. Gourreau

* cf. Comme ça de Maki Watanabe du 1er au 6 avril 2016 dans le cadre de la manifestation Palimpseste#5.

** compositeur de musique dite acousmatique, c'est à dire d'une musique que l'on entend sans en voir ni en connaître la source.