José Montalvo / Don Quichotte du Trocadéro / Palais de Chaillot / Janvier - Février 2013

José Montalvo / Don Quichotte du Trocadéro / Un Don Quichotte à la sauce hip-hop

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José Montalvo :

 

Photos P. Berger


Un Don Quichotte à la sauce hip-hop

 

 Avec Montalvo, on est sûr d’effectuer un voyage aussi fantaisiste que farfelu, plein de gaieté, d’entrain et de joie de vivre. Sa dernière création, Don Quichotte du Trocadéro, nous en apporte une nouvelle preuve. Tout le monde connaît le roman de Miguel de Cervantès, Don Quichotte, dont le héros se bat vainement contre des moulins à vent. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que les aventures de cet hidalgo idéaliste ont inspiré à ses contemporains de nombreux romans, films, pièces de théâtre, opéras, comédies musicales et, aussi, ballets. C’est Marius Petipa qui, le premier, créa en décembre 1869 un ballet éponyme en 4 actes sur une musique de Minkus. L’œuvre a fait, depuis lors, l’objet de nombreuses reprises, entre autres celle de Noureev à l’Opéra de Paris.

De la pièce initiale, Montalvo n’a gardé que les moulins, Rossinante et, bien évidemment, les personnages de Don Quichotte et de son valet un peu niais, Sancho Pança. Ainsi que celui de Cervantès qu’il a transformé en vieux monsieur plein de sagesse et de sérénité, supervisant avec bonhomie l’évolution de ses personnages. L’histoire (mais y en a t’il vraiment une ?) se déroule non seulement au Trocadéro, fief depuis 2008 de Montalvo, mais dans tout Paris, plus précisément dans le métro. En fait, le chorégraphe et son chevalier errant nous emmènent faire un tour du monde des différents styles de danse car, si l’on retrouve bien quelques uns des pas et variations totalement classiques du Don Quichotte de Petipa ou, du moins, ce qui nous en a été transmis, – d’ailleurs magnifiquement remontés par Carole Arbo, ex-étoile de l’Opéra de Paris – on trouve aussi nombre de variations originelles à la sauce hip-hop, c'est-à-dire « arrangées » (tant par le chorégraphe que les interprètes, tous judicieusement triés sur le volet, et qui n’ont pas manqué d’y mettre aussi leur griffe…) jusqu’à les rendre méconnaissables par l’utilisation du langage hip-hop. En outre, Montalvo nous a également concocté quelques espagnolades avec force claquettes et castagnettes, ainsi qu’un étonnant solo de zapateado. Clin d’œil à sa mère, illustre danseuse de flamenco peut-être ou, tout simplement, à Cervantès ? C’est évidemment le hip-hop qui a la part belle dans cette réalisation et qui est très fréquemment mis en parallèle tant avec la danse classique qu’avec la danse moderne ou le flamenco, engendrant généralement des pastiches d’une drôlerie irrésistible. C’est en cela que réside d’ailleurs l’originalité de cette œuvre. Il faut dire que Sayem, arrangeur-compositeur de talent, qui s’est bien sûr servi de la partition originale de Minkus, n’y est évidemment pas pour rien…

Mais le plus étonnant dans l’histoire, ce sont les projections vidéo auréolant le spectacle, art de l’illusion dans lequel Montalvo est réellement passé maître. Ainsi voit-on des cavaliers monter leurs chevaux dans les stations de métro, un moulin se transformer en Sancho Pança ventripotent, les affiches publicitaires du métro s’animer pour délivrer des messages politico-sociaux de bon aloi… La commedia dell’arte ressuscitée ! Bref, une œuvre magique, très enlevée, construite avec beaucoup d’intelligence, un fabuleux remède contre la morosité qui ne contraindra certainement pas Petipa à se retourner dans sa tombe…

J.M. Gourreau

 Don Quichotte du Trocadéro / José Montalvo, Palais du Trocadéro, du 11 janvier au 8 février 2013.