Marion Lévy / Dans le ventre du

Marion Lévy / Dans le ventre du loup / Struggle for life

dans-le-ventre-du-loup.jpgMarion Lévy :

 

Struggle for life

 

Voulait-elle réveiller quelques souvenirs de notre enfance ? Tout le monde connaît en effet l’histoire, fort moralisatrice, des Trois petits cochons, conte populaire du 18è siècle immortalisé par Walt Disney en 1933. La leçon que l’on retient de cette fable est que l’insouciance et la négligence conduisent immanquablement à sa perte, alors que, à l’inverse, celui qui édifie une base solide peut aisément faire face aux aléas de la vie et aux vicissitudes de l’existence. C’est précisément ce qu’évoque cette nouvelle œuvre de Marion Lévy qui s’était déjà produite à Chaillot il y a tout juste trois ans dans une pièce au propos tout aussi philosophique, En somme, qui évoquait l’insomnie, les troubles du sommeil, les mécanismes de nos rêves et la part d’animalité qu’ils contiennent.

Comme on pourrait s’en douter, Dans le ventre du loup retrace, au travers d’un texte de Marion Aubert, le conte et sa morale dans une mise en scène assez originale, les éléments du décor – et en particulier les diverses demeures des petits cochons – étant réalisés en papier plié parfois renforcé de carton, ce qui les rendait aisément mobiles et faciles à édifier. En scène donc, trois danseuses et une comédienne - cette dernière endossant le rôle de la maman qui va mourir puis celui du loup (dans lequel elle se réincarne ?), ceux des trois petits cochons étant dévolus aux danseuses - vont tenter de faire revivre à leur public, enfants comme adultes, cette histoire d’une manière ludique et imagée, utilisant un vocabulaire chorégraphique et gymnique tout à la fois, finalement assez caricatural. Des séquences directes et courtes, peut-être pour ne pas faire baisser l’attention, dans lesquelles toutefois la parole prenait une trop grande place, la gestuelle suffisant souvent par elle-même à expliquer l’action. Ce, d’autant que la diction de la comédienne ne s’avérait pas toujours bien adaptée au propos... Par ailleurs, était-ce réellement indispensable de vouloir faire participer physiquement le public, comme on le voit encore trop souvent aujourd’hui chez des metteurs en scène à court d’idées originales ? Cela dit, l’éclectisme dont la chorégraphe fit preuve dans le choix des interprètes mit bien en valeur les différences de tempérament entre ses personnages. Et puis, la mise en scène se révéla d’une redoutable efficacité dans l’évocation de l’action, en particulier lorsque le loup se mit en devoir de souffler les trois maisons : un dispositif pourtant tout simple de fumées poussées avec force par un ventilateur, lesquelles, cependant, faisaient froid dans le dos, évoquant les ravages provoqués par l’arrivée d’un tsunami… Bref, une œuvre intéressante qui, bien que demandant encore à être rôdée, pouvait se lire à deux niveaux, le premier, bien sûr, moralisateur, et le second, plus subtil, nous invitant à toujours aller de l’avant avec détermination et courage dans l'adversité, sans jamais s’isoler et s’enfermer sur soi.  

J.M. Gourreau

 

Dans le ventre du loup / Marion Lévy, Théâtre National de Chaillot, Janvier 2012.