Maryse Delente / Journal d'hiver - L'inconnue / Sceaux / Juin 2012

Maryse Delente / Journal d'hiver - L'inconnue / Regards sur le passé

 

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 Photos Christian Ganet

 

 Maryse Delente :

 

Regards sur le passé

 

 

Il y a des moments dans la vie où l’on éprouve le besoin de jeter un regard en arrière, de se pencher sur son passé, de faire le point avec son œuvre, d’évaluer le chemin parcouru pour mieux cerner celui qui reste à parcourir. Plus que tout autre, l’artiste a besoin de faire ce flash back, ce point d’étape. Par besoin de se remettre en question, pour rectifier éventuellement son itinéraire. Journal d’hiver - L’inconnue est issu de ce besoin. Trente ans se sont en effet écoulés depuis que Maryse Delente a offert au public sa première chorégraphie, Automne, pour laquelle elle obtint d’ailleurs le Grand prix du Concours chorégraphique de Cologne. Un parcours riche et dense qui n’a jamais cessé de mettre en avant d’un côté l’image de la femme, victime de l’égocentrisme et de la violence de l’homme, de l’autre, son amour pour la nature. Ce n’est pas un hasard si ce Journal d’hiver ne fait appel qu’à des interprètes féminines et si l’œuvre peut paraître sombre et empreinte de douleur. Plus qu’un regard sur le passé, c’est en quelque sorte un journal intime que cette chorégraphe nous livre, évoquant ce qui, au fond d’elle-même, l’a poussée à créer, souvent dans la souffrance. Pour un artiste, créer est un besoin, une nécessité. C’est une part de lui-même qu’il prodigue, souvent dans l’urgence, toujours dans la douleur. Ce Journal d’hiver évoque une partie de cette myriade de petites choses qui ont obsédé Maryse Delente ou lui ont traversé l’esprit durant les périodes de création de ses œuvres. Il est donc très personnel et difficile à déchiffrer pour qui n’est pas dans le secret. Et les nombreuses questions que peut se poser le spectateur restent le plus souvent sans réponse. Ainsi, par exemple, les différents bruitages rajoutés ou superposés aux poignantes musiques de Gorecki ou de Mendelssohn utilisées comme support à l’œuvre : les obsédants aboiements de chien qui reviennent à plusieurs reprises dans le ballet ne sont en fait  qu’un écho à la tristesse ressentie par la chorégraphe vis-à-vis de nos amis à quatre pattes privés des journées entières de liberté, souvent attachés ou enfermés dans un minuscule espace clos ; le hurlement soutenu des sirènes de police ou de pompiers quant à lui a pour but de rappeler que la création a lieu dans un état de tension extrême, très souvent dans l’urgence. D’une lecture et d’une compréhension plus aisée cependant, les différents thèmes qui composent ce ballet. Si l’on saisit très vite que la soliste qui « ouvre » et « ferme » la pièce incarne la chorégraphe, il n’est pas difficile non plus de comprendre la signification et l’importance de son solo face au miroir dans la dernière séquence de l’œuvre : s’il permet à son reflet de passer au travers et conduit au dédoublement de sa personnalité, il oblige surtout celle qui lui fait face à s’accepter et à se montrer aux autres telle qu’elle est. Tout comme le  texte de Sylvie Plath qui sous-tend l’œuvre et invite l’Homme à se regarder en face. La chorégraphie quant à elle, d’une richesse extrême, évoque elle aussi en parallèle non seulement la passion, la force, la pugnacité qui animent la chorégraphe mais également les sentiments de révolte qui, par instants, la transpercent. Et elle révèle la trajectoire d’une femme meurtrie qui, durant trente ans, a eu le courage de lutter contre le mal et l’adversité sans jamais faillir.

J.M. Gourreau

 

Journal d’hiver – L’inconnue / M. Delente, Sceaux, Les Gémeaux, 1er et 2 juin 2012.

 

Prochaine représentation : 26 octobre 2013, Vaux-en-Velin.