Jan Fabre / Preparatio mortis / Théâtre de Gennevilliers / Novembre 2012

Jan Fabre / Preparatio mortis / Hommage à la vie

Jan Fabre : 

phoca-thumb-l-jan-fabre-preparatio-mortis-1-photo-20wonge-bergmann.jpg phoca-thumb-l-jan-fabre-preparatio-mortis-2-photo-20wonge-bergmann.jpg

 

 

 Photos W. Bergman

                                                                                                          

Hommage à la vie

 

Jan Fabre à toujours éprouvé une attirance particulière pour le morbide et la mort, un sujet tabou et angoissant pour la plupart d’entre nous. Le décès récent, à six mois d’intervalle, de ses parents qu’il vénérait particulièrement lui a inspiré un étonnant solo pour l’une de ses meilleures interprètes, Annabelle Chambon, œuvre dérangeante mais moins iconoclaste que certaines autres, un voyage au delà de la mort qui nous incite cependant à mesurer et déguster les plaisirs que nous offre la vie.

Comme pour mieux le préparer ou le mettre en condition à une cérémonie mortuaire, le spectateur est placé de longues minutes dans le noir le plus complet tandis que retentissent d’enveloppantes sonorités célestes d’un orgue. Lorsque la lumière timidement jaillit, celui-ci se trouve devant une tombe et ses abords, entièrement couverts de fleurs multicolores. Tapis qui, d’ailleurs, laisse exhaler un suave et pénétrant parfum perçu bien avant que le rideau ne s'entrouvre. Tout semble immobile lorsque, soudain, une main puis un bras, une tête, deux jambes et, enfin, un corps tout entier, celui d’une jeune femme d’une grande beauté, émergent du sarcophage, écarquillant sans ménagement les gerbes, pour finir par se laisser choir lentement sur le sol. Son visage est impassible, étrangement absent. Résurrection qui, curieusement, trouve son aboutissement dans un accès de rage - celle d’avoir été fauchée dans la fleur de l’âge sans qu’il lui ne soit possible de réagir peut-être, - l'iconoclaste entamant avec hargne une danse bestiale, piétinant et écrasant ce champ multicolore divin, anéantissant en quelques minutes toute vie autour d’elle. Spectacle qui, à sa création, devait être d’autant plus poignant qu’il était présenté dans une chapelle en Avignon…

Un nouveau noir permet au spectateur de se retrouver devant le cercueil, cage de verre transparente dans laquelle se tient, couchée, lovée sur elle même, la jeune fille entièrement nue. On pourrait la croire morte mais elle respire, son haleine couvrant les parois de buée. L’atmosphère est cependant glaciale. Sur les parois du cercueil, une inscription en lettres blanches: 17 janvier 1975. Sa date de naissance ou celle de sa mort ? Après s'être tournée et retournée, elle se redresse subitement et entame une danse vive, violente, célébrant la renaissance de la vie avec ses désirs, ses joies, ses amours, ses moments d’intense bonheur, sous les accents poignants de l’orgue de Bernard Foccroulle. Instants éphémères car, bien vite, la mort viendra à nouveau la cueillir, cette fois pour l’éternité.

J.M. Gourreau

 

phoca-thumb-l-jan-fabre-preparatio-mortis-6-photo-20wonge-bergmann.jpg

Preparatio mortis / Jan Fabre, Théâtre de Gennevilliers, du 30 novembre au 2 décembre 2012.