Israel Galván / La Curva / Théâtre de la Ville / Janvier 2012

Israel Galvan / La Curva / Un flamenco futuriste

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 Photos Felix Vazquez

 

 

Israel Galván :

 

Un flamenco futuriste

 

Est-ce encore vraiment du flamenco ? Si l’on en croit l’encyclopédie qui indique qu’il s’agit d’un genre musical et d’une danse créés par le peuple gitan andalou sur la base d’un folklore populaire issu de diverses cultures s’épanouissant au fil des siècles en Andalousie, alors on peut dire que la pièce qu’Israel Galván vient de présenter au public du Théâtre de la Ville, La Curva, est réellement du flamenco. Pourtant, celle-ci n’a pas grand chose de commun avec le flamenco traditionnel tel que nous l’ont fait découvrir un Antonio Gadès, une Carmen Amaya ou une Cristina Hoyos. Encore que l’intensité et la gravité du chant bouleversant de la gitane Inés Bacan et l’extraordinaire zapateado d’Israel Galván puissent y faire allusion et le laisser penser. Mais, à l’image de Vicente Escudero qui, au siècle dernier, rompit avec la tradition pour édifier un spectacle avant-gardiste mêlant jazz et flamenco, Israel Galván prit le parti d’en détourner le style tout en en gardant en partie l’écriture, y apportant un nouveau souffle. Plus de guitare mais le piano préparé de Sylvie Courvoisier, aux accents délibérément contemporains et futuristes. Très à l’aise, cette compositrice suisse d’une prodigieuse virtuosité embarqua le bailaor sévillan dans un univers affranchi de la tradition, au sein duquel le mouvement était tantôt nerveux, vif, brutal, presque cataclysmique, tantôt suspendu, plein de retenue, calculé. Un univers totalement personnel, parfois un peu mystérieux, comme dans ce long passage où il foule nerveusement le sol qu’il a recouvert d’un tapis de talc, à l’image d’un cheval rétif qui refuse d’avancer dans les eaux tumultueuses d’une rivière aux flots argentés qui s’ouvrirait devant lui mais qui finirait par l’engloutir. Un univers à double facettes, que d’aucuns trouvent attachant, de par l’énergie prodigieuse qui se dégage de ce quatuor très soudé, formé par un danseur éclatant, une pianiste débridée, une cantaora au chant profond et chaleureux, et un inénarrable rythmicien en la personne de Bobote aux compas ; mais aussi un univers que d’autres trouvent, en revanche, crispant, du fait de ses accents pianistiques déstabilisants, voire dérangeants, et d’une danse déstructurée, inhabituelle pour un spectacle de flamenco, car fortement chargée d’influences nouvelles et avant-gardistes.

J.M. Gourreau

 

La Curva / Israel Galván, Théâtre de la Ville, Janvier 2012.

Israel Galván / La Curva / Un flamenco futuriste

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Photos Felix Vazquez

 

 

 

Israel Galván :

 

Un flamenco futuriste

 

Est-ce encore vraiment du flamenco ? Si l’on en croit l’encyclopédie qui indique qu’il s’agit d’un genre musical et d’une danse créés par le peuple gitan andalou sur la base d’un folklore populaire issu de diverses cultures s’épanouissant au fil des siècles en Andalousie, alors on peut dire que la pièce qu’Israel Galván vient de présenter au public du Théâtre de la Ville, La Curva, est réellement du flamenco. Pourtant, celle-ci n’a pas grand chose de commun avec le flamenco traditionnel tel que nous l’ont fait découvrir un Antonio Gadès, une Carmen Amaya ou une Cristina Hoyos. Encore que l’intensité et la gravité du chant bouleversant de la gitane Inés Bacan et l’extraordinaire zapateado d’Israel Galván puissent y faire allusion et le laisser penser. Mais, à l’image de Vicente Escudero qui, au siècle dernier, rompit avec la tradition pour édifier un spectacle avant-gardiste mêlant jazz et flamenco, Israel Galván prit le parti d’en détourner le style tout en en gardant en partie l’écriture, y apportant un nouveau souffle. Plus de guitare mais le piano préparé de Sylvie Courvoisier, aux accents délibérément contemporains et futuristes. Très à l’aise, cette compositrice suisse d’une prodigieuse virtuosité embarqua le bailaor sévillan dans un univers affranchi de la tradition, au sein duquel le mouvement était tantôt nerveux, vif, brutal, presque cataclysmique, tantôt suspendu, plein de retenue, calculé. Un univers totalement personnel, parfois un peu mystérieux, comme dans ce long passage où il foule nerveusement le sol qu’il a recouvert d’un tapis de talc, à l’image d’un cheval rétif qui refuse d’avancer dans les eaux tumultueuses d’une rivière aux flots argentés qui s’ouvrirait devant lui mais qui finirait par l’engloutir. Un univers à double facettes, que d’aucuns trouvent attachant, de par l’énergie prodigieuse qui se dégage de ce quatuor très soudé, formé par un danseur éclatant, une pianiste débridée, une cantaora au chant profond et chaleureux, et un inénarrable rythmicien en la personne de Bobote aux compas ; mais aussi un univers que d’autres trouvent, en revanche, crispant, du fait de ses accents pianistiques déstabilisants, voire dérangeants, et d’une danse déstructurée, inhabituelle pour un spectacle de flamenco, car fortement chargée d’influences nouvelles et avant-gardistes.

J.M. Gourreau

 

La Curva / Israel Galván, Théâtre de la Ville, Janvier 2012.