La Goulue

La Goulue, Reine du Moulin Rouge / Maryline Martin / éditions du Rocher, Janvier 2019


La goulue couverture livre

 

La Goulue, reine du Moulin Rouge, par Maryline Martin, 14 x 21,5 cm, 209 pages, 13 photos en couleurs et 9 en noir et blanc réunies en un cahier central, broché, éditions du Rocher, Monaco, Janvier 2019, 17,90 €.

ISBN : 9-782268-101200.

Il est des femmes qui ont profondément marqué leur époque. Par leur charisme, par leur tempérament, par leur comportement,  par leur art. La Goulue est de celles-là. Née dans la pauvreté, elle connut la gloire, mourut cependant dans la solitude et la pauvreté. Sa vie, trépidante, loin d’être exemplaire, défraya la chronique, marquant la société. Très jeune, elle se fit remarquer par ses déhanchements lubriques, sa vie exubérante, aussi excentrique qu’amorale, et sut retenir l’attention par sa verve et son talent mais, surtout, par ses frasques et son ivresse de liberté. C’est avec un naturel inné que celle que l’on surnomma "la reine du Moulin Rouge" ou, moins poétiquement, la "Vénus de la pègre", parvint à conquérir le cœur quelques grands noms de la société d’alors, cette "Belle époque", qu’il s’agisse de nobles argentiers comme le prince de Galles, le shah de Perse, le baron de Rothschild, le marquis de Biron, mais aussi, de personnages plus modestes devenus célèbres par leur art et leur talent, tels Auguste Renoir* ou Henri de Toulouse Lautrec dont elle fut la maîtresse et qui ne réalisa d’elle pas moins d’une centaine d’œuvres, malheureusement en grande partie aujourd’hui disparues…  

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Impossible en quelques lignes de vous révéler les détails de cette vie professionnelle, aussi tumultueuse que chaotique, "placée sous le signe de la provocation teintée de vulgarité" qui débuta en 1884 à l’Elysée Montmartre, pour se poursuivre à l’ouverture de l’Olympia en 1893 avant de faire les beaux jours du Moulin Rouge, pour se terminer misérablement comme dompteuse de fauves... Cet ouvrage, d’une écriture alerte, fourmillante d’anecdotes plus truculentes les unes que les autres, est là pour le faire. Je ne puis m’empêcher cependant de vous en livrer quelques passages, juste pour vous en donner l’envie de les déguster : ainsi Maurice Delsol dans Paris Cythère brossait d’elle ce truculent portrait sur scène : "Aux accords d’un quadrille échevelé, on sent qu’elle nage dans son élément ; son œil brille, ses narines se dilatent, un sourire de bacchante retrousse ses lèvres qui n’ont jamais eu de frémissements impudiques que pour son « amie » ou pour son « gigolo ». Elle aurait pu suivre quelque Anglais excentrique, affriolé par ses charmes, et se faire couvrir d’or. Elle a préféré conserver sa joyeuse indépendance, en régnant sur son peuple de filles de joie et de chevaliers de la rouflaquette, ses copains d’enfance". Portrait cristallisé par celui de René Wisner, paru dans Volonté le 2 février 1921 : "Elle est une tourmente au milieu de la nuit, un appel du pied et du sexe, une vendeuse de chambards, une pile électrique, une triomphatrice de la danse communiquant à toute une époque la force de la vie qui est en elle, et dont elle se fait une auréole galopante dans l’arène où elle tombe les hommes en leur infligeant à devenir pendant quelques minutes ses sujets et ses esclaves". Ou, encore, Yvette Guilbert dans La chanson de ma vie : D’un petit coup de pied alerte dans le chapeau, elle décoiffe un spectateur et fait le grand écart, le buste droit, la taille mince dans sa blouse de satin bleu et sa jupe de satin noir coupée en forme de parapluie, s’étalant en cinq mètres de largeur".

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Pour cette biographie, Maryline Martin, s’est profondément inspirée du Journal intime de Louise Weber, alia La Goulue, précieusement conservé au Moulin Rouge. Elle a en outre épluché les archives de la Société d’Histoire et d’Archéologie des 9ème et 18ème arrondissements de Paris, les Amis du Vieux Montmartre, celles des bibliothèques historiques de Paris et de Clichy, ainsi que celles du Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles de la Préfecture de police de Paris.

J.M.G.

*Dans un article sur Renoir paru dans La France, le 8 décembre 1884, Octave Mirbeau disait de La Goulue qu’elle était, pour le peintre, "l’incarnation vivante de la femme dont il connait le fonds et le tréfonds, et qu’il sait exprimer, plus qu’aucun peintre de son temps, l’âme. Il l’a mise dans tous les milieux et toutes les lumières où sa beauté, tantôt fraîche et souriante, tantôt mélancolique et souffrante, pouvait le mieux s’épanouir".