Martin Zimmermann / Eins

Martin Zimmermann / Eins, Zwei, Drei / Un délicieux délire surréaliste /

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Martin Zimmermann :

Un délicieux délire surréaliste

 

Martin zimmermannMartin Zimmerman, ce nom ne vous dit sans doute pas grand-chose, à vous, émules de l’art de Terpsichore. Il est vrai que la danse n’est qu’un des nombreux atouts de ce joyeux drille. Son art relève en effet autant du cirque, du théâtre de l’absurde, du mime, des arts plastiques et de la mise en scène que de la danse. Et celle-ci, pour autant qu’elle existât, ne s’avère être qu’un fragment d’un vaste ensemble au sein duquel toutes ces disciplines sont imbriquées, mixées, torturées, broyées… Car ce pince sans-rire suisse semble avoir fait sienne la célèbre répartie que Serge de Diaghilev avait un jour lâché à Jean Cocteau pour le pousser à secouer les codes du spectacle afin de le dépoussiérer : "Etonne-moi"…

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Photos J.M. Gourreau

Or, il faut l’avouer, la dernière pièce de Martin Zimmermann, Eins, Zwei, Drei, nous étonne, et cela dépasse même toutes les espérances. Si son univers est totalement loufoque, voire carrément déjanté, il est aussi d’une drôlerie irrésistible, ce qui entraîne, chez les spectateurs, des crises de fou-rire inextinguibles, et les conduit dans un  monde dans lequel, comme d’un coup de baguette magique, leurs soucis et tracas sont expédiés à 1000 lieues de là… Et pourtant, à bien y réfléchir, le propos qu’il évoque est très sérieux, et relève du glissement vers l’absurde des relations humaines, lequel va,  bien évidemment, engendrer le chaos.

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L’histoire, nous dit l’auteur, se déroule dans un musée d’art contemporain, sans doute consacré à l’art surréaliste, lequel, soit dit en passant, ne ressemble pas plus à un musée qu’à n’importe quelle autre bâtisse. Mais peu importe, sinon que, lorsque celle-ci terminera son existence de musée dans les flammes, ce qui ne manquera bien sûr pas d’arriver, auront été détruites avec lui toutes les œuvres d’art qu’il renfermait. Autrement dit, un échantillon représentatif - ou considéré comme tel - des trésors, fruits de l’imagination de l’Homme, de ses goûts et de son génie qui, selon lui, méritaient d’être transmis à la postérité…

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Sur scène donc, trois larrons, Tarek Halaby, Dimitri Jourde et Romeu Runa, ainsi qu’un pianiste, Colin Vallon, lesquels, au début du spectacle tout au moins, semblent parfaitement s’accorder. Mais, très vite, tout va déraper car l’autorité et la soumission aux règles de la bienséance, d’aucuns ne les connaissent pas… Or, il faut bien se l’avouer, dans notre société d’aujourd’hui - et peut-être aussi dans celle d’antan - les débordements ne sont pas l’exception qui confirme la règle… Même, et surtout, allais-je dire, dans un endroit public aussi sélect qu’un musée, "institution publique aseptisée, soumise à des conventions strictes et des codes sociétaux précis" comme nous le rappelle l’auteur-réalisateur de la mise en scène. Et celui-ci de préciser : " C’est un endroit qui fourmille de règles et d’interdits, avec son propre système de valeurs qui détermine ce qui est accepté de ce qui ne l’est pas. Les choses y sont ordonnées précisément, au-delà parfois de la volonté des artistes eux-mêmes". Bon, voilà qui est dit. Mais nos larrons n’en ont cure ! Leurs excentricités, mêlées d’un zeste de surréalisme, vont bon train. C’est ainsi que le piano va entamer tout seul une ronde dans son coin, embarquant le pianiste, imperturbable, dans son délire... C’est ainsi qu’un personnage clownesque peinturluré de rouge va faire irruption des combles en cassant le lambrissage du plancher… C’est ainsi que ce même personnage placé après sa mort en exposition dans une cage de verre comme la momie de Rascar Capac*, se met en devoir de reprendre vie et de faire des siennes… Et tout à l’avenant. En fait, la question sous-jacente qui se pose est, bien sûr, celle de la survie de tout ce petit monde, et ce jeu ne pourra que mal se terminer en s’acheminant peu à peu, entre réalité et fiction, vers une apocalypse d’une invraisemblable cruauté et d’une monstrueuse folie.     

                                                                                                                                                                                                                                                                          J.M. Gourreau

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Eins, Zwei, Drei / Martin Zimmermann, Le Cent Quatre, Paris, du 20 au 24 février 2019. En partenariat avec le Théâtre de la Ville.

*Voir l'album Tintin Les 7 Boules de cristal.