Laura Scozzi / Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant / Suresnes / Janvier 2014

Laura Scozzi / Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant / Désopilant

Photos Dan Aucante

 

Laura Scozzi :

Désopilant

 

Enfin un spectacle d'une fraîcheur, d'une fantaisie et d'un humour ineffables, une œuvre toute en finesse, d'une inventivité, d'une richesse et d'une poésie comme on en n'avait pas vu depuis longtemps ! Ne voilà t'il pas que Laura Scozzi, facétieuse en diable et un tantinet cynique, voire moralisatrice, s'est mise en devoir de relire à sa manière quelques-uns des contes de fées les plus célèbres de notre enfance avec son humour mordant ? Le résultat est détonnant. 

Il faut dire que Laura Scozzi est coutumière du fait. On avait pu la voir l'année dernière mettre en scène une version décapante d'Orphée aux enfers à l'Opéra de Bordeaux. Elle s'en prend aujourd'hui aux contes à l'eau de rose de notre enfance et aux histoires d'amour qui finissent comme dans un rêve pour leur tordre le cou sans tambours ni trompettes, balayant du même coup d'un revers de pointe toutes nos illusions d'enfant, tout simplement pour nous ramener à la dure réalité de notre existence. Ainsi la Belle au bois dormant ne se réveillera pas sous le baiser d'un prince charmant. Ainsi la maison des Trois petits cochons ne volera pas en éclats sous le souffle du grand méchant loup, lequel, d'ailleurs, terminera son existence mené par le bout du museau par le Petit Chaperon rouge… Ainsi Cendrillon ne perdra pas seulement sa pantoufle de vair, pardon, ses baskets, mais également... un bébé dont elle accouche précipitamment ! Ainsi trois adorables petites abeilles vont-elles en même temps que récolter du nectar, sniffer un enivrant parfum de fleurs fastueuses, lesquelles ressemblent comme deux gouttes d'eau à celles du tabac ou du datura, cette plante toxique plus connue sous le nom de trompette des anges, avant de tomber raides mortes sous l'effet d'un puissant insecticide... Que notre chorégraphe milanaise soit arcastique, cela personne ne pouvait en douter mais elle s'avère également bougrement réaliste !

Tout est de la même veine, les contes étant plus ou moins chamboulés, dans une atmosphère aussi délirante que désopilante. Ce ne seront pas sept petits nains qui voleront au secours de Blanche-Neige mais sept Blanche-Neige (parmi lesquelles deux hommes et deux danseuses noires...) face à un seul petit nain, en l'occurrence Simplet, aussi gauche que niais... Que dire aussi de la fée de Cendrillon (alias nos gouvernants...) qui ne sait même pas se servir de sa baguette magique... En fait, tous les travers de notre société y passent : s'il est question de drogue et d'empoisonnement par les insecticides au début de la pièce, la chorégraphe n'a pas non plus oublié les meurtres gratuits (Barbe-bleue), les pillages et vols (La Belle se faisant chaparder ses bijoux durant son sommeil), ni les beuveries contagieuses, apanage de notre vaste monde...  Mais si elle met à mal notre société, elle le fait avec une main de fer dans un gant de velours, parfois sous forme d'allusions du second degré. L'œuvre, d'une grande fraîcheur dans sa chatoyante mise en scène, met en valeur l'extraordinaire musicalité de la chorégraphe. Elle est remarquablement bien jouée, mimée et dansée tout à la fois, notamment par François Lamargot, incomparable dans son rôle de petit chaperon rouge. Voilà une création cent pour cent suresnoise à laquelle il ne faudrait pas oublier d'associer à sa réalisatrice, son commanditaire, le directeur du Théâtre Jean Vilar, Olivier Meyer...

 J.M. Gourreau

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Photos Laurent Philippe

Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant / Laura Scozzi, Théâtre Jean Vilar de Suresnes, du 10 au 14 janvier 2014, Dans le cadre de la 20ème édition de Suresnes Cités Danse.