Jean-Guillaume Bart / La Belle au bois dormant / Yacobson Ballet / Créteil / Février 2019

Jean-Guillaume Bart / Yacobson Ballet / La Belle au bois dormant / Une vraie cure de jouvence pour La Belle

 

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Anna Skvortsova dans le rôle de la fée Lilas

Jean-Guillaume Bart :

Une vraie cure de jouvence pour La Belle

 

Premiere de la belle au mariinky le 15 01 1890Voilà une œuvre sublime qui fait honneur au Yacobson Ballet. Chef d’œuvre du classicisme, La Belle au bois dormant de Marius Petipa d’après le conte de Charles Perrault sur la musique éponyme de Tchaïkovski est sans doute, avec Giselle et Le Lac des cygnes, l’un des ballets les plus célèbres du répertoire romantique. Créé le 15 janvier 1890 sur la scène du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, cette œuvre n’a connu pas moins d’une vingtaine de versions, et il était logique que le Yacobson Ballet, précisément basé à Saint-Pétersbourg, l’inscrive lui aussi à son répertoire. Pour ce faire, il a fait appel au chorégraphe français Jean-Guillaume Bart, ex-danseur étoile et professeur à l’Opéra National de Paris, pour remonter cette Belle, ballet qui lui valut d’ailleurs ses galons d’étoile dans la version de Noureev, le 5 janvier 2000.

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Photos J.M. Gourreau - Image en encart : Première de la Belle au Mariinky le 15.01.1890

Jean-Guillaume Bart mit fin à sa carrière de danseur en 2008 pour se consacrer au professorat et à la création chorégraphique. Ses premières grandes œuvres, Le Diable à Quatre (2001), Javotte (2001) ou encore Bergamasques (2006) remportent un franc succès. En 2011, à l’instar de Pierre Lacotte, il remonte pour l'Opéra de Paris La  Source sur une partition de Léo Délibes, ballet du XIXe siècle très vite tombé dans l'oubli et pour  lequel il ne reste que très peu d'archives. C’est quelque temps plus tard, au cours d’une tournée en Russie qu’il fait la connaissance d’Andrian Fadeev, directeur artistique du Yacobson Ballet qui lui demande de remonter La Belle au bois dormant. Un véritable défi pour une troupe d’une soixantaine d’artistes lorsque l’on sait que l’œuvre originale en comportait plus du double ! Ce ballet, qui évoque le conflit entre le Bien, incarné par la fée Lilas, et le Mal, par la fée Carabosse, est en effet le plus long jamais réalisé par Tchaïkovski : il s’étend sur presque quatre heures et est donc souvent abrégé lors de ses représentations sur scène. Tel a été également le parti pris, ici, par Jean-Guillaume Bart qui a basé sa chorégraphie sur celle, originelle, de Marius Petipa. Ainsi a t’il coupé des numéros entiers, telle la mazurka paysanne du deuxième acte, ainsi que certaines variations comme celles de l'Ogre et du Petit Poucet mais il a, en revanche, conservé celles du Petit Chaperon rouge (interprétée par Daria Belova) et de Cendrillon (dansée par Anna Seegeva), cette dernière n’étant presque jamais donnée, surtout en entier. En outre, si dans plusieurs autres versions, le rôle de Carabosse est dévolu à un homme, le chorégraphe a rétabli ici la conception originelle, conférant ce rôle à une femme. Or, il faut avouer que Svetlana Golovkina y est réellement fascinante et machiavélique à souhait.

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Toutefois, si le canevas s’avère quasiment identique à l’original, Bart a souhaité rendre à l’œuvre son côté narratif et sa lisibilité initiale perdus au fil des versions qui se sont succédées dans le temps : celles-ci en effet privilégiaient la performance et les prouesses techniques des variations au détriment de la cohérence du conte et de l’importance de chacun des personnages au sein de l’histoire. Plus qu’à modifier la chorégraphie en y incorporant et en y mettant en valeur ses propres idées, le chorégraphe s’est donc appliqué à redonner une signification logique aux ports de tête et ports de bras, lesquels n’avaient pas fait l’objet de notations particulières à l’époque, conférant un sens réel à chaque geste et rendant de ce fait aux corps une manière de se mouvoir réellement évocatrice. Ce qui facilitait grandement le spectateur à plonger à son tour dans le rêve. « Chaque geste, nous dit-il, veut dire quelque chose et porte une intention, dans la plus pure tradition. Chaque port de bras doit être porteur d'un message. Si le corps est en avant ou en arrière, cela n'a pas la même signification, il faut le comprendre. Ça ne devient pas spectaculaire, ça devient magique ». Quoiqu’il en soit, le message a été parfaitement perçu et les danseurs, tous autant les uns que les autres, en particulier la princesse Aurore (Alla Bocharova), le prince Désiré (Andrey Sorokin) et la fée Lilas (Anna Skvortsova dans la version qu’il m’a été donné de voir), se sont montrés incarner leur personnage à la perfection, même si l’on pouvait parfois leur reprocher quelques petits défauts techniques. Mais n’est pas étoile du Bolchoï ou du Kirov qui veut…

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Il faut aussi et surtout souligner que ce spectacle n’aurait rien été sans la magnificence des costumes, l'harmonie de leurs couleurs et le faste des décors signés Olga Shaishmelashvilli, lesquels, bien que constitués de simples tentures peintes pour faciliter leur transport, conféraient à ce ballet un côté magique fascinant de par leur esthétisme et la sobriété de leurs tons, mettant parfaitement en valeur la mise en scène et la chorégraphie. Un vrai régal.

J.M. Gourreau

La Belle au bois dormant / Jean-Guillaume Bart et le Yacobson Ballet, Maison des arts de Créteil, 6 & 7 février 2019.

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Ce ballet a été créé en octobre 2016 en Russie par le Yacobson Ballet. En France, il a fait l’objet de deux tournées par cette même compagnie, entre autres le 6 décembre 2016 à l’Espace Michel Simon de Noisy le Grand, le 9 décembre 2016 à l’Opéra de Massy (cf. ma critique à cette date), le 15 décembre 2016 à l’Opéra de Saint-Quentin en Yvelines, le 24 janvier 2018 à la Maison de la Danse de Lyon, le 3 février 2018 au Cratère à Alès, le 27 février 2018 au théâtre d’Angoulême et, tout dernièrement, le 8 janvier 2019 à Saint-Etienne, le 29 janvier 2019 à Arcachon et le 2 février 2019 à l’Opéra de Reims.

Les prochaines représentations de cette Belle au bois dormant auront lieu le 10 février à Neuilly / Seine, le 12 février à Saint-Germain en Laye, le 14 février à Noisy-le-Grand ainsi que les 14 et 15 mai 2019 à Sénart.

 

Loire indre usse3 tango7174 copieLoire indre usse4 tango7174 copieLe saviez-vous ?   Charles Perrault se serait inspiré du château d'Ussé pour écrire le conte

de La Belle au bois dormant. Le château y a d'ailleurs installé une mise en scène le long

du chemin de ronde à l'aide d'un ensemble de statues de cire. On peut entre autres y voir

une maquette représentant la princesse Aurore se piquant le doigt au fuseau de la sourde.