La Goulue / Delphine Grandsart / Delphine Gustau / Théâtre Essaïon / Février 2019

La Goulue, alias Louise Weber / Delphine Grandsart / Delphine Gustau

La goulue6 c ludivine grandsartLa goulue11 ludivine grandsartLa goulue24 c ludivine grandsart

Photos Ludivine Grandsart

La Goulue, alias Louise Weber :

Sous l’œil de Delphine Gustau

et de Delphine Grandsart

 

Du grand art… Un jeu de mots, certes facile, mais fidèle reflet de la réalité ! Avec sa gouaille légendaire, sa verve inimitable, son allure de roturière, son sens de la répartie, son naturel provoquant, au moins sur scène, Delphine Grandsart nous brosse un saisissant portrait de La Goulue, plus vrai que nature… On n’y retrouve, certes, pas totalement la danseuse de french-cancan du Moulin Rouge telle que l’on pouvait se l’imaginer au travers des portraits ou des écrits que nous ont laissé d’elle Toulouse Lautrec, Auguste Renoir, Victor Hugo ou Aristide Bruant car Delphine Grandsart n’est pas danseuse mais comédienne ; cependant, totalement habitée - que dis-je - possédée par son personnage, elle nous narre la vie de cette femme hors du commun, aussi insouciante qu’audacieuse, très vite connue comme la reine du Moulin Rouge, ce, sans compromis aucun et avec une grande intelligence, tout en débutant curieusement non par son enfance mais par la fin de sa vie.  

La goulue8 c ludivine grandsartLa goulue 2 c ludivine grandsart 2La goulue18 c ludivine grandsart

C’est en effet une vieille femme voûtée, marquée par les ans, vêtue de haillons sombres qui émerge du fin fond des coulisses en marmonnant des paroles inintelligibles, et qui va très vite se précipiter sur sa clope et son verre d’alcool, comme pour se consoler des vicissitudes de la vie… Gestes qui étaient en effet coutumiers  à cette "coqueluche de la Belle Epoque" car c’est à cette propension à vider tous les verres qui se trouvaient sur son passage qu’elle doit ce sobriquet de "La Goulue" ! N’en a-t-elle pas vu, des vertes et des pas mûres, tout au long de son existence ! Et de ressasser sur scène ses souvenirs avec un petit brin d’amertume… Mais, finalement, elle ne semble rien regretter, pas même la misère dans laquelle elle se trouve aujourd’hui… Ce que Delphine Grandsart nous livre avec une étonnante conviction, survolant avec brio toute sa trépidante vie en un peu plus d’une heure. Une vie au cours de laquelle La Goulue, Louise Weber de son vrai nom, a connu moult plaisirs mais aussi nombre de déboires, "ceux d’une femme sans concessions qui a préféré prendre le risque de tout perdre matériellement pour rester en adéquation avec ses idéaux. Ceux d’une femme qui n’hésitait pas à dire ce qu’elle pensait, quelle que soit la personne qu’elle avait en face d’elle. Et qui n’avait peur de rien", nous dit l’auteure. Ceux d’une femme venue de rien, qui avait connu la gloire et qui allait mourir dans la misère et l’oubli… Si elle évoque avec beaucoup de verve et de naturel ses amours, notamment avec Henri de Toulouse Lautrec qui restera un ami fidèle bien après ses triomphes, on ne saura quasiment rien en revanche de son enfance, ni de ses frasques ou de ses succès au Moulin Rouge, au Moulin de la Galette ou à l’Elysée-Montmartre, lieux de "débauche et de joies" au sein desquels elle s’était successivement produite auparavant. Ce que l’on peut un tantinet regretter car « les deux Delphine » s’étaient assuré le concours sur scène d’un magicien de l’accordéon, le compositeur et interprète virtuose Matthieu Michard, lequel accompagne ici la comédienne avec beaucoup de talent et d’à propos.

La goulue21 c ludivine grandsartLa goulue20 c ludivine grandsartLa goulue toulouse lautrec 02

Portrait de La Goulue, par Toulouse Lautrec:

une criante ressemblance entre l'égérie du peintre

et l'actrice Delphine Grandsart...

Mais peu importe. Car ce qui fait l’attrait essentiel de la pièce, c’est l’interprétation sublime et émouvante que Delphine Gransart fait de cette artiste mythique "politiquement incorrecte" en s’étant totalement identifiée à elle, jusqu’à l’incarner à la perfection, la faire vibrer, adopter son mode de vie et faire siennes ses pensées, n’ayant pas peur de prendre à parti son public, voire le contraindre - un peu malgré lui, il est vrai - à prendre une part active au spectacle. C’est sans doute, comme elle l’avoue volontiers d’ailleurs, ce petit penchant naturel, cette admiration pour cette exceptionnelle artiste qu’était La Goulue qui l’ont poussé à s’acoquiner avec l’auteure Delphine Gustau, afin de faire revivre en paroles et en chansons cette artiste haute en couleurs et ce, avec une telle sensibilité et un tel bonheur qu’il lui fut tout dernièrement décerné le trophée de "l’artiste interprète féminine de la comédie musicale" pour l’année 2018. A juste titre, me dois-je de le souligner !

J.M. Gourreau

Louise Weber, dite "La Goulue", spectacle musical de Delphine Gustau, avec Delphine Grandsart, Théâtre Essaïon, Paris, les vendredis et samedis, jusqu’au 30 mars 2019, et les lundis et mardis, du 15 avril au 25 juin 2019.

Spectacle créé le 15 mai 2017 au Théâtre de l’Essaïon.

P.S. : Un remarquable travail sur la vie de cette artiste, La Goulue, Reine du Moulin Rouge, vient d’être publié sous la plume de Maryline Martin aux éditions du Rocher. Voir la rubrique "Analyse de livres" sur ce même ce site.