Marcia barcellos et Karl Biscuit

Marcia Barcellos et Karl Biscuit / Stand alone zone / Un monde réel aux confins du fantastique

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Marcia Barcellos et Karl Biscuit :

 

Un  monde réel aux confins du fantastique

 

 

C’est une nouvelle facette de deux créateurs de la compagnie Castafiore que l’on découvre avec Stand alone zone : on connaissait leurs penchants pour l’onirisme, l’humour et le monde de l’enfance mais on ignorait leurs préoccupations et leur engagement envers la sauvegarde et la protection de la nature, victime entre autres des pollutions industrielles. Cette œuvre s’avère en effet un véritable plaidoyer contre l’industrialisation à outrance et la déforestation intensive de nos forêts, sources de vie. Son argumentaire en est net et précis : la dégradation des milieux dans lesquels nous vivons atteint aujourd’hui des proportions telles que les êtres vivants qui les peuplent, en particulier nos enfants, se voient petit à petit privés d’oxygène et atteints par un mal mystérieux. Seuls parviendront à s’en sortir et survivre ceux qui pourront trouver refuge dans les lointaines jungles encore vierges.

Aujourd’hui, pour convaincre, il faut frapper fort, à la manière d’un Jules Verne, en créant par exemple, un véritable univers en 3D. C’est d’ailleurs là la plus grande originalité de cette pièce. Le point de départ en fut le film Stalker du cinéaste russe Andrei Tarkovsky, œuvre cependant austère et pessimiste qui évoque la reconstruction philosophique par l’Homme d’un monde qu’il a lui même détruit. Ce, entre autres, par l’intermédiaire de « passeurs » qui lui permettront de traverser les zones dangereuses, au besoin en y laissant leur vie. D’autres images sont venues petit à petit se superposer à cet univers, en particulier celles totalement oniriques du Château ambulant de Miyasaki.

Le travail scénographique de Stand alone zone, conçu sur un mode cinématographique, est sous divers aspects, exemplaire. Ce ballet emmène le spectateur dans un monde fantasmagorique grave mais non dénué d’espoir et de poésie. Les images de synthèse projetées sur un écran semi-circulaire enveloppent littéralement les danseurs, donnant l’impression de leur permettre de déambuler dans un milieu tout à fait réel. Le début de l’œuvre est d’ailleurs extrêmement impressionnant, ses auteurs faisant évoluer les habitants qui ont fui la ville polluée sur des vaisseaux célestes au milieu de nuages où ils trouveront un air beaucoup plus pur. Petit clin d’œil au passage à Miyasaki, ces voyageurs du futur allant à la « pêche aux arbres » destinés à leur fournir l’oxygène nécessaire à leur survie… Avec ses univers superposés, Métropolis n’est pas bien loin non plus !

Moins surréalistes - et peut-être moins impressionnantes par conséquent - les scènes qui se déroulent dans le « monde du dessous », notamment celles où la mère s’en ira en quête du remède miraculeux qui pourra guérir son enfant malade, ce après avoir traversé différentes zones labyrinthiques aux frontières floues, truffées de pièges mortels… Mais il faut reconnaître que les personnages, et notamment celui du docteur, avec sa tête en forme de crâne d’oiseau, sont prodigieusement suggestifs et réellement saisissants. Leurs attitudes sont d’ailleurs particulièrement étudiées, leur gestuelle très travaillée et d’une précision inouïe, parfaitement crédible.

Avec cette œuvre à mi-chemin entre le théâtre, la danse et le cinéma, Marcia Barcellos et Karl Biscuit ont franchi une étape supplémentaire dans leur conception du spectacle, le théâtre s’avérant réellement une boîte magique où tout est possible. Or, dans le monde d’aujourd’hui, le spectateur a plus que jamais le besoin de s’évader dans le rêve pour oublier les vicissitudes de l’existence. Ce spectacle aux confins de la science-fiction leur en confère l’opportunité tout en étant une magnifique leçon de vie.

J.M. Gourreau

 

Stand alone zone / Marcia Barcellos et Karl Biscuit, Combs-la-Ville – Scène Nationale de Sénart, Octobre 2011.